Guide du 25 septembre 2019
Metropolitan FilmExport / Pathé / Universal Pictures International France

Ce qu’il faut voir cette semaine.

L’ÉVENEMENT

RAMBO : LAST BLOOD ★★★☆☆
D’Adrian Grunberg

L’essentiel
Sly dit encore une fois adieu à Rambo, et massacre un cartel mexicain à l’occasion.

La dernière séquence de John Rambo (2008) était bouleversante. Le vétéran revenait à la maison familiale, sans que l’on sache très bien si ce retour était pour de vrai ou ne se déroulait que dans l’imagination de Rambo. Réel ou fantasmé, ce coming home était le parfait épilogue du film, tout comme John Rambo était le parfait épilogue d’une série envers laquelle Stallone avait des sentiments ambivalents. Plus jamais Rambo ! disait-il dans les années 90. Histoire de se dissocier d’un personnage devenu après Rambo III symbole d’une Amérique triomphante -celle-là même qui foutait Rambo en prison à son retour du Viêt-Nam.
Sylvestre Picard

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PREMIÈRE A ADORÉ

NE CROYEZ SURTOUT PAS QUE JE HURLE ★★★★☆
De Franck Beauvais

C’est un documentaire qui ne ressemble vraiment à aucun autre. Un monologue intérieur comme jeté à la face du monde, bouillonnant et pourtant d’une maîtrise insensée. Un film éminemment personnel et pourtant foncièrement universel. Car la dépression de son auteur est une maladie qui peut ronger chacun d’entre nous. Car ce monde agressif qui l’étouffe est aussi le nôtre. En janvier 2016, six mois après la fin d’une histoire d’amour qui l’avait conduit à s’installer dans un petit village d’Alsace, Franck Beauvais se retrouve seul, au chômage, coupé de ses proches et sans perspective d’avenir. La nature luxuriante qui l’entoure pourrait être source d’apaisement. Elle ne fait que rajouter à sa noirceur, décuplée par l’écho lointain du monde extérieur : notre pays plongé en état d’urgence après les attentats de novembre. Alors, pour passer le temps, il visionne des films. Matin, midi et soir, jusqu’à plus soif. Et un beau jour, au bout d’un an, alors qu’une éclaircie apparaît dans son existence, il se décide à raconter ce mal-être par ces films qui l’ont accompagné quotidiennement. Un mash-up de courts extraits des quelque 400 œuvres de fiction vues, accompagné en voix off du journal intime de cette descente aux enfers et d’une possible remontée vers des eaux moins sombres. Le résultat se révèle d’une poésie aussi renversante qu’envoûtante, où jamais les mots ne viennent expliquer les images, pas plus que les images ne bégaient avec les mots. Un geste cinématographique d’une beauté poignante.
Thierry Cheze

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PREMIÈRE A AIMÉ

DOWNTON ABBEY ★★★☆☆
De Michael Engler

Derrière Downton Abbey, il y a Julian Fellowes, un auteur qui sait de quoi il parle puisque, outre ses fonctions d’acteur, scénariste, producteur et réalisateur, il siège à la Chambre des lords d’où il peut observer ouvertement les joutes royales. Fellowes avait écrit il y a près de vingt ans pour Robert Altman Gosford Parkmatrice de Downton Abbey où il s’agissait sous la forme d’un whodunit d’explorer les relations entre maîtres et domestiques au sein d’une somptueuse propriété de la campagne anglaise. Pas vraiment de crimes - sinon de lèse-majesté - à Downton Abbey mais un même va-et-vient entre les cuisines et les salons où l’on se passe les plats au fil des saisons (6) et des époques. 
Thomas Baurez

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AU NOM DE LA TERRE ★★★☆☆
D’Édouard Bergeon

