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35. Au-delà (2010)
Un mélo dégoulinant sur l’amour, la mort, la vie. De l’ouverture à la Emmerich (Cécile de France engloutie par un tsunami), au script mystico-neuneu de Peter Morgan, en passant par Damon qui n’a jamais été aussi transparent… Ce n’est plus du Eastwood, c’est du Ron Howard ou du sous-Lelouch. Le Always de Clint. Une (vraie) catastrophe.

34. Jersey Boys (2014)
Le musical chez Clint est un sous-genre qui va du formidable à l’accablant comme ce Jersey Boys. L’histoire de Frankie Valli et des Four Seasons, quatre prolos italo-américains qui connurent la gloire avant de se faire balayer par les Beatles. Clint vient chercher un feeling automnal et l’idée du show business qui écrase ceux qui atteignent trop vite le “rêve américain”. Chromos sixties, dialogues aberrants et paresse de la mise en scène ne permettent jamais de toucher du doigt le crépitement de la création pop.

33. J. Edgar (2011)
Ca aurait dû être un portrait-monstre et le dernier volet de la déconstruction de l’archétype eastwoodien (le macho réac homophobe et psychorigide vu par celui qu’on prenait pour un… macho réac homophobe et psychorigide). Il arrive trop tard. Académisme, regard lointain, moumoute et mohair : le film résume les dérives post-90s du cinéaste. Hésitant constamment entre le récit factuel, le portrait puzzle façon Citizen Kane, pour finir dans le grand-guignol (la scène avec maman).

32. Invictus (2009)
Un film de propagande pour le sport, l'Afrique du Sud réconciliée, Nelson Mandela et la Coupe du Monde 2010. Matt Damon en footeux WASP, Morgan Freeman en Madiba. Ne cherchez pas le Eastwood anar ou libertarien ici : Bono n’aurait pas fait mieux.

31. Créance de sang (2002)
Il y avait une petite idée eastwoodienne - l’idée du flic greffé du coeur qui paye sa dette et tente de guérir les blessures d’une famille brisée. Mais Brian Helgeland signe un script encore plus mou que le roman de Connelly, en gommant toutes les interrogations existentielles et la parabole sur le Mal. Ajoutez-y l’absence totale de mise en scène - les scènes d’hôpital ressemblent à un mauvais soap allemand - et des acteurs mal dirigés (pauvre Angelica Huston) : ici, c’est le spectateur qui frôle la réa.

30. Firefox, l'arme absolue (1982)
A partir des 80s, Eastwood organise son indépendance en verrouillant sa relation avec la Warner. Un film pour lui. Un film pour eux. Entre Bronco Billy et Honky Tonk Man, il glisse donc cette fantaisie d’espionnage-SF ratée dans laquelle il incarne un pilote chargé de récupérer chez les russes le prototype d'un avion de chasse high tech (Mur du son, missiles télécommandés par le cerveau, fauteuil cuir, tableau de bord en ronce de noyer et boîte à gant en option). Script WTF, effets préhistoriques mais beau succès commercial.

29. L'Échange (2008)
Dans le Los Angeles de la fin des années 20, Christine Collins doit affronter la disparition de son fils. Fugue, rapt, crime ? Un peu plus tard, la police lui présente un enfant. Christine ne le reconnaît pas… A partir des années 90, Eastwood, enfin reconnu comme un Auteur classique, s’empare de « grands sujets américains ». Au risque de sombrer dans le pontifiant… Comme ici : le mélo maternel se transforme en pamphlet social attendu et les thématiques eastwoodiennes sont tellement rabâchées, tellement explicatives (la scène de l’hosto et celle du tribunal) qu’elles se vident de sens.

28. La Relève (1980)
Après avoir enchaîné deux flops - Bird et Chasseur Blanc…-, Clint doit redorer sa cote. Il tombe sur cette histoire de policier parti venger son collègue, copie-colle la recette des buddy-movies de l’époque et embarque Charlie Sheen dans sa virée. On se demande ce qui est le pire : le script, la mise en scène (la poursuite dans l’aéroport !) ou les interprètes (Charlie Sheen semble passer son audition pour Hot Shot). Restent l’incroyable scène du viol avec Sonia Braga et la manière dont le cinéaste radicalise une dernière fois sa figure de flic hargneux. Plus de nuance, plus de réflexion sur le manichéisme, juste un autodafé (le bar) et une exécution finale d’une brutalité inouïe.

