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Depuis tout petit, dès l’école primaire, on vous inculque qu’il y a les bons et les mauvais, et que par logique, vous devez avoir de bonnes notes pour devenir un bon. Tenez-vous bien : on vous a menti. Il y a aussi les nuls. Le nul, c’est celui qui essaye, tant bien que mal, de ne pas tomber du train. De nos jours, le nul, c’est celui qui veut comprendre, mais que la longueur et la complexité des textes découragent. Le nul n’est pas si con, et entouré d’autres nuls, il ose parler de sujets profonds, mais toujours en surface pour ne pas se noyer dans l’inconnu. Dans le bassin de l’info, mieux vaut être bons nageurs. Face à un bon, le nul acquiesce et tente peu à peu de dériver sur un autre sujet afin de camoufler au bon qu’il est nul. Le nul par excellence regarde le 20 h de Ferrari et matte son horoscope dans le 20 minutes tous les matins en pensant qu’avec ça, il est bon. Le nul achète de temps en temps Le Point ou l’Express, mais n’a pas le temps de les finir avant que le numéro suivant ne sorte. Zut. Le nul, est partout, le nul c’est vous, c’est eux, le nul c’est moi.Copenhague, c’est fini, et demain matin, c’est lundi. Comme tous les lundis matin au bureau, nous, les nuls, nous essayerons de passer pour des bons. Ce texte écrit par un nul a pour but de vous donner les quelques clés nécessaires pour duper les collègues. Attention n’oubliez pas de juste effleurer le sujet, et ce seulement face à d’autres nuls. Devant un bon, surtout, fermez-la. Si par malheur quelqu’un venait à vous prendre de court sur le sujet, alors jouez la carte du « de toutes façons, tout le monde en parle mais personne n’y a rien compris à ce sommet ». Commençons.DU 7 au 18 décembre 2009 s’est tenu au Bella Center de Copenhague le sommet de l’ONU. Confrontés au péril climatique, les dirigeants du monde entier, c’est-à-dire des bons, devaient parvenir à surmonter leurs divergences de courts termes afin de développer un projet politique mondial fondé sur un constat scientifique et donner ainsi suite au protocole de Kyoto. Whaou, ça en jette hein ?Bon bah pour commencer, nous, les nuls, on se demande bien pourquoi tout se remue-ménage alors que seules les dernières 24 h du sommet étaient importantes. C’est vrai, un conseil de classe sans les profs principaux, ça n’a jamais intéressé personne, non ?Nicolas Sarkozy arrive dès jeudi après midi, rejoint par Obama qui lui atterrit vendredi à 8 h, un peu en avance, alors que Le jour n’est pas encore levé a Copenhague. Entre nous, les nuls, Obama a de bonnes raisons d‘être pressé. Il doit effectivement partir dans la foulée en vacances à Hawai. Obama, lui, c’est un bon. L’Air Force One apparaît au milieu de bourrasques neigeuses et enfin, enfin, le vrai Copenhague peut commencer.Pour la première fois dans l’histoire, ce sont 120 chefs d’Etats qui se réunissent. 120 bons dans une même salle, c’est rare. Les voilà partis pour 17 h de réunions et débats. L’objectif, visiblement simple, est de conclure un accord, avec tous les pays qui permette, grâce a une réduction des émissions de gaz à effet de serre, de limiter la hausse du thermomètre mondial de deux degrés. Obama montre par sa première décision qu‘il sait le terrain miné : plutôt qu’au Bella Center, où l’ONU mène la danse des négociations, le président Américain préfère consulter dans un hôtel voisin durant la matinée. Gordon Brown en premier, puis d’autres leaders européens suivent pour des « meeting improvisés ». Nicolas Sarkozy prend lui aussi ses rendez-vous perso’ en amont du début des négociations, notamment avec Brown et Merkel. Il se fait discret mais le peu de fois où on l’aperçoit, il a le visage fermé. La séance officielle commence enfin et la « magie Obama » n’opère pas. A tour de rôle, le Danemark, suivi du Venezuela et de la Bolivie, claquent la porte et quittent l’hémicycle. 17 h de négo’, de 13 jours de mobilisation, des dizaines d’heures de discussion, des millions de dollars dépensés dans les préparatifs d’un tel événement, et qu’est-ce qu’on a ? Un accord signé par seulement 28 des 193 pays représentés qui promet de ne pas dépasser les 2 degrés prévus et 10 milliards de dollars par an en financement aux pays en développement sur 2010, 2011 et 2012. On voulait le plus, ils ont fait le moins. On nous bassine depuis des mois avec un Copenhague qui devait « sauver le monde », il n’a en fait été qu’un sommet classique de rapports de force entre les nations qui ne pensent qu’a défendre leurs intérêts personnels. Et le pire dans tout ça ? Un Barack Obama qui fait l’optimiste dans son discours final, en tentant presque de nous faire croire que tout ce cinéma de con se conclut de façon positive. Du coup, nous, les nuls, on finirait presque par se demander si ce grand Monsieur, lui, est vraiment bon.