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Toujours plus loin, plus fort, plus vite. Edgar Ramirez est allé jusqu'au bout de l’extrême limite dans le remake de Point Break, où il reprend le rôle de Bodhi, joué à l’époque par Patrick Swayze. Une relecture dopée à la testostérone de l’oeuvre de Kathryn Bigelow. Rencontre.

Vous avez une grande admiration pour Point Break. Est-ce que vous avez ressenti une pression particulière pour ce remake, la peur d’insulter l’original ?
On a commencé ce projet dans le respect absolu du premier. On ne voulait pas le rendre meilleur ou différencier notre film de l’autre. Point Break est une très bonne histoire et comme toute bonne histoire, elle mérite d’être à nouveau racontée. Elle est intemporelle. Et c’est un film à plusieurs niveaux de lecture : une charge contre le système, un contre spirituel, un superbe histoire d’amitié et un film de sports extrêmes.

Reste tout de même la question de savoir si Point Break avait vraiment besoin d’être remaké.
Si vous étiez en train de m’interviewer pour une pièce de théâtre classique, vous ne me poseriez pas cette question. L’expérience au théâtre est différente à chaque fois. Le truc, c’est que les films sont sur un support physique. On peut les toucher, on les possède. On les regarde encore et encore. Et évidemment, rien ne change à l’écran. Les films sont devenus des objets fétiches, on est attaché à eux et c’est très humain. C’est pour ça qu’on a tant envie de les défendre. En plus Bodhi est un personnage iconique grâce à la prestation brillante de Patrick Swayze. Mais c’est un personnage incroyable qui a la possibilité d’être réadapté à un autre contexte, tout comme l’histoire. Le monde était bien différent il y a 25 ans mais ce besoin de lutter et de protéger l’esprit humain des menaces du matérialisme et du capitalisme reste le même. C’est un thème universel de protéger quelque chose qui est plus grand que nous. Dans ce film, on va plus loin dans l’exploration de la relation entre les athlètes de sports extrêmes et la nature. Dans l’original, Bodhi et son équipe menaient un combat spirituel certainement plus symbolique. Ici, il y a toujours cette idée mais on y a ajoute un versant politique. Le premier disait en gros ceci : "Vous n’allez pas me transformer en robot, vous n’allez pas faire de moi un objet". Là, il s’agit d’aller plus loin, de répliquer, de détruire ces forces qui nous oppressent. Ils sont plus pragmatiques, ce sont des combattants.

Sans vouloir être lourd, vous n’êtes pas d’accord qu’il y a trop de remakes à Hollywood en ce moment ? On a l’impression qu’il y a une annonce toutes les semaines.
Évidemment, il y a du vrai là-dedans. Mais je suis très fier d’être dans celui-là ! L’autre jour j’ai lu qu’ils annonçaient un nouveau Scarface. Les gens ont commencé à dire que c’était un scandale. Mais le Scarface de De Palma était déjà un remake d’un film des années 30 ! Il était Italien dans l’un et Cubain dans l’autre. Ça marche à toutes les époques. Old Boy par Spike Lee ? Ça fonctionne. Les Infiltrés de Scorsese ? Personne n’a pleuré de ce côté du monde parce que c’était un remake d’Infernal Affairs. Parce qu’on n’était pas attaché au premier film. En fait, si l’histoire résonne et qu’on peut lui la réinterpréter, tout va bien. C’est ça l’art. OK, il y a beaucoup de reboots et remakes, mais parce qu’il y a une obsession des franchises. Ça pousse sûrement Hollywood à relancer des histoires qui ne le méritent pas. 

 

Le scénario se déroule un peu partout à travers la planète. Il y a une volonté de faire résonner le message de Bodhi à travers les frontières ?
C’est un film plus global. Il n’avait pas Internet et les réseaux sociaux en 1991. Point Break se déroulait uniquement à Venice Beach et ça répondait aux questions sociales de cette époque, à cet endroit précis. Aujourd’hui on vit dans un monde tellement touché par la technologie et l’information qu’on devait l’aborder. Ça donne à Bodhi et les siens la capacité d’infiltrer le système, de l’utiliser à leurs propres fins. 

Un sentiment de réalisme se dégage du film. Toutes les cascades ont été réalisées par des acteurs ou des champions de sports extrêmes, ce qui rend certaines scènes vraiment impressionnantes. 
Oui, Ericson Core voulait qu’on ressente les choses, c’était son choix depuis le début. Il fallait que ce soit vrai à l’écran. Au-delà d’être totalement fan du premier, c’est la façon dont il envisageait le film qui m’a fait signer.

L'histoire secrète de Point Break

Il n’avait pourtant pratiquement jamais été au poste de réalisateur auparavant. Il était surtout chef opérateur. Vous lui avez fait confiance immédiatement ?
Il a très bon goût et je fonctionne aux relations humaines. Je l’ai senti tout de suite. Et il avait fait un bouquin avec des tas de photos, qui montraient à quoi il voulait que le film ressemble. J’ai adhéré immédiatement.

Et il était le directeur photo du premier Fast and Furious. On ressent totalement l’influence de la franchise dans ce Point Break.
Bien sûr ! D’ailleurs Fast and Furious était le premier remake de Point Break. Ils ne l’ont juste pas appelé Point Break ! C’est pour ça que Fast and Furious est une si bonne franchise, parce qu’elle se base sur une super histoire. On appelle celui-là Point Break parce qu’on a Bodhi et Johnny Utah, mais la structure est la même dans Fast : au lieu d’être surfeurs, ils font des courses illégales en voitures. Et ça marche parfaitement ! Dans les deux cas, ce sont des types hors du système qui se battent contre l’orde établi. Il y a mille façon de réinterpréter Point Break.

Propos recueillis par François Léger

Point Break, d’Ericson Core, avec Edgar Ramírez, Luke Bracey, Ray Winstone… Sortie le 3 février.

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