Henri Verneuil
Metropolitan Films Export / 20th Century Studios/ Comacico

Longtemps négligé par la presse ou relayé au second plan dans le paysage cinématographique des années 60, Henri Verneuil, fêterait aujourd’hui ses 100 ans.

Le 6 décembre 2000 dans son discours d’entrée à l’académie des Beaux-arts, Henri Verneuil revendiquait son engagement de cinéaste populaire. "Tout au long de ces cinquante ans, j’ai assisté à la naissance d’un cinéma qui sacrifie souvent son instinct, son lyrisme et ses jaillissements à quelques satisfactions narcissiques et cérébrales. En l’absence de talents on se croyait obligé d’être intelligent."

A une époque où le cinéma de la Nouvelle Vague était à son apogée, Henri Verneuil, lui, réalisait son premier grand film, Des gens sans importance avec Jean Gabin. En référant à la tradition populaire et naturaliste d’avant-guerre, il décrit à l’image d’une chanson de Jacques Brel grinçante les "petites gens" qui, malgré la force de leur amour et de leurs sentiments n’auront jamais de chance dans leur vie. Premier film parlant d’avortements clandestins, il recevra d’ailleurs de la part du jeune François Truffaut une critique élogieuse.

 

En 1962, Henri Verneuil ne voyait que Jean Gabin pour donner la réplique à Jean Paul Belmondo dans Un Singe en hiver, véritable succès populaire truffé de tirades devenues cultes : "Aux chiottes les Teutons! Bande de mange-merde!", ode à l’alcool qui fait voyager pour oublier les maux, le duo fait l’unanimité et épingle en tête du box-office parisien le film deux semaines d’affilées, réalisant plus de 132 194 entrées cumulées dans les quatre salles qui le diffusent.

Jean-Paul Belmondo sur le tournage d'Un Singe en hiver

Adapté d’une série noire, Henri Verneuil réalise l’année suivante Mélodie en sous-sol, l’histoire de l’association d’un vieux gangster (Jean Gabin) et d’un jeune truand (Alain Delon) en route pour braquer un casino sur la côte d’Azur. Le film garantira la notoriété du réalisateur outre-Atlantique et restera une référence incontournable pour de nombreux cinéastes, dont Quentin Tarantino, qui s’en inspirera pour Reservoir Dogs.

Ce succès assurera celui du trio gagnant du Clan des Siciliens, en 1969. Bertrand tavernier le dit lui-même : "Pour réunir dans le même film Delon, Gabin et Ventura, il fallait pas être né de la dernière pluie." Un film policier racontant l’évasion d’un tueur, Roger Sartet (Alain Delon) alors que le commissaire Le Goff (Lino Ventura) venait de l’arrêter. Une évasion organisée par "le clan des siciliens" dirigé par Vittorio Manalese (Jean Gabin) à laquelle s’en suit l’élaboration du vol d’une collection de bijoux royaux exposés à Rome.

En 1982, c’est avec Mille milliards de dollars qu’Henri Verneuil met en scène Patrick Dewaere incarnant un journaliste effronté de La Tribune déclamant au grand patron d’une entreprise de téléphonie : "Personnellement, je n’ai jamais pensé que vous nous aviez libéré d’une occupation militaire pour nous substituer à un occupation économique". Un film ouvertement anti-américain et prémonitoire sur les ravages de la mondialisation avec lequel Henri Verneuil montre qu’il ne laisse pas de côté son statut de cinéaste engagé.

Cinq choses à savoir sur Mille milliards de dollars