Si on ne compte plus le nombre de comédies, de films de superhéros ou de portraits de familles dysfonctionnelles qui squattent les salles, la place occupée par le monde paysan sur grand écran reste réduite à peau de chagrin. Mais attention à ne pas céder à la facilité de vouloir comparer à tout prix les rares films en question. Ainsi, Au nom de la terre n’a réellement en commun avec le récent Petit Paysan que le lieu de son action : une exploitation agricole.
Thierry Cheze

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PORT AUTORITHY ★★★☆☆
De Danielle Lessovitz

C’est une histoire d’amour. Une histoire d’amour pas comme les autres, pourrait-on préciser. Mais puisque ça ne veut pas dire grand-chose, on s’en passera. Un mélodrame, c’est par essence au-dessus de tout, des conventions, des humeurs, de la morale... En cela, le long métrage de Danielle Lessovitz (son premier) pourrait paraître presque conventionnel. Soit l’histoire de Paul (Fionn Whitehead découvert dans Dunkerque de Nolan), un white boy qui tente de joindre les deux bouts à New York et se retrouve ainsi à racketter de mauvais payeurs. Paul rencontre Wye par hasard. Elle danse, elle est belle, elle est noire, elle vit au sein d’une famille « voguing » qu’elle s’est recréée. Il l’observe un peu à distance, forcément. Coup de foudre. Traversée du miroir. Voilà Paul enfin admis dans une famille. Et puis vient le temps des révélations (le job à la con de Paul, la vraie identité de Wye) et donc, des déceptions. Tout ça est filmé très près des corps, dans l’intimité cloisonnée de petits appartements de Harlem. Port Authority est un film immensément charnel où le désir s’exprime avec intensité. Dommage que Danielle Lessovitz divise en revanche son scénario, traçant une frontière peu poreuse entre des Blancs hétéros bas du front et une faune interlope forcément plus humaine. Reste Paul qui évolue, perdu, d’un monde à l’autre. Face à lui, Wye (formidable Leyna Bloom, mannequin et actrice transgenre) sait où est sa place, du moins celle qui lui sert de port d’attache pour poursuivre ses rêves. Le film, présenté lors du dernier Festival de Cannes, est une réussite.
Thomas Baurez

DE CENDRES ET DE BRAISES 
★★★☆☆
De Danielle Lessovitz

Manon Ott a posé ses caméras aux Mureaux et nous propose le portrait d’une banlieue ouvrière en mutation. Elle y fait le lien entre la jeunesse d’hier qui brûlait les pavés en 1968 et celle d’aujourd’hui. Il y a cinquante ans, l’usine Renault-Flins employait 23 000 personnes. Aujourd’hui, l’usine automobile ne compte plus que 4 000 ouvriers, dont une bonne part d’intérimaires. Devant sa caméra, les jeunes, pour la plupart petits-enfants d’immigrés, racontent leur quotidien, coincés dans des statuts précaires qui leur interdisent toute revendication. Ils se qualifient même d’esclaves modernes. On sent leur malaise. Avec un noir et blanc très esthétique et porté par une bande originale aux influences free-jazz, De cendres et de braises dépasse le documentaire d’actualité pour offrir une vision plus poétique et politique d’une génération qui désespère.
Sophie Benamon

 

PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIMÉ

BACURAU ★★☆☆☆
De Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles

Comme dans Aquarius, où une sexagénaire intrépide refusait de vendre son appartement chargé de souvenirs à des promoteurs immobiliers menaçants, il est question dans Bacuraude territoire et de résistance. L’action se passe dans un futur proche, « d’ici quelques années », dans le village de Bacurau, région du Nordeste au Brésil, dans un trou paumé menacé par un gang de mercenaires surarmés, qui entendent carrément rayer le village de la carte. Les habitants refusent de se résigner et préparent l’affrontement... 
Frédéric Foubert

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CEUX QUI TRAVAILLENT ★★☆☆☆
D’Antoine Russbach

