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Accusé de whitewashing et de réécrire l'histoire des émeutes de Stonewall, le réalisateur s'explique.

En 2015, entre White House Down et Independence Day : Resurgence, Roland Emmerich sortait en toute discrétion Stonewall. Un long-métrage bien éloigné de la filmo habituelle du réalisateur allemand, qui racontait les émeutes de Stonewall, symbole de la lutte contre l’homophobie aux États-Unis et début du militantisme LGBT. Bilan au box-office : un peu plus de 187 000 dollars péniblement amassés. Le film ne sortira pas ailleurs qu’outre-Atlantique. Pourtant Stonewall a déclenché une énorme vague d’indignation, beaucoup accusant Emmerich de whitewashing et de réécriture de l’histoire, en mettant de côté le rôle de personnes transgenres et de drag queens de couleur. En pleine promo d’Independence Day : Resurgence, Première a demandé au cinéaste de revenir sur l’affaire. 

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Vous avez une explication au bide de Stonewall au box-office ?
Je ne sais pas ! Je ne sais pas du tout. C’était vraiment bizarre. J’étais très fier du film et tous mes amis étaient très excités que je le fasse. J’y racontais la naissance du militantisme homosexuel.

Vous avez été lourdement critiqué sur le contenu du film.
Étrange, ça aussi. J’ai été principalement attaqué par les miens (NDLR : Emmerich est ouvertement homosexuel). Ils ont commencé à critiquer dès le trailer. Je me disais : "Mais c’est un trailer, comment savez-vous à quoi va ressembler le film ?" Et oui, le personnage principal était un gamin blanc, on me l’a beaucoup reproché. Mais Stonewall n’a jamais, jamais été un "black event", c’étaient des blancs qui étaient là. Ça montre comment l’Histoire peut parfois être totalement modifiée. Si vous êtes un activiste noir/transgenre, vous pouvez faire croire aux gens qu’un événement était noir/transgenre, alors que pas du tout. On est devenu amis avec deux ou trois des vétérans de Stonewall, qui sont blancs. Et ils ne comprenaient pas ce qui se passait au moment de la sortie. Ils me disaient : "On n’a pas vu de femmes noires transgenres là-bas. On était des gamins de la rue et on était blancs". Ça montre un peu comment les médias fonctionnent de nos jours.

Donc c’est de la faute des médias ?
En quelque sorte. J’ai eu un sentiment étrange quand, tout à coup, où que je regarde, il y avait des transgenres en couverture des magazines. Tout a commencé avec Caitlyn Jenner et je me suis demandé comment c’était possible. Elle… Ce gars est un républicain convaincu. Comment peut-il se retrouver dans Vanity Fair ? Et il y avait en même temps cette série, Transparent (NDLR : sur un père de famille qui change de sexe). Partout, des transgenres, des transgenres, des transgenres. Je me suis dit : "Oh oh. Oh oh". Je n’avais pas casté un acteur transgenre pour jouer Marsha P. Johnson et je savais que j’allais me faire critiquer pour ça. Pourtant j’ai fait passer beaucoup d’auditions à des acteurs transgenres mais je n’aimais pas leurs performances autant que j’aimais celle d’Otoja Abit. Tant pis, qu’est-ce que vous vouliez que je fasse ?

Vous récusez les accusations de whitewashing ?
Mais bien sûr. On a fait des recherches très précises sur les événements de Stonewall et les gens qui y ont participé étaient tous blancs. Il n’y avait pas de noirs là-bas. Et tout à coup je ferais du whitewashing ? C’est vraiment incroyable. Drôle d’époque. 

Interview François Léger