Affiches Sorties de la semaine du 8 avril 2026
The Walt Disney Company France/ Ad Vitam/ Les Films du Losange

Ce qu’il faut voir en salles

L’ÉVÉNEMENT
WEDDING NIGHTMARE : DEUXIEME PARTIE ★★★☆☆

De Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett

L’essentiel

Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett replongent Grace en enfer, où elle et sa petite sœur deviennent les proies d’une nouvelle traque. Un survival au féminin efficace qui joue avec les liens familiaux. 

Sept ans se sont écoulés entre le premier Wedding Nightmare et cette suite mais Grace, elle, n’a pas bougé d’un iota. A peine s’est-elle sortie des griffes de sa riche belle-famille que le duo de réalisateurs la replonge immédiatement dans un jeu d’une autre envergure, ne lui laissant aucun répit. Au menu : des pactes avec le diable, quatre nouvelles familles à affronter jusqu’à l’aube (incarnés par un casting surprenant allant de Sarah Michelle Gellar à David Cronenberg), un nouveau manoir, des nouvelles règles, mais aussi une petite sœur jusque-là cachée. C’est précisément grâce à ce personnage inattendu que cette suite évite une copie ennuyeuse du premier opus. En menottant entre elles ces sœurs aux liens fragilisés, un nouvel enjeu émotionnel se dessine. Et si les réalisateurs tombent parfois dans la facilité en empruntant un chemin familier pavé d’explosions sanglantes et de familles dysfonctionnelles, ce survival n’en demeure pas moins efficace et sacrément marrant.

Lisa Gateau

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PREMIÈRE A BEAUCOUP AIME

L’ŒUVRE INVISIBLE ★★★★☆

De Vladimir Rodianov et Avril Tembouret

Il s’appelle Alexandre Trannoy. Ce ne vous dit sans doute rien. Mais une fois parvenu au terme de ce formidable documentaire, vous ne l’oublierez plus. De 1949 à sa disparition en 1980, ce cinéaste, mentor de Jean Rochefort, a multiplié les projets ambitieux sans qu’aucun n’aille au bout. L’Oeuvre invisible raconte l’itinéraire de cet enfant maudit du septième art façon jeu de pistes. Bien plus que sa qualité cinématographique, ce qui compte dans ce type de film c’est l’art du récit que maîtrise sur le bout des doigts le duo Tambouret-Rodoniov. Par leur capacité à faire dialoguer le parcours chaotique de Trannoy et le chemin de croix qu’ils ont vécu, eux pour donner naissance à ce documentaire. Et les quinze ans qui auront été nécessaires teinte le film d’une émotion poignante car la plupart des témoins – à commencer par Rochefort - sont morts entre temps… Une histoire de cinéma(s) passionnante. A la condition évidemment que tout soit vrai et pas une totale invention dans un jeu de petit malin qui serait sans intérêt et teinté d'une indécence malaisante en y associant post-mortem des personnalités décédées.

Thierry Cheze

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PREMIÈRE A AIME

POUR KLARA ★★★☆☆

De Olmo Omerzu

Le spectateur est ici invité à entrer dans l’intimité de David, désireux de faire découvrir à ses deux enfants la côte adriatique témoin des débuts de sa relation avec leur mère, dont il est séparé. Mais aussi de renouer les liens distendus avec Klara, son aînée de 17 ans, anorexique. Le film aborde avec beaucoup de tact la maladie, le désarroi de l’entourage, les sentiments ambivalents du petit frère qui se sent trop délaissé. D’autant que Olmo Omerzu parvient à saisir aussi bien les premiers émois amoureux d’une ado qui reprend peu à peu goût à la vie que les failles d’une famille qui n’hésitera pas à user du mensonge pour tenter de panser ses maux dans un récit d’une grande finesse. Car en évitant toute facilité et raccourci manichéens, on se régale de l’amoralité ici distillée, liée à la réaction de personnages qui essaient de se sauver ou de sauver leurs proches sans se faire tacticiens, sans penser au coup d’après.

