Ce qu’il faut voir en salles
L’ÉVÉNEMENT
MARSUPILAMI ★★★☆☆
De Philippe Lachaud
L’essentiel
Après Chabat, Lacheau récupère le Marsu et le plonge dans son univers trash. Jamel Debbouze reprend son Pablito pour faire le pont. Deux traditions comiques qui ne parlent pas la même langue, mais qui finissent par s'entendre.
Reprendre le Marsu après Chabat relevait moins du remake que du relais sacrément risqué. En 2012, Sur la piste du Marsupilami assumait son anachronisme joyeux, son humour rétro et sa douceur bricolée. Quatorze ans plus tard, Philippe Lacheau hérite de la bestiole tachetée et la plonge dans son ADN à lui. La mécanique à gags est plus frontale, plus bruyante, parfois panzer - mais pas pour autant foirée. Là où Chabat enveloppait ses excès de tendresse et de nostalgie, d'écologie et d'humour antidaté, Lacheau privilégie la vitesse et l'accumulation pour moderniser l'ensemble. Le récit se dilue au profit d'une succession de numéros, inégaux mais rarement à côté de la plaque. Tout n'est pas subtil, mais le film évite l'écueil du pur produit calibré : on sent une envie de divertir sans mépris, de faire rire sans calcul froid. Le Marsu de Lacheau n'a pas la mélancolie de son prédécesseur ni sa facétie d'opérette, mais il assume sa nature de comédie pop contemporaine, généreuse. La relève remplit de fait totalement son cahier des charges.
Gaël Golhen
Lire la critique en intégralitéPREMIÈRE A BEAUCOUP AIME
LE GÂTEAU DU PRESIDENT ★★★★☆
De Hasan Hadi
Les productions irakiennes ne sont pas légion dans le paysage cinématographique international ; encore moins celles qui s’aventurent dans la région des marais, au sud du pays. Là-bas, au début d’années 1990 marquées par la guerre du Golfe, le quotidien de Lamia est bouleversé par un petit bout de papier. La fillette a été tirée au sort : cette année, elle devra confectionner le traditionnel gâteau d’anniversaire de Saddam Hussein pour la fête de l’école. Un honneur selon son professeur ; un drame pour le précaire équilibre économique de son foyer. Il y a quelque chose du néoréalisme italien dans cette errance à hauteur d’enfant, cette découverte des fissures d’une nation, de son peuple et de ses institutions par le prisme d’un regard juvénile. Au gré des rues de Bassora tapissées de portraits de Saddam, Hasan Hadi, lui-même Sud-Irakien d'origine, signe un premier long-métrage instinctif en forme de récit d’apprentissage déchirant.
Chloe Delos-Eray
Lire la critique en intégralitéTHE MASTERMIND ★★★★☆
De Kelly Reichardt
L’action du nouveau Kelly Reichardt se situe au tout début des années 70 à Framinghan, petite ville assoupie dans laquelle James (Josh O’Connor) fils d’un notable du coin (un juge, la chose n’est pas anodine), organise le vol de quatre tableaux du peintre abstrait Arthur Dove, pionnier de l’art non figuratif américain. The Mastermind débute à la façon d’un film des Coen première manière, lorsque les frères savaient encore regarder leurs personnages avec ironie et tendresse. Plus froide, Reichardt s’amuse avec eux mais garde par sa mise en scène une distance. Ici, les couleurs volontairement délavées du cadre annulent toutes disparités jusqu’à effacer les êtres et les choses qui s’agitent au-devant de lui. Ce ton sur ton d’où rien (ou presque) ne peut surgir, c’est le crédo même de cette histoire, celle d’un jeune homme moyen et sans aspérité qui dans son désir d’enrayer la spirale petite bourgeoise qui le noie ne trouvera que les échos moqueurs de sa propre impuissance. Le film semble même parfois se dissoudre lui-même, mais Reichardt le rattrape par le col à l’aide d’une bande son jazzy plutôt incongrue dans ce décor folk. Et sa comédie douce-amère autour d’un jeune homme sans qualité dessine en creux la défaites des idéaux d’un pays ton sur ton
Thomas Baurez
Lire la critique en intégralitéPREMIÈRE A AIME
RETOUR A SILENT HILL ★★★☆☆
De Christophe Gans
Vingt ans après Silent Hill, Christophe Gans retourne dans sa ville fantôme mais change de focale. Là où le film de 2006 suivait une mère affrontant un enfer mythologique, Retour à Silent Hill se replie sur un homme seul, James, attiré par le souvenir d'une femme qu'il a aimée. Il croit la retrouver dans les brumes de la cité. Il va se perdre. Ici, Silent Hill n'est donc plus seulement un lieu maudit : c'est une psyché en ruines. L'horreur ne surgit pas des coins du cadre ; elle est déjà là, tapie dans le deuil, la culpabilité, l'obsession des gens qui arpentent ses rues. C’est la grande beauté de ce deuxième film. Là où le premier Silent Hill bâtissait une mythologie collective, Retour à Silent Hill choisit le mélo et la subjectivité malade. Gans l’avoue : on est plus proche ici de Sueurs froides que du survival. Le film devient ainsi une hallucination de deuil impossible. Aimer devient une faute. Chercher l'autre, une condamnation. Et Silent Hill se révèle ainsi pour ce qu'elle est vraiment : un purgatoire mental pour ceux qui refusent de laisser les morts tranquilles.