27. Mystic River (2003)
Ca commence par l’une des plus belles scènes de tout son cinéma. L’une des plus fortes du cinéma des années 1990 sans doute. Un regard. Celui d’un gamin qu’on enlève dans une bagnole. Désarroi, culpabilité, remord, innocence perdue… C’est tellement fort que le film ne s’en relèvera jamais. A partir d’un polar écrit par Dennis Lehane, Clint devait signer son œuvre la plus pure sur ses thèmes fétiches : l’enfance brisée et les fantômes du passé qui reviennent hanter les vivants. Une bombe d’humanité qui débute par le kidnapping et s’achève, vingt-cinq ans plus tard, dans l’accablement moral de toute une communauté. Mais Mystic River paraît souvent comme enivré par la grandeur de son sujet et la douleur de ses personnages… Les deux megastars cabotinent, le film est torpillé par ses scènes grandiloquentes, sa photo « crépusculaire », la musique « funèbre » et les personnages « sacrifiés »… Comme s’il avait été dépassé par son sujet. 

26. Minuit dans le jardin du bien et du mal (1998)
Savannah, son histoire, sa ségrégation, ses pouvoirs occultes, ses notables, ses travelos, ses rues bien éclairées et bien cadrées… L'enquête-Cluedo sert de prétexte à une errance à travers ce patelin. Ca ressemble à du Altman sous tranxène, et Clint paraît un peu à côté de ses pompes, ne trouvant jamais la ligne directrice pour s’approprier le best-seller. Pas un mauvais film, non, juste un joli chromo impersonnel qui finit par ressembler à un dépliant touristique.

25. Sully (2016)
Un film catastrophe sans catastrophe comme on l’écrivait sur ce site. Sans catastrophe mais pas sans tension puisque Clint s’attaque au « miracle sur l’Hudson », l’amerrissage forcé d’un Airbus A320 et les conséquences judiciaires pour le pilote. Dégraissé, sec, Sully est une critique de l’Amérique libérale rongée par ses angoisses et incapable de célébrer ses héros, mais surtout, une ode au professionnalisme et au travail bien fait. Le credo d’Eastwood et de Malpaso, Après American Sniper (les deux films se répondent admirablement), Sully montre que le vieux Clint en a encore sous la pédale

24. American Sniper (2015)
On a eu du mal à aimer ce film à sa sortie. On ne l’aime toujours pas totalement à cause de certaines fautes de gout - le bébé en plastique, la fusillade sur le toit, Bradley Cooper sous stéroïdes... American Sniper est loin d’être parfait. Mais le portrait d’une machine à tuer réactionnaire (Chris Kyle, célèbre pour être le sniper ayant flingué le plus d’ennemis à la guerre), icône d’une Amérique nationaliste, est d’une belle ambiguïté. On peut voir ce film comme une coda de Mémoires de nos pères (la réalité derrière la légende) dans laquelle Eastwood réussit à humaniser ce sniper et à lui donner une épaisseur tordue pour mieux questionner les ressorts de la guerre. Loin d’être parfait vraiment. Mais passionnant.

23. Lettres d’Iwo Jima (2006)
Là où Mémoires de nos pères jouait sur tous les fronts (la guerre au coeur de l'action, le décryptage de la réalité derrière la propagande, le marketing de la victoire), Lettres raconte l'enfer vécu par les soldats nippons. Belle idée de contrechamp imaginée par un cinéaste au firmament de son humanisme tranquille, mais pas de son cinéma. Le concept est très fort, le résultat moins. Accumulant les clichés (le bon général libéral, la barbarie du suicide collectif), multipliant les effets de mise en scène étouffants, le film ressemble à un spot commémoratif. Plus pensum lourdaud que récit zen ; plus mausolée que film de guerre.

22. Space Cowboys (2000)
En parlant de mausolée… Avec l’odyssée spatiale d’une poignée d’astronautes sur le retour, Clint s’offrait un dernier tour de piste rigolard doublé d’un beau bras d’honneur au blockbuster de son temps. Sur les décombres d’Armageddon et des Bruckheimer movies, l’idée était de faire un beau film classique. Eastwood a parfois le souffle court de ses héros, radote un peu, mais le film de SF hawksien avec son cast de vieux beaux magnifiques et l’assurance tranquille de la réalisation, suffit au bonheur de ses fans.