Anne Lenoir

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ROMERIA ★★★☆☆

De Carla Simón

Marina a une vingtaine d’années. Elle veut faire du cinéma et filme tout à travers sa petite caméra. Elle débarque un jour en Galice pour rencontrer la famille de son père, mort du sida alors qu’elle était encore enfant. Elle ne connaît presque pas ses oncles et tantes et ils ne savent pas non plus quoi faire d’elle, ni comment lui parler. Entre les repas de famille, les souvenirs racontés à demi-mot et les silences gênés, la jeune femme va tenter de recomposer l’histoire de ses parents - une histoire dont il ne subsiste que des bribes. Poursuivant son travail intime sur la mémoire familiale, Carla Simón filme cette quête avec une grande douceur. Fidèle à son style enveloppant, elle privilégie les scènes collectives, les gestes anodins, les moments suspendus. La caméra circule entre les visages, s’attarde sur un paysage, et capte un rire ou un malaise. Le récit progresse moins par révélations que par sensations. Ce refus de la démonstration et de la logique narrative peut parfois donner au film un rythme flottant. Mais c’est aussi ce qui fait son charme.

Gaël Golhen

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LA FEMME DE ★★★☆☆

De David Roux

On ne cesse de l’écrire et on ne s’en lassera jamais. Mélanie Thierry est une des plus grandes comédiennes françaises d’aujourd’hui. Et elle le confirme en se montrant impériale dans le rôle-titre du nouveau David Roux, six ans après l’excellent L’Ordre des médecins. En adaptant Son nom d’avant d’Hélène Lenoir, celui-ci signe ici un quasi huis-clos dans une maison familiale bourgeoise de la région d’Angers. Un cocon que Marianne, mariée à un prospère industriel (Eric Caravaca), va peu à peu vivre comme une prison dorée. Et n’aura alors qu’une obsession : s'en échapper. Dans ce récit d’émancipation féminine que n’aurait pas renié Chabrol, Mélanie Thierry incarne avec superbe ce ressentiment qui monte, la manière dont cette femme s’éteint jusqu’à devenir une ombre avant que redébarque dans sa vie une ombre de son passé, un homme (Jérémie Rénier)  qui lui laisse entrevoir une autre vie possible, quel qu’en soit le prix. Un beau film classique.

Thierry Cheze

LE DERNIER POUR LA ROUTE ★★★☆☆

De Francesco Sossai

Remarqué dans la section Un Certain Regard, ce road-movie cabossé renvoie par sa poésie, son esprit rock et sa prédisposition aux égarements au cinéma de Jarmsush et Kaurismäki. Tout comme ses glorieux aînés, Francesco Sossai prend avec ses personnages la tangente dans des paysages anti-cartes postales dont la tristesse supposée renvoie à une instabilité nerveuse et une sensibilité à fleur de peau. Giulio et Carlobianchi, les deux pieds nickelés de ce drame, cherchent ici à atteindre Venise et évoluent dans sa périphérie plus ou moins lointaine que les crises économiques successives ont transformé en espaces désolés. Les deux quinquas à la peine dont l’unique obsession est de boire un dernier verre pour la route entraînent dans leur sillage un jeune étudiant en architecture à qui il faut tout apprendre des choses de la vie. La cuite pourrait s’éterniser et ne récolter que du pathétique si la vitalité de nos gentils héros ne parvenait en s’accordant avec la beauté insoupçonnée des lieux à tout réenchanter. Une bien belle aventure.

Thomas Baurez

L’AFFAIRE ABDALLAH ★★★☆☆

De Pierre Carles

George Ibrahim Abdallah. Ce nom fait resurgir de vieux démons et les prémisses d’un terrorisme aveugle et sanglant en plein Paris en 1986. Pour autant ce militant communiste libanais a été arrêté deux ans avant les faits pour son implication dans l’assassinat de deux diplomates étrangers dans la capitale. Ce supposé cerveau d’une fraction révolutionnaire va payer pour tout et passer une quarantaine d’années en prison sans que jamais des preuves solides ne justifient cette condamnation. Le documentariste Pierre Carles, spécialiste de la critique des médias officiels (Pas vu, pas pris…) remonte ici à la source de ce qui ressemble à une mascarade judiciaire. D’anciens journalistes acceptent de faire amende honorable et témoignent de leur « faute » relative à la pression d’une actualité alors très politique. Des archives montrent le combat de l’avocat Jacques Vergès pour faire libérer Abdallah. Carles, lui, sûr de son fait progresse dans les méandres du labyrinthe.