Gaël Golhen
Lire la critique en intégralitéA PIED D’OEUVRE ★★★☆☆
De Valérie Donzelli
Dans A pied d’œuvre, Franck Courtès racontait la trajectoire que le photographe à succès qu’il était avait emprunté après avoir décidé de tout abandonner pour se consacrer à la littérature. Une vie faite de petits boulots éreintés sous- payés et conquis de haute lutte au fil des annonces parues sur une plateforme devenue tout à la fois sa bouée et son bourreau. C’est ce lent glissement vers la précarité que raconte ici brillamment Valérie Donzelli, primée pour son adaptation (co- signée Gilles Marchand) à la Mostra. Sa réalisation longtemps traversée (de La Reine des pommes à Notre Dame) d’effets pop ludiques et malicieux fait ici fi de toute fioriture, trouvant les bon ton et distance pour éviter tout misérabilisme. Elle épouse le jusqueboutisme tranquille d’un personnage, dans la peau duquel Bastien Bouillon impressionne par sa capacité à se réinventer comme acteur en s’abandonnant à un rôle dénué du moindre moment spectaculaire. Le minimalisme élevé au rang d’art.
Thierry Cheze
LA LUMIERE NE MEURT JAMAIS ★★★☆☆
De Lauri-Matti Parppei
Pauli (Samuel Kujala) est un flûtiste classique à succès, destiné, dès le plus jeune âge, aux orchestres prestigieux du monde entier. Un burn-out le paralyse et l’empêche désormais de jouer de son instrument. De retour chez ses parents au nord de la Finlande pour panser ses bleus à l’âme, il sympathise avec deux queers désireux de se lancer dans la musique expérimentale. Les nuits interminables et froides du nord de l’Europe accompagnent de belle manière la lente mais nécessaire reconstruction vers le retour à la vie de son personnage principal à mesure que celui- coi goûte à une liberté qui lui était jusqu’alors inconnue. La cinéaste instinctive, musicienne autodidacte elle-même, signe un long métrage singulier qui épouse, dans son rythme, l’humeur sinusoïdale de Pauli. Un portrait juste et réaliste de la dépression, décrite tant du côté du malade que de son entourage.
Anne Lenoir
A DEMAIN SUR LA LUNE ★★★☆☆
De Thomas Balmès
Le nouveau documentaire de Thomas Balmès (Bébés) s’ouvre sur le plan d’un cheval recouvert d’ampoules de toutes les couleurs déambuler dans les couloirs d’un hôpital, comme échappé d’un film de Jodorowsky. Ce cheval s’appelle Peyo et tient un rôle essentiel dans le quotidien d’un établissement en soins palliatifs en passant de chambre en chambre pour apaiser des hommes et des femmes condamnés à court ou moyen terme par une longue maladie. Pourquoi ? Comment ? On ne le saura jamais vraiment car il n’est qu’un des différents angles choisis par Balmès pour traiter de la question épineuse de l’acceptation de la mort, avec ce que traverse une des patientes Amandine, âgée de 39 ans et mère de deux enfants, en cancer terminal. Et ce parti- pris de ne pas choisir un angle précis crée un effet kaléidoscope - chacune des mini- histoires qui le composent auraient pu donner un film à part entière – qui se révèle pertinente pour s’emparer de ce sujet si complexe aux ramifications multiples. Avec pour résultat, une œuvre jamais mortifère mais célébrant la vie, y compris et surtout, quand on prend conscience qu’elle se termine pour soi ou ses proches.