21. Million Dollar Baby (2005)
Pour beaucoup, le sommet de l’œuvre eastwoodienne, les Oscars, Hilary Swank… Pour d’autres, une fracture, un film qui empile les clichés (le romantisme des laissés-pour-compte, le vieil entraîneur fan de Yeats, la jeune rookie prête à tout), joue le chantage à l’émotion et dispense une morale vraiment réac (Eastwood débranche la jeunesse) sur les tons grisouilles de la photo de Tom Stern. C’est résumé dans l’horrible scène où la famille attend sur le parking de l’hosto la mort de l’héroïne pour pouvoir fuir à Disneyworld. Regard moral, accablement de ses personnages : on peut y voir un de ces accès de rage misanthrope dont Clint a le secret. Ou une sortie de route.

20. Mémoires de nos pères (2006)
Encore et toujours gratter la légende de l’Amérique. En racontant l’histoire d’une poignée de marines photographiée sur l’ile d’Iwo Jima en train de planter le drapeau yankee sur une colline – et surtout le retour des héros et le cirque propagandiste – Clint tire une réflexion sur le brouillage entre légende et réalité, brouillage sur lequel s’est construit tout le cinoche hollywoodien (le sien et celui de ses maîtres). Le film avance coincé entre Les Nus et les morts et Liberty Valance (rien que ça), mais trop centré sur son thème, trop empesé et trop conscient de son importance, ne transcende jamais son sujet. Mais le concept théorique est tellement fort…

19. La Sanction (1975)
Adaptant un thriller méta de Trevanian, Clint joue sur les archétypes du genre et assume le second degré. Il incarne ici un critique d’art-serial killer (un proto-Indiana Jones) qui sirote des martinis au bar et ne couche qu’avec des femmes « exotiques » (black ou asiatiques) qu’il insulte avant de les mettre dans son lit. Fun, inconséquent, blindés de morceaux de bravoures (le contrat du début, toutes les scènes d’alpinisme à la fin) et habillée de la meilleure bande-son de sa filmo (signée John Williams). Un Clint 70s, jouisseur et ironique et furieusement exaltant.

18. Les Pleins Pouvoirs (1997)
Comme pour se remettre en jambe après trois chef-d’œuvre d’affilée (Impitoyable, Un Monde Parfait, Madison), Clint signe ce petit polar hitchcockien dont il reste surtout trois bonnes scènes. Les 20 premières minutes, où un as de la cambriole surprend le Président des Etats-Unis en pleine partie SM. Une passe d’arme géniale entre le héros et le flic qui le traque. Et une réception à la Maison Blanche, où Gene Hackman (le Président) et sa conseillère en com’, effectuent une chorégraphie de machiavélisme politique tout en sourires carnassiers. 3 bonnes scènes. 3 grands comédiens. 6 bonnes raisons d’y retourner.

17. Jugé coupable (1999)
Version pépère de L’Homme qui tua Liberty Valance, un joli film concept, une course contre la montre filmée à deux à l’heure où l’intrigue est scrupuleusement évitée, laissant le champ libre à Eastwood pour explorer ses thématiques habituelles (le héros vieillissant, le système contre l’individu). Ca n’en fait pas un très grand film – trop mou – mais il faut le (re)voir pour les apartés bouleversants entre le scribouillard et son rédacteur en chef, les scènes d’adieu entre le condamné et sa fille et pour le sentiment de lendemain de cuite un peu ténébreux.

16. Un frisson dans la nuit (1971)
Un premier film en forme de carte de visite qui met ses deux obsessions sur la table. Les femmes d’abord : dans ce thriller pré-Liaison fatale écrit par une femme, Clint se fait harceler par une folle, ce qui annonce tout un pan de sa filmo de martyr sexuel (depuis Les Proies, jusqu’au viol de La Relève). Et le jazz. Le héros, DJ d’une station locale, passe en boucle un tube d’Errol Garner, part se balader au festival de Monterey et assiste aux Live de Johnny Otis ou du Quintet de Cannonball Aderley (feat Joe Zawinul). On ne va pas plaindre. Un beau machin fragile qui semble s’excuser par avance d’une oeuvre à venir consacrée au western et aux flics durs à cuire. Clint le schizo est sans doute né ici.

