DR

A l’occasion de la sortie d’Avatar prévue pour le 16 décembre, l’équipe du film était à Paris pour une avant-première exceptionnelle. Stephen Lang, Sigourney Weaver, James Cameron, Zoe Saldana, Sam Worthington et Jon Landau étaient réunis pour répondre aux questions de la presse. Ce qui se joue avec Avatar est tout simplement énorme. Avec ce film, le futur du cinéma est en marche. On nous parle du film le plus important de la décennie, d’une technologie 3D estomaquante, d’une révolution artistique, d’une fable épique peuplée de créatures mythologiques… Le mieux, c’est peut-être (enfin) de laisser la parole à ceux qui ont réalisé l’un des films les plus attendus de 2009Science sans conscience...La discussion s’engage autour de la science et de la SF qui irriguent l’œuvre de Cameron depuis maintenant presque 30 ans. « Je suis un geek, un passionné de science, confie d’abord le cinéaste, également consultant de la NASA. Mais ce qui m’intéressait, c’était que le film parle aux gens d’un point de vue émotionnel. C’était ça le plus important, que les acteurs ne soient pas perdus sous la masse de SFX et de technologie, que l’histoire ne soit pas ensevelie sous des déluges théoriques ». Sur la SF, le cinéaste est encore plus clair : « Enfant, je faisais beaucoup de trajets en bus et je dévorais les livres de SF. Quand je lisais ces livres, je dessinais des images inspirées par ces visions romanesques… Avatar, des dizaines d’années plus tard, est mon hommage à ces romans ». Sigourney Weaver qui connaît Cameron depuis Aliens confie que pour le cinéaste comme pour elle, la SF, et surtout dans Avatar, n’est pas qu’un simple genre : « à travers des univers fantasmés, il s’agit d’explorer l’esprit humain, notre spécificité ». Les Na’vi (ces êtres bleus qui peuplent la bande-annonce) comme révélateur de la condition humaine ? Derrière la fable SF et les prouesses techno se cache en fait un grand film psychologique : « entre l’humain et la technologie, c’est l’humain qui est le plus difficile à gérer et qui m’intéresse le plus explique Cameron. La relation homme/femme est au cœur de mon cinéma et dans Avatar, je voulais me focaliser sur l’Amour ». Avatar raconte donc le parcours de Jake Sully, un marine paralysé recruté pour aller explorer l’univers de la planète Pandora. Sully a rejoint le programme Avatar, une cellule scientifique qui lui permet de projeter sa conscience dans un corps de Na’avi. Sa mision consiste à infiltrer la civilisation des Na'avi d'abord dans un but scientifique puis, très vite pour des motifs moins glorieux... évidemment, tout se complique lorsqu'il tombe amoureux de Neytiri, incarnée par Zoe Saldana. Une vraie love story, un pur film d'aventure et une fable écologique (on parle beaucoup de Miyazaki)... Quand Cameron veut définir son film, il parle d'un western futuriste, compilant les ingrédients de tous les classiques SF ainsi que les fondamentaux des grands romans d’aventures (John Carter of Mars, L’Homme qui voulait être roi…). Mais au fond, Avatar est d'abord un récit initiatique profondément humaniste, comme l’explique Sam Worthington lorsqu’il parle de son personnage : « Pour me préparer, j’ai passé du temps avec le frère de James qui est un marine. Mais ma véritable inspiration, pour camper Jake, c’était mon neveu de 9 ans. Jake est comme un môme qui ouvre les yeux sur un univers qu’il ne connaît pas. Sur un monde inconnu ». S’ouvrir à l’autre, à ce qui est différent, accomplir son rêve et son destin… le message est clair et au cas où l'on n'aurait pas compris, James Cameron insiste : « Beaucoup de civilisations anciennes se sont fait éliminées par des sociétés plus modernes. Et personne dans cette salle n’a les mains propres : nous sommes tous les descendants de colonisateurs. Ca ne veut pas dire qu’il faut culpabiliser. Ca veut juste dire qu’il faut désormais tout faire pour préserver les cultures en dangers et pour sauver la planète ». Jeu est un autreAvatar marque aussi une nouvelle ère dans le cinéma. Au point qu’on se demande parfois, si cet OVNI, entre live, animation et 3D, est encore du cinéma : « Evidemment explose Cameron ! Le cinéma se redéfinit constamment depuis ses origines. Quand Georges Lucas est arrivé en 77 avec Star Wars, il a tout bouleversé. On passait d’une SF intello à du pur entertainment, du space opera. Avatar d’une certaine manière essaie de réunir le cinéma Pré-Lucas et le cinéma Post-Lucas. C’est de l’aventure et du grand spectacle avec des choses à dire. Et la 3D ne modifie pas foncièrement la manière de faire. Il faut toujours une bonne histoire pour faire un bon film »… Une bonne histoire et surtout des bons acteurs. Car l’autre révolution promise par Avatar reste la motion Capture. La technologie n’est pas nouvelle (elle est utilisée dans l’industrie du jeu et du cinéma depuis au moins 10 ans), mais les images vues du film laissent penser que Cameron emmène le procédé à des années lumières de ce que fit Peter Jackson avec son Gollum. Sigourney Weaver, Zoe Saldana et Sam Worthington racontent donc le procédé un peu étrange du Volume. Pour faire court, Cameron décrit le Volume comme « une énorme salle uniquement dédiée à l’enregistrement des performances d’acteurs ». En clair, une scène gigantesque où avait lieu la capture numérique des scènes. Zoe Saldana est encore un peu plus précise : « on enfilait une combinaison noire (avec une queue) et on se retrouvait seule face à la caméra ». L’acteur nu, doit donc affronter le regard de Cameron et de son chef op qui filment les scènes sur fond uni et sans aucun autre support que le texte. Ce qui doit être un peu stressant. « Pas du tout confie Saldana : au contraire c’est une technique totalement libératrice. C’est le jeu à son état pur : il n’y a plus à se soucier des autres, des marques ou des repères. On redevient un enfant qui joue ».Avec une pression énorme, des promesses qui ne cessent d'enfler (Le Chanteur de jazz du XXIème siècle), Cameron sait bien que Avatar sera attendu au tournant. Mais l'homme semble serein. Et quand on lui demande quelles furent ses pensées lorsqu'il visionna pour la première fois son film, il raconte : "j'avais tout mon cast autour de moi. C'était super. Ils étaient comme des mômes : surtout Sigourney Weaver qui criait sans arrêt". C'est peut-être ça le pouvoir d'Avatar nous rendre notre âme d'enfant et nous faire croire au pouvoir du cinéma... Réponse la semaine prochaine.Avatar, les nouvelles photos. James Cameron crée une nouvelle langue pour Avatar. Avatar pour les nuls. Avatar, pas rentable ?