Ambulance : le film original danois, à voir sur Netflix, vaut-il le coup ? [critique]
Nordisk Films/Universal

Avant la course folle de Michael Bay dans les rues de LA, Ambulancen était filmé dans la campagne danoise.

Avec Ambulance, sorti mercredi dernier au cinéma, Michael Bay revient à la mise en scène de séquences d'action qu'il manie à la perfection. Le réalisateur de Transformers et de No Pain No Gain filme Jake Gyllenhaal, Yahya Abdul-Mateen II et Eiza Gonzalez lancés dans une course poursuite folle dans les rues de Los Angeles, suite à un braquage de banque qui tourne mal et pousse ses deux protagonistes à prendre en otage une jeune infirmière qui tente de maintenir en vie un homme blessé sur une civière. Un point de départ tout droit tiré d'un film danois, Ambulancen, sorti au cinéma en 2005. Un thriller d'à peine 1h20, qui est visible sur Netflix et qui n'a finalement pas grand-chose à voir avec son remake hollywoodien de 2h17. Et pour cause : Bay n'a pas vu la version originale de Laurits Munch-Petersen avant de se lancer dans le tournage de cette version plus musclée. Si le réalisateur initial est bien cité au générique comme étant à l'origine de l'idée de départ, le scénariste Chris Fedak (connu pour la série Chuck) s'en est pas mal éloigné.

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Dans Ambulance, le personnage de Yahya Abdul-Mateen II tente de sauver sa femme malade, là où celui de Thomas Bo Larsen (vu depuis dans de nombreuses productions locales, de La Chasse à Drunk, avec Mads Mikkelsen), se démenait pour récolter assez d'argent pour faire hospitaliser sa maman dans un hôpital privé, dans l'espoir qu'elle soit mieux soignée. Cela peut sembler un détail, mais ça rend en fait le personnage de cette nouvelle version bien plus attachant que son "modèle", qui partait d'emblée perdant : sa mère étant présentée comme condamnée, lui est rapidement perçu comme un braqueur obstiné, prêt à mettre en danger sa propre vie, mais aussi celle de son frère (Paw Henriksen, vu dans Revenge, de Suzanne Bier) et de leurs otages pour aller au bout de son plan particulièrement bancal. Modifier la dynamique entre les deux (anti?)héros (le premier joue un vétéran de guerre qui commet un méfait pour une bonne raison, son frère incarné par Gyllenhaal est d'abord montré comme un chien fou, qui se calme peu au cours de leurs mésaventures) permet de leur offrir un portrait plus complet dans la nouvelle version. Faire de la victime agonisant à l'arrière du véhicule un policier est aussi une manière maligne de justifier le fait que les forces de l'ordre vont poursuivre l'ambulance sans chercher à tirer sur ses occupants, là où la version originale misait sur la crise cardiaque d'un type lambda et entraînait des retournements de situations pas toujours crédibles.

Car Ambulance est bourré de twists, les décisions et réactions inattendues de ses protagonistes permettant de jouer avec les attentes du spectateur. "Ambulance, en réalité, vous a à l’usure, écrit-on dans notre critique du blockbuster de Michael Bay. Le film fonctionne selon un pur principe d’inflation et d’entropie. Plus c’est long, plus c’est bon." Malheureusement, dans Ambulancen, c'est un peu l'inverse. Si le point de départ est alléchant, et que les premiers déboires du duo font bien monter la pression, l'évolution des personnages empile trop de clichés par la suite pour être vraiment prenante. Certains choix scénaristiques sont même tellement tirés par les cheveux que tous ces rebondissements finissent par lasser. On se surprend à regarder sa montre alors que le film fait une heure de moins que son remake. Remake dont le point fort est évidemment ses scènes d'action, là où la mise en scène de son modèle, n'ayant pas les mêmes moyens qu'un blockbuster hollywoodien, peine souvent à maintenir le public en haleine.

Restent des comédiens convaincus, et un début de romance efficace entre le jeune frère et l'infirmière courageuse (Helle Fagralid, un visage connu des spectateurs de The Killing), une idée peu exploitée dans le blockbuster de 2022. Soigneuse dans l'âme, elle tente à tout prix de sauver la vie de son patient, quitte à risquer la sienne, puis elle parvient même à panser les plaies de son preneur d'otages, en comprenant qu'il s'est laissé embarquer dans cette mésaventure un peu malgré lui. Quelques idées farfelues (la consommation de "space cake" qui brouille la vision du conducteur, la "pause-pipi" d'habitude interdite dans ce genre de course-poursuite) jouent de façon rigolote avec le concept, faisant plusieurs fois basculer ce thriller dans le genre de la comédie noire. Une curiosité à découvrir, donc, même si vous l'aurez compris, on préfère pour une fois son remake américain, bien plus fou et inspiré.


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