15. Bird (1988)
Derrière le portrait du sax alto un autoportrait du cinéaste : la mort, la déprime, l’autodestruction, l’errance, le refus de se ranger et les voies impénétrables du succès - pour Bird comme pour Clint, la reconnaissance fut d’abord européenne avant de gagner les Amériques. Bird s’envisage comme un tournant décisif de sa carrière. Après une décennie consacrée à façonner un mythe, son mythe, Eastwood décide d’édifier une œuvre, son oeuvre. La sincérité et la passion qui transpirent à chaque plan, les décisions artistiques inspirées (construire le film comme un standard, le casting sans faute) ne triomphent pas toujours de certaines défaites (l’académisme qui guette, le manque de rythme au milieu). Mais tout est rattrapé par la prestation étourdissante de Whitaker.

14. Gran Torino (2008)
Conçu comme l’antithèse des cinq films qui précèdent (de Mystic River à L’Echange, les films qui en imposent) Gran Torino est dans la catégorie des « films de Clint sur Clint », le plus laid back et l’un des plus rigolo. La belle amitié entre un vieil acariâtre et un jeune asiatique est moins délicatement construite que dans Là-Haut (impossible de ne pas y penser), mais il y a quelques très très bonnes scènes (le pouce en forme de flingue, l'entrée chez le barbier ou « Get off my lawn »). Eastwood joue avec son image de vigilante des maisons de retraite de manière amusante. Et dans certaines scènes, on jurerait qu’on le voit pour la dernière fois. Comme si, après avoir régler un dernier compte avec lui-même, il pouvait disparaître, dans sa vieille Ford pourrie.

13. Breezy (1973)
Blessé par les critiques contre L’Homme des hautes plaines Clint retourne derrière la caméra et signe ce joli film qui regarde un homme mur (superbe William Holden) tombé amoureux d’une jeune femme de 17 ans. Ni mélo, ni drame psychologique, juste une love story qui s’affranchit de tout regard moral et de toute hystérie. Style classique (cette fois c’est vrai), direction d’acteurs minimaliste, justesse de l’approche… le cinéaste de Madison est en gestation et celui qu’on prend pour un facho regarde les aspirations libertaires des ados et le vieux solitaire désabusé, sans jamais juger. Impressionnant.

12. Le Maître de guerre (1986)
On peut regarder ça au premier degré, comme une grosse farce de guerre, malpolie, nerveuse et bien branlée. Et puis on peut aussi y voir le premier film pamphlet de Clint qui se paie le cinéma de son époque – Sly, Schwarzy et même le patriotisme blanc-bec de Cruise. Eastwood dynamite les films de guerre 80’s et l’héroïsme con d’une jeunesse patriote. Humour dévastateur contre jeunesse arrogante, dérision cynique envers l’institution. Un bon film anar, dialogué et joué à la perfection. Hay hay chef !

11. Chasseur blanc, cœur noir (1990)
Il y a plein de trucs qui ne fonctionnent pas dans ce film - les faiblesses de la mise en scène, les fautes de goût, la reconstitution cheap et certains acteurs très mauvais. Mais il y a surtout un vrai beau film où Clint paie sa dette et accepte enfin l'ombre tutélaire de Huston (tiens, un cinéaste peu enclin à la stylisation, un guerrier rebelle). Bel hommage d'Eastwood donc au cinéaste paresseux d'African Queen qui donne un film plus inspiré que réalisé, une œuvre solaire et douloureuse avec ce qui constituent les scènes les plus claires sur son rapport au monde (la bagarre contre le raciste, l’effroi de culpabilité lors de l’accident final).

10. Le Retour de l'inspecteur Harry (1983)
Drôle de coda à la série des Dirty Harry (par pudeur, on oublie la dernière cible). Tous les codes sont là, mais détournés, malmenés, ringardisés. Le hold-up est sans suspense. La scène du bus fait intervenir un club de vieux qui encouragent Harry à foutre le bordel dans la ville et la confrontation entre Clint et le mafieux se fait à table sans que l’inspecteur ait besoin de sortir son flingue. Pire, c’est une femme (sa femme) qui porte la vengeance, les flingues et les coups. Et Harry se contente de suivre. Le décrassage de la franchise passe donc par la dépossession et la diminution. Un geste de pur renversement, qui dérive vers l'exercice de style hitchcockien et la réflexion méta sur l'art en restant toujours violent et viscéral. Accessoirement la deuxième meilleure bande-son de sa filmo (écrite par Schiffrin celle-là).