Franck (Olivier Gourmet, épatant) a toujours fait passer son job de cadre supérieur dans une compagnie de fret maritime avant sa famille. Sans que ni lui ni sa boîte n’aient eu à s’en plaindre. Jusqu’au jour où, confronté à une situation de crise à bord d’un cargo (la présence à bord d’un clandestin malade qui risque de mettre en quarantaine le bateau à la prochaine escale et faire perdre gros), il prend une décision qui va le faire exploser en plein vol. Que ce soit dans sa vie professionnelle ou personnelle, il sera balayé par la logique d’un système capitaliste qu’il a alimenté de son plein gré tout en en profitant largement. Ce premier long métrage séduit par son amoralité et son refus de diviser le monde entre bourreaux et victimes, fidèle à une réalité des faits bien plus complexe. Dommage que le scénario connaisse un méchant coup de mou au milieu de l’histoire avant de terminer fort.
Thierry Cheze

STEVE BANNON, LE GRAND MANIPULATEUR 
★★☆☆☆
D’Alison Klayman

Évidemment, le temps long du cinéma rend obsolète tout ce qui touche à la politique US rythmée par les agitations impétueuses de Donald Trump. Certes, ce documentaire centré sur son éminence grise, figure de l’ultra-droite américaine exportant son idéologie populiste en Europe, souffre de gros problèmes formels, à commencer par la sur-utilisation d’une musique totalement inutile. Et pourtant, on ne décroche pas de ce docu pour lequel Alison Klayman a suivi au plus près pendant un an cette bête curieuse et fière de l’être. Le fait que Bannon ait accepté cette caméra intrusive en dit d’ailleurs plus sur lui que le film lui-même : sa jouissance de voir une opposante farouche l’aider malgré elle à construire sa légende, certain que ses admirateurs se délecteront des propos provocateurs qu’il y tient. Un moment pour l’histoire mais pas pour celle du 7e art.
Thierry Cheze

 

PREMIÈRE N’A PAS AIMÉ

LE DINDON ★☆☆☆☆
De Jalil Lespert

A priori, c’est une mécanique de précision qui rend quasi impossible toute sortie de route, dès lors qu’on en respecte les fondamentaux. Les pièces de Georges Feydeau, maître du vaudeville, se jouent depuis plus d’un siècle au théâtre, sans ne rien avoir perdu au de leur rythme, de leur énergie et de leurvis comica. Guillaume Gallienne le sait mieux que personne pour avoir incarné plus d’une centaine de fois pour la Comédie Française Monsieur de Pontagnac, le séducteur qui allume la mèche de cette grenade dégoupillée qu’est le Dindon.
Thierry Cheze

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LES PETITS MAÎTRES DU GRAND HÔTEL ★☆☆☆☆
De Jacques Deschamps

Six ans après son documentaire sur le cirque Romanès, le réalisateur Jacques Deschamps promène cette fois-ci sa caméra au cœur d’une école hôtelière. Et bien que la facétie de certains de ses élèves fasse mouche, son film peine à se singulariser des nombreux reportages télé consacrés au même sujet à longueur d’année. Il lui manque ce supplément d’âme qu’un Philibert a su insuffler à son De chaque instant, qui racontait le quotidien d’une école d’infirmiers. Deschamps tente bien de sortir du cadre en ponctuant son documentaire de scènes chantées façon comédie musicale réunissant enseignants et élèves. Mais ce mélange des genres paraît trop artificiel et donne l’impression de chercher à masquer l’intérêt plus que relatif de ce qui est raconté. Sur cette même idée, le travail de Pedro Pinho avec L’Usine de rien et ses ouvriers occupant leur usine en plein démantèlement reste indépassable.
Thierry Cheze

 

Et aussi
Demain est à nous de Gilles de Maistre
Hayati d’Osman Mebarek André
Coeur de pierre d’Olivier Jobard
Dantza de Telmo Esnal
Fourmi de Julien Rappeneau
Inséparables de Varante Soudjian

 

Reprises
La Reine Soleil de Philippe Leclerc
La maison de la mort de James Whale
Long week-end de Colin Eggleston
Rétrospective Hal Hartley
Un mauvais fils de Claude Sautet

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