Amour, huis clos mortifère mais vibrant de Michael Haneke

Amour

Arte diffusera ce drame avec Emmanuelle Riva et Jean-Louis Trintignant ce soir.

Alors que Happy End, le nouveau film de Michael Haneke, sort aujourd'hui au cinéma, Arte proposera Amour à partir de 21h. La Palme d'or 2012 avait retourné Première lors de sa projection sur la Croisette.

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Le pitch : Anne et Georges vivent ensemble dans un bel appartement parisien et forment un couple uni. Quand Anne tombe malade, Georges s’occupe d’elle et tente coute que coute de la maintenir à flot...

Ca vaut quoi ? 2h04 enfermé dans un quatre pièces parisien, ça vous tente ? C’est l’expérience que propose Haneke. Huis clos mortifère qui regarde deux vieux en train de crever, Amour (titre pas si ironique que ça) raconte la longue agonie d’Emmanuelle Riva et la survie de Jean-Louis Trintignant. Michael Haneke avec son style clinique, ses plans séquences fixes à la limite du supportable et sa froideur balistique ne fait pas dans la dentelle. Tout y passe : les couches confort d’Emmanuelle Riva, ses râles d’agonie, le stoicisme muet de Trintignant, sa violence rentrée qui peut exploser à tout moment...  Amour est un film sur le dépérissement et sur le corps de ces deux icônes vieillissantes - le boitillement de Trintignant, la paralysie progressive de Riva, sa beauté classique qui se fane petit à petit. Un film beckettien qui réduit progressivement deux vies à des emmerdes corporelles (faire pipi, remonter sa culotte après, boire sans pouvoir ouvrir la bouche, cogner son fauteuil contre les murs...).

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Mais c’est plus que ça : en prenant ces deux acteurs de théâtre à la voix si particulière (la voix d’Hiroshima mon amour et celle d’Un homme et une femme), Haneke construit une belle réflexion sur la voix du comédien. Il faut écouter les modulations infinies de Trintignant avancer à plat jusqu’aux finales pour délivrer la nuance ironique, énervée ou triste de son propos dans un dernier sursaut. Cette voix tapie prête à bondir, qui résonne sans sécheresse, voluptueuse et mordante. Et, par contraste, celle d’Emmanuelle Riva qui s’éteint petit à petit pour ne plus devenir qu’un râle de souffrance. La direction au cordeau d’Haneke fait ici merveille. En s’attachant à ce point aux acteurs et à leurs derniers frémissements, l’Autrichien signe son film le plus vibrant et peut-être le plus douloureux. Si Trintignant ou Riva (mon amour) n’ont pas un prix, il faudra gueuler à l’injustice...   

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La scène : celle du pigeon. Trintignant tente d’attraper un volatile qui a atterri par erreur dans son appartement. 

Gaël Golhen

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