Thierry Cheze
Lire la critique en intégralitéN 121-BUS DE NUIT ★★★☆☆
De Morade Aissaoui
Trois potes des cités prennent un bus de nuit et leur virée va tourner au cauchemar. N121 - Bus de nuit déploie une énergie rare pour un premier long : on sent la caméra vibrer comme si chaque plan cherchait l’étincelle. La référence à La Haine est évident - tension rampante et envie de filmer la ville comme un organisme nerveux - tout comme l’influence des premiers Spike Lee, dans cette façon de laisser les personnages exploser sous nos yeux. Ici, les passagers ne sont pas que des silhouettes : chacun a une histoire qui affleure, un détail qui claque, une attitude qui raconte plus qu’un long flashback. Le film est solide, mais surtout gonflé d’envie de cinéma. On pourrait pinailler sur un final un poil démonstratif (comme si le réalisateur voulait souligner un propos qu’il avait réussi jusque là à incarner) ou sur certains personnages un peu trop manichéens. Mais quand un premier long affiche une telle maîtrise du cadre, du rythme et de l’humain, on pardonne beaucoup. On descend du bus convaincu.
Gaël Golhen
Retrouvez ces films près de chez vous grâce à Première GoPREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME
RENTAL FAMILY- DANS LA VIE DES AUTRES ★★☆☆☆
De Mitsuyo Miyazaki
Un acteur américain en galère accepte à Tokyo un job improbable : incarner des proches “loués” par des clients en mal d’affection. Le film flirte avec le concept malin mais réussit parfois à devenir une balade mélancolique sur tout ce qu’on joue pour survivre à la solitude. La mise en scène est précise, attentive aux gestes minuscules - un recul, un sourire retenu, un silence poli. C’est élégant, un peu pop dans sa sensibilité, et zen dans sa manière d’épouser les émotions sans les surligner. Au centre, il y a Brendan Fraser, formidable de pudeur, un peu cabossé, mais très humain. C’est lui qui donne au film sa pulsation plus vibrante que son récit parfois trop sage. On aurait aimé qu’il ose davantage l’ambiguïté, qu’il gratte un peu plus la frontière floue entre affection jouée et vraie douleur, entre résilience et cynisme. C’est la limite de ce film qui, à force de retenue, finit par émousser son propos et laisse derrière lui une émotion un peu trop polie pour vraiment marquer.
Gaël Golhen
BISCUIT, LE CHIEN FANTASTIQUE ★★☆☆☆
De Shea Wageman
D'un côté, un petit chien soudainement doté de super- pouvoirs qui lui permettent de parler et de voler. De l'autre, un chat lui aussi métamorphosé qui entreprend de faire régner les chats sur l'univers. "Le film le plus wouf de cet hiver" affirme son affiche quelque peu trompeuse. Car si les tous petits pourront se laisser convaincre, les adultes restent à la porte de ce film d'animation qui souffre de la comparaison avec le récent Dog Man par exemple. Pas désagréable mais sans aspérité ni originalité saillante.
Thierry Cheze
LE GRAND PHUKET ★★☆☆☆
De Yaonan Liu
À quoi ressemble la vie d’un collégien dans une province du sud de la Chine ? Si Le Grand Phuket s’attache à montrer les difficultés et mutations propres à cet âge pivot par le recours à une multiplication des régimes d’image (des incursions en animation, une fiction filmée avec un style documentaire…), il n’est jamais aussi beau et prenant que lorsqu’il ralentit le rythme et délaisse sa fiction pour une pure contemplation. Entre le style du Wang Bing d’À l’ouest des Rails et l’imagerie évidée d’Edward Yang, le jeune Li Xing émeut surtout lorsqu’on le voit arpenter ces paysages ravagés, posés au milieu de cette zone urbaine en pleine mutation (et dont la reconstruction se fait attendre). Mais au milieu, il reste ce récit convenu sur les difficultés de l’âge adolescent et tous les poncifs du genre, enterré par les promesses fantastiques non-tenues par le mystérieux refuge souterrain que découvre le personnage.
Nicolas Moreno
Et aussi
200% Loup, de Alex Stadermann
Dis-moi sur quel pied tu danses, de Philippe Ménard
Stray Kids : The DominATE experience, de Paul Dugdale
La reprise
Une balle dans la tête, de John Woo
Naked, de Mike Leigh







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