Cinéma coréen classique
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Spécialiste du cinéma coréen, David Tredler nous a aidés à faire le tri parmi les dizaines de films disponibles sur YouTube.

Depuis quelques années, Korean Classic Film (nom de la page YouTube de la Korean Film Archive, les archives coréennes du film) met gratuitement à disposition sur YouTube des dizaines de vieux films, globalement antérieurs aux années 90, issus de son catalogue. Présentés pour la plupart avec des sous-titres anglais et dans des copies de qualité variables, ils sont les témoins d’un premier âge d’or de ce cinéma que le succès de Parasite de Bong Joon-ho a mis en pleine lumière. 
Chef programmateur du Festival du cinéma coréen à Paris, David Tredler a accepté de nous en évoquer cinq qui lui paraissent incontournables. 

Sweet dream, de Yang Ju-nam (1936)
« C’est une vraie rareté, le plus vieux film disponible du cinéma coréen -officiellement né en 1919. Tous les films des années 20 et du début des années 30, réalisés pendant la domination japonaise, ont en effet disparu. Des bobines sont probablement manquantes puisqu’il ne dure qu’à peine cinquante minutes et qu’il y a des trous narratifs importants. Pas un grand film en soi mais un regard intéressant sur cette Corée occupée, l’histoire d’un homme qui vire sa femme de chez lui et dont Yang filme ensuite les destins en parallèle. Sweet dream est l’une des rares œuvres existantes qui montre la présence japonaise puisque le cinéma coréen classique qu’on connaît démarre plutôt après la seconde guerre mondiale et la guerre de Corée. »


Aimless Bullet, de Yu Hyun-mok (1961)
« À mes yeux, le classique coréen par excellence. Sorti en 1961, il se déroule dans l’immédiate après-guerre de Corée et est marqué par l’influence du néo-réalisme italien. On y suit la trajectoire d’une poignée de personnages, anciens soldats et veuves de guerre, qui essaient de se reconstruire dans un Séoul dévasté. Un film très moderne, l’un des plus influents du cinéma coréen. »


The Road to Sampo de Lee Man-hee (1975)
« Lee Man-hee est l’un des cinéastes coréens majeurs, qui a notamment eu droit à sa rétrospective à la Cinémathèque, en 2010. Il est mort assez jeune, à 45 ans, et The Road to Sampo est son dernier film -il a d’ailleurs succombé durant la post-production. C’est un road-movie, genre peu répandu là-bas, sur deux hommes et une femme qui errent à travers la Corée. Le film est intéressant en ce qu’il montre plusieurs visages et géographies du pays. C’est un cinéma qui part à l’aventure et qui se démarque de la production de l’époque. »


The March of Fools, de Ha Gil-jong (1975)
« Une comédie qui se joue de l’époque et du régime dictatorial alors en place, soutenu par les États-Unis. Les tribulations de trois étudiants, un peu pieds-nickelés sur les bords. On y perçoit la rage de la jeunesse face au durcissement de cette dictature, commencée au début des années 60. Le cinéma de l’époque est globalement empreint de cette atmosphère répressive. »


People in the Slum, de Bae Chang-oh (1982)
« Le cinéma de Bae Chang-ho est un peu atypique par rapport à ce qui se produisait dans les années 80. People in the Slum est son premier long métrage qui l’a catalogué hâtivement comme le Spielberg coréen. Il n’y a, en fait, pas grand-chose de spielbergien dans les thèmes et la mise en scène de ce film, qui fait le portrait d’une femme élevant seul son fils et tentant de le préserver de la délinquance juvénile, très présente à l’époque. »