Vaiana : "Pour capturer la réalité, il faut faire plus fort que la réalité"

Vaiana

John Musker et Ron Clements reviennent en force avec Vaiana, la légende du bout du monde. Les réalisateur de La Petite Sirène, Aladdin ou Hercule expérimentent pour la première fois l’animation par ordinateur. Pour le meilleur.

Vaiana, La Petite Sirène, Aladdin… John Musker et Ron Clements commentent leur filmo

Vous avez dû vous frotter à une technologie inédite dans votre carrière avec Vaiana : l’animation 3D.
Ron Clements : On savait que ce serait une expérience différente, et ça l’a évidemment été. Le processus de création est bien plus compliqué, il y a beaucoup plus d’étapes et c’est très déroutant. Tout se déroule en même temps, avec des tas de gens qui bossent sur des choses totalement différentes. Et ce n’est que quand tout est terminé que vous pouvez vraiment vous rendre compte du résultat. Ça rend le métier de réalisateur un peu plus complexe, car il faut absolument garder une vision très précise de ce que vous voulez au final, pour que les pièces du puzzle finissent par s’assembler.

John Musker : Et ça donne lieu à des scènes amusantes. Par exemple vous devez valider quelques plans, tout va bien mais vous remarquez un buisson qui ne devrait pas être là. Et l’animateur vous dit : ‘Ne nous inquiétez pas, il ne sera plus là, faites comme s’il n’était pas à l’écran’ ‘Ah. Et le ciel là, ce n’est pas comme ça qu’on le voulait’Non non, ce n’est pas le vrai ciel’. Et vous commencez à vous demander ce qu’il faut vraiment prendre au sérieux, car tout peut être modifié !

Clements : Prenez Maui : c’est un métamorphe, un peu comme le Génie d’Aladdin. À la main, c’est très facile à réaliser. En revanche à l’ordinateur… Les animateurs doivent créer un modèle pour chaque changement de corps. Et comme Maui se transforme en aigle, en requin et bien d’autres choses, vous imaginez bien qu’on ne fait pas ça en trois jours. On ne s’était pas rendu compte de toutes les difficultés en se lançant. On a appris à la dure (rires).

John Musker et Ron Clements

Il y a eu une pression particulière qui vous forçait à passer à la 3D ?
Musker : L’industrie se tourne de plus en plus vers le 3D. On aime l’animation à la main mais il était logique que