9. L'Épreuve de force (1977)
Il y a une sous-catégorie de films où Clint joue le loser, exhibe des failles inattendues, se met en crise. Dans ce registre, The Gauntlet est un chef-d’œuvre. Celui où il malmène le plus son personnage de flingueur ultra-violent. En 76, Eastwood reprend un vieux projet écrit pour McQueen et Barbra Streisand et le transforme en film d’action où il incarne un flic neuneu chargée d’escorter une pute à un procès… Depuis le premier plan (une botte foule le bitume avant qu’une flasque de wisky tombe) jusqu’au dernier (le héros qui s’écroule), L’Epreuve de force est une déconstruction du héros eastwoodien en bonne et due forme. Un peu SM, un peu trash, toujours redoutable, c’est d’abord un bon B, violent et sec comme les meilleures polar 70s, doublé d’une sublime love story, qui peut se regarder comme le docu ultime sur son histoire d’amour avec Sondra Locke – regardez le lancez des regards à sa femme dans la séquence du bus, on en pleurerait.

8. Pale Rider, le cavalier solitaire (1985)
Moins cynique et puissant que L’Homme des hautes plaines. Moins définitif que Impitoyable. Moins élégiaque que Josey Wales. De ses quatre westerns, Pale Rider est le plus fragile. Pas mineur, mais simple, dépouillé. Pur. Le titre reprend un verset de l’Apocalypse (« Je regardais, et parut un cheval d'une couleur pâle. Celui qui le montait se nommait la mort, et le séjour des morts l'accompagnait ») et Pale Rider est effectivement d’une austérité biblique ou zen (avec un combat au bâton). Pourtant la vraie matrice n’est pas Kurosawa, mais Shane. Même décalage de point de vue (le récit est pris en charge par les yeux d’une adolescente) même absence de « héros ». Ne subsistent plus ici que la pauvreté, la misère et la mort.

7. L'Homme des Hautes Plaines (1973)
Un western baroque qui est aussi une tentative d’affranchissement par rapport à ses maitres de cinéma (deux tombes du cimetière de Lago portent les noms de Leone et Siegel). Clint reprenait l’univers du spaghetti pour y infuser ses obsessions (la famille menacée, le fantôme qui revient se venger) et le confronter au western classique – Eastwood lui-même avouait avoir voulu réaliser une version humoristique du Train sifflera trois fois. On ne rigole pas beaucoup pourtant, mais L’Homme des hautes plaines ensevelit les codes du genre, les explose en les poussant à la limite du supportable. C’est ici que Eastwood devient grand.

6. Bronco Billy (1980)
Au tournant des 80s, Eastwood signe Honkytonk Man et Bronco Billy, deux œuvres apparemment mineures sur des marginaux. Deux films qui se répondent thématiquement (l'Ouest des bottleneck, des antihéros, l'errance et une communauté en danger) et dans lesquels il se représente dans la posture d'un artiste maudit : c'est le chanteur de country tubard d'Honkytonk Man, et le cow-boy de cirque à la tête d'un «Wild West Show» itinérant dans Bronco Billy. Deux films magnifiques, qui étalent les vraies références de Clint. Ici ses thématiques sont emballées dans une fable sentimentale qui lorgne clairement du côté de Capra.

5. Sur la route de Madison (1995)
Le grand mélo du dur à cuire. Comme une réconciliation tardive avec sa fibre sentimentale, qu'il prenait soin jusque-là de bien planquer. Quatre jours entre Robert et Francesca, quatre jours de fusion entre un vagabond et une déracinée. Qui d'autre aurait su boucler cette love story lacrymale pour en faire un grand mélo jamais mièvre ? Un peu Ozu pas du tout Sirk, Eastwood maîtrise le genre en filmant avec une ascèse phénoménale.