Thomas Baurez

 

LES CONTES DU POMMIER ★★★☆☆

De Jean-Claude Rozec, Patrik Pass, Leon Vidmar et David Sukup

Des couleurs automnales, trois enfants, une cabane en bois perchée dans un pommier et le gris du deuil. Inspiré des contes pour enfants de l’auteur tchèque Arnošt Goldflam, le film en stop-motion rappelle l’esthétique de Tim Burton. Dans un décor miniature, animé par des marionnettes, le réalisateur met en scène un long-métrage d’animation au charme étrange, aussi poétique que saisissant. Des marionnettes aux yeux exorbités, le visage pâle, allongé ou arrondi, se meuvent sur l’écran pour transmettre l’art de conter. Le film abrite quatre récits : la narration principale et trois contes racontés par la petite Suzanne qui hérite de sa grand-mère, tout juste décédée, l’art de conter. Le spectateur navigue alors d’histoire en histoire comme on parcourt un livre de nouvelles. Les Contes du pommier font l’éloge de la fiction comme une façon d’affronter la réalité, à travers une poésie à l’étrangeté équivoque.

Lou Valette

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PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME

LE CRI DES GARDES ★★☆☆☆

De Claire Denis

En 1983, Patrice Chéreau créait Combat de nègre et de chiens de Bernard-Marie Koltès dont l’action se déroule sur un chantier de travaux publics d’Afrique où un homme vient réclamer le corps de son frère ouvrier qui y a trouvé la mort et qu’on refuse de lui rendre. Un sommet de théâtre qui dissèque es rapports de domination sur fond de relents coloniaux, de racisme et de capitalisme dévorant. Avec Le Cri des gardes, Claire Denis le porte pour la première fois au cinéma, dans un geste qui a tout du retour aux sources : en Afrique (où elle a débuté sa carrière avec Chocolat) avec son acteur-fétiche Isaach de Bankolé, grand habitué des mots de Koltès. Bankolé, son charisme et la puissance tranquille de son jeu constituent d’ailleurs l’atout majeur d’un film qui peine à traduire à l’écran la sensation d’enfermement verbal que la pièce suscitait, malgré la tentative d’un huis-clos à ciel ouvert assumant sa théâtralité. La faute à la multiplication de flash-backs explicatifs et au cabotinage malheureux de Matt Dillon (qui joue le patron des lieux) abimant toute l’ambiguïté sur lequel repose le récit.

Thierry Cheze

SAUVAGE ★★☆☆☆

De Camille Pinson

On a découvert Camille Ponsin en 2022 avec La Combattante, formidable documentaire consacré à Marie-José Tubiana, ethnologue, photographe et réalisatrice nonagénaire qui accueille et aide des réfugiés du Darfour. Avec Sauvage, Camille Ponsin passe à la fiction mais en s’inspirant d’une histoire vraie. Celle d’une jeune fille vraiment pas comme les autres qui a choisi de vivre en marge des hommes, au cœur des montagnes cévenoles. Et celle aussi des conséquences de son geste sur ses parents face à l’hostilité grandissante du village où ils vivent, aux habitants de plus en plus inquiets devant le côté imprévisible de la jeune sauvageonne. Porté par un duo d’actrices étincelant (Lou Lampros et Céline Sallette), le film convainc quand il se concentre sur les rapports mère-fille forcément déchirants dans ce face-à-face constant entre le cœur et la raison. Mais il s’abime dans toutes les scènes avec les villageois, dont l’hostilité manque trop de finesse pour rendre crédibles ces face-à-face frôlant à chaque fois dangereusement la caricature.

