Shazam Zachary Levi
Warner Bros

L’année dernière, Première rencontrait la star de Shazam !

Alors que Shazam ! passe en ce moment sur Ciné+ Premier, retour sur notre rencontre avec Zachary Levi en avril 2019, alors que le film sortait dans les salles. Star générationnelle grâce à la série Chuck, Levi passait alors à la vitesse supérieure avec ce rôle de super-héros pop et barré, visiblement taillé pour lui. Évidemment, c’était plus compliqué que ça.

Shazam ! parle d’un ado qui passe à l’âge adulte sans avoir vraiment compris comment, mais qui reste un môme au fond de lui. C’est l’histoire de votre vie en fait.
Zachary Levi : (Rires.) Bien vu. Le temps a filé, j’ai 38 ans mais je suis toujours un grand gamin qui joue aux jeux vidéo et qui lit des comics.

Le rôle était fait pour vous...
Pas du tout. On m’a demandé de passer une audition pour le rôle de Shazam, mais j’ai décidé de ne pas y aller. À l’époque, je savais que Dwayne Johnson avait signé pour jouer Black Adam, qui est la version maléfique de Shazam [le film Black Adam est toujours en développement]. Dans les comics, les deux personnages sont censés avoir exactement le même visage ! Soyons honnêtes : j’ai pris du muscle, mais je ne suis pas au niveau de The Rock ! Deux mois plus tard, j’ai décroché une autre audition pour un personnage secondaire. J’ai mis mon téléphone sur une commode, je me suis filmé et j’ai envoyé la vidéo. Mon agence m’a appelé quelques heures plus tard : « Ils pensent que tu ferais l’affaire pour Shazam. Tu peux faire d’autres scènes ? » J’ai passé une audition par Skype, puis des tests caméra. Le lendemain, j’étais Shazam. Ça s’est passé dans un délai extrêmement court et c’était vraiment à la dernière seconde : ils avaient vu tout le monde avant moi.

Qu’est-ce qui a fait la différence avec vous alors ?
Je crois qu’ils ont décelé en moi ce que je ne voyais pas, ou ne voulais plus voir. Je ne m’étais pas rendu compte qu’ils cherchaient quelqu’un avec une certaine sensibilité et de l’humour. Pas forcément un physique de bodybuilder, parce que ça, on peut le travailler. Croyez-moi : je suis allé à la salle de sport pendant plusieurs semaines ! Ce qu’il leur fallait, c’était un acteur avec l’esprit d’un môme de 14 ans. C’est marrant, parce que j’ai participé à de nombreux projets très grand public, comme Chuck, Raiponce ou Alvin et les Chipmunks. Mais j’étais arrivé à un point où je n’aimais plus cet aspect de moi, je ne voulais plus y être renvoyé.

Marre d’être le mec sympa et un peu geek que tout le monde aime bien ?
Oui, parce que j’avais envie qu’on me prenne au sérieux. 

On sent chez vous un besoin de reconnaissance.
J’ai toujours cherché la validation du public, comme si ça me donnait le droit d’exister. Depuis l’enfance, j’ai l’impression de n’être aimé qu’en divertissant les gens… Ces dernières années, je commençais à me sentir frustré, je voulais jouer des rôles plus sombres. Je me souviens avoir vu Breaking Bad et m’être dit : « Putain ! C’est ça qu’il me faut ! Un truc sombre, cool, edgy. »

Les rôles sombres vous attirent toujours ?
D’un point de vue créatif, oui. Mais ce n’est pas nouveau. Après Shazam !, en fonction du succès du film, ce sera peut-être plus facile de choisir mes rôles.

Vous êtes un des rares acteurs à avoir eu un rôle chez Marvel et chez DC.
C’est dingue, non ? Chez Marvel, je me suis beaucoup amusé à jouer Fandral [l’un des acolytes de Thor], sauf qu’ils n’ont jamais vraiment utilisé le personnage à sa juste valeur. Dommage. Dans Thor : Ragnarok, je me suis fait tuer au tout début sans avoir le temps de dire un mot. (Rires.) Mais symboliquement, c’est tellement cool de mourir à l’écran chez Marvel pour ressusciter chez DC ! Autant que je sache, je suis le seul acteur au monde à avoir été dans les univers Marvel, DC et Disney [Raiponce]. Il ne reste plus que Harry Potter et Star Wars et on sera bons. (Rires.)

Les méthodes de travail de Marvel et DC sont très différentes ?
Non, pas tellement. Mais évidemment, Shazam ! est totalement dissemblable de Thor : Le Monde des ténèbres. C’est une origin story, quelque chose d’ancré dans le réel. L’histoire se passe à Philadelphie, c’est la quête d’identité d’un adolescent. Thor : Le Monde des ténèbres était un... je n’ai pas envie de dire « bordel », mais un peu quand même.  Et puis Kevin Feige m’avait promis que je serais dans à peu près 60 % du film. Au final j’ai eu droit à quoi ? 10 %, en gros. Durant tout le tournage, on n’a jamais eu de script définitif. Ils n’arrêtaient pas de changer des choses, de réécrire... C’était fou. Pour Shazam !, c’était totalement différent : tout était prêt, tout le monde se sentait bien et je savais exactement dans quoi je m’engageais. D’un point de vue personnel, c’était une expérience bien plus enrichissante.

L’univers DC est en plein bouleversement. Ces grosses productions semblent aujourd’hui laisser - un peu - plus de place à la vision du réalisateur.
Peut-être. Tout ce que je sais, c’est que les producteurs de Shazam ! faisaient confiance à David F. Sandberg. Ils lui ont permis de réaliser le film qu’il avait en tête et David savait exactement ce qu’il voulait. Son ton et sa façon de cadrer sont différents de ceux d’autres réalisateurs de films DC. Chez Marvel, c’est autre chose, car ils essaient de réunir l’intégralité de leurs personnages dans le même univers. Le résultat, c’est que leurs films se ressemblent tous un peu.

Vous jouez le même personnage que le jeune Asher Angel mais avec un corps d’adulte. Vous avez travaillé en binôme pour vous coordonner ?
J’aurais aimé qu’on puisse avoir une année à s’observer pour carrément fusionner, sauf que ce n’est pas ainsi que ça se passe au cinéma. Asher était encore dans une série télé au moment où le tournage a commencé. On a eu peu de temps pour traîner ensemble, mais on a essayé de déjeuner et de faire quelques séances de répétitions communes. Il m’a envoyé plusieurs vidéos de lui pour que je puisse le voir jouer, je voulais comprendre ce qu’il comptait apporter au rôle. On s’est d’ailleurs rendu compte qu’on avait des mimiques communes. Le problème c’est qu’on n’était presque jamais en même temps sur le plateau, vu que le principe du film fait que quand j’arrive il s’en va, et vice versa.

Il vous a donc fallu trouver l’inspiration ailleurs…
Je me suis repassé Big en boucle, et ça a beaucoup influé sur ma performance. Et encore, Big n’est pas tout à fait comme Shazam ! car on ne voit l’enfant qu’au début et à la fin, alors qu’ici, il y a des allers-retours. J’ai essayé d’être impulsif et de m’amuser le plus possible. De nos jours, les gamins n’hésitent pas à foncer tête baissée sans trop se poser de questions. (Rires.) Mais ça n’a pas été très compliqué de rentrer dans le rôle, de retrouver cet entrain inhérent à l’enfance. Je crois qu’au fond, j’ai toujours été un mec joyeux.