4. Un monde parfait (1993)
La plus belle relation « père-fils » chez Eastwood ; son film le plus doux et le plus contemplatif ; le plan final le plus déchirant qu’il ait composé (avec celui de Madison) ; l’un des plus grands rôle de Costner ; le meilleur remake de Shane ; et sans conteste l’un des sommets de sa veine americana. Dans une Amérique où les pères ont baissé les bras, Eatswood tente d’arracher un dernier moment d’éternité. L'homme tranquille du cinéma yankee revisite la mauvaise conscience de son pays (l’assassinat de JFK en toile de fond), celle qu'il n'a cessé de hanter ou d'incarner au long de sa carrière monument comme pour tirer un dernier trait.

3. Honkytonk Man (1982)
Road-movie qui accouche d’un mélo, biopic (celui crypté de Hank Williams) qui devient un autoportrait mortifère, aboutissement du masochisme déglingué d’Eastwood qui joue ici un antihéros fantomatique et met à nu comme jamais sa profonde tendresse. Le récit initiatique de Red Stovall se mêle au chant funèbre, le voyage rigolo progresse à coup de vignettes bottleneck rural et ses petits croquis mélos forment un pèlerinage le long d’un fleuve impassible qui conduit à la mort. Que c’est beau ! Un chef d’œuvre qui fut un bide noir et faillit lui coûter sa carrière - on raconte que le studio lui supprima sa place de parking après cet échec cuisant.

2. Josey Wales hors-la-loi
1976. Clint n’est pas encore le grand cinéaste tranquille et mélancolique d’Impitoyable. Pour beaucoup c’est Harry. Josey Wales vient mettre de l’ordre. Cette traversée sauvage de l’Ouest accomplie par Clint pour venger le massacre de sa famille s’abîme progressivement dans une certaine répugnance à donner la mort et surtout parce que s’y déploient déjà la générosité et l’humanisme las des grandes œuvres à venir. C’est cet équilibre inouï qui fait la puissance de Josey Wales : le héros est un fermier qui s’est transformé en tueur implacable. Plus vraiment vivant et pas complètement mort. Conçu comme un road movie kaléidoscopique, Josey Wales contient en fait toutes les formes de cinéma qu’Eastwood va pratiquer. Et annonce Bronco Billy, Pale Rider, Impitoyable… Un film fait le lien entre tous. Un chef-d’œuvre qui annonce :

1. Impitoyable (1992)
Au fond c’est simple. Il y a Harry, il y a les mélos, il y a les westerns. Et puis, il y a Impitoyable, ce film fascinant qui trône tout là-haut. Ici, sans doute pour la dernière fois à ce niveau de génie, Eastwood joue sur ses deux terrains de jeu favoris. Il est la movie star masochiste misant sur sa propre personnalité de vieil homme charmeur et sophistiqué, et il est ce cinéaste faisant saigner les blessures de l’âme, habitant les fantômes du passé. Son héros, plus vraiment vivant et pas complètement mort déambule dans l’Ouest, hanté par les visions de son autre vie, chargé de ramener la justice et de nettoyer les fondations de la maison Amérique. Dans Impitoyable, Eastwood parvient à un point d’équilibre qu’il n’a jamais atteint avant et qu’il n’atteindra plus jamais. Tout ce qu’on aime chez lui est là, à un degré de pureté incandescent : le narrateur suprême, le héros de la violence en héritage et de l’impasse rédemptrice, le conteur penché sur la destinée tragique de ses personnages. Le prologue inouï, le plan sur la tombe, le déchainement de violence dans l’hôtel, Gene Hackman… Un chef d’œuvre ? Non mieux que ça. L’un des plus grands films de l’histoire du cinéma.

A l’occasion des 25 ans d’Impitoyable, nous avons classé la filmo du grand Clint

Mis à jour du 31 mai : Clint Eastwood fête aujourd'hui ses 87 ans. L'occasion de se replonger dans notre classement des films réalisés par la légende du cinéma américain. 

Clint Eastwood est à l’honneur au 70e Festival de Cannes : il vient célébrer sur la Croisette le 25e anniversaire de la sortie d’Impitoyable, son chef d’œuvre absolu, projeté en version remasterisée 4K dans le cadre de Cannes Classics. Le cinéaste inaugurera aussi, dimanche 21 mai, la Leçon de cinéma du 70e anniversaire.

Voici tous les films réalisés par Clint Eastwood classés du pire au meilleur.