Thierry Cheze

THE WORLD IS FULL OF SECRETS ★★☆☆☆

De Graham Swon

En France, l’américain Graham Swon est inconnu. On doit à la société parisienne ED Distribution, la sortie des deux premiers longs de cette figure underground du ciné U.S. Ce premier datant de 2018 est inconsciemment influencé (hanté ?) par un programme télé des années 30, The Television Ghost que Swon a pourtant découvert après la réalisation dudit film. Ce dernier en reprend le principe : raconter des histoires horrifiques face caméra. On suit ici quatre adolescentes d’une banlieue américaine s’amuser le temps d’une nuit à se faire peur par des récits à rallonge. Cadrages ultra serrés, fondus très enchainés et vaporeux, éclairage intimiste et des visages adolescents graciles (cf. Virgin Suicides de Sofia Coppola) qui entre deux bougies débitent posément leurs témoignages angoissants et angoissés. « Je veux que dans un futur lointain, confie Swon, un fragment miraculé de The World is Full of Secrets soit redécouvert, de même qu’un épisode de The Television Ghost ou des vers d’Euripide noyés dans l’oubli et que, au sein des ruines de ce film on puisse encore entendre murmurer les esprits des morts. » En attendant, laissez-vous happer (ou pas) par ce film où les images sont à reconstituer soi-même.

Thomas Baurez

 

PREMIÈRE N’A PAS AIME

L’ENFANT DU DESERT ★☆☆☆☆

De Gilles de Maistre

Après Mia et le Lion blanc, Le Loup et le lion, Le Dernier Jaguar ou Moon Le Panda, Gilles de Maistre continue d’usiner des films à destination des plus jeunes. L’Enfant du désert s’intéresse à un gamin nomade perdu par sa famille à l’âge de 2 ans dans une tempête de sable dans le désert, qui a ensuite été recueilli et élevé par un couple d’autruches. Une légende que le grand-père de Sun, 14 ans, lui racontait pour l’endormir. Mais la gamine va découvrir lors d’un voyage au Sahara que tout n’est pas sorti de l’imagination de son papi… Tout ça est forcément un peu mignon et De Maistre parvient parfois à toucher du doigts ses ambitions de film d’aventure familial, mais trop de bons sentiments finissent par anesthésier le spectateur âgé de plus de 8 ans. C’est d’ailleurs peut-être l’idée : que les adultes fassent une bonne sieste pendant que leurs bambins gardent les yeux rivés sur l’écran.

François Léger

AN EVENING SONG (FOR THREE VOICES) ★☆☆☆☆

De Graham Swon

Voici le deuxième long-métrage de l’américain Graham Swon, figure du cinéma indé à qui on espère une reconnaissance aussi explosive que celle de Sean Baker. An Evening Song sort conjointement avec le précédent opus, The World is Full of Secrets. On y retrouve la même afféterie stylistique portée par des cadrages au carré comme autant de photographies, ici baignées d’une lumière vaporeuse. Cinéma à la sensualité exacerbée qui assume son cloisonnement. 1939, un couple de bourgeois – elle ex-égérie de la littérature, lui auteur de roman pulp - accueille dans leur maison du Midwest une gouvernante dévote. Le duo devient triangle amoureux. L’intrigue repliée sur elle-même au diapason de ses personnages et d’une mise en scène beaucoup trop consciente d’elle-même, finit par lasser. L’envoûtement est possible, voire un emballement, encore faut-il adhérer pleinement à ce bavardage pictural et sonore

Thomas Baurez

SUR LE SENTIER ★☆☆☆☆

De Gérard Jumel

La Bretagne, la symphonie d’un paysage et celle d’un amour passé. Sur le sentier met en scène l’attente à travers un long-métrage mêlant comédie romantique, thriller et documentaire… Paul n’a jamais oublié Marie et cet été de 1973, celui de leur 16 ans. Elle est partie, il est resté. Des décennies plus tard, alors que sa chevelure brune est devenue grise, il se remémore sans cesse ce temps passé. Des images fantomatiques s'imposent à lui et le forcent à affronter ses souvenirs. Le film alterne alors entre passé et présent, de ses 16 ans à aujourd’hui. Si les transitions sont réussies, la mise en scène de cette époque révolue, les seventies, l’est moins… Gros plans sur des lecteurs de cassettes, conversations caricaturales sur l’émancipation de la femme ou Deep Purple, tout y est… On a régulièrement la sensation que Gérard Jumel ne sait pas trop où il va… Certes, le manque de budget y est pour quelque chose, mais il n’explique pas ses choix vraiment trop hasardeux de réalisation.

Lou Valette

 

Et aussi

Bisons, de Pierre Monnard

Cocorico, de Julien Hervé

Les reprises

La Randonnée, de Nicolas Roeg

La Ville et les chiens, de Francisco J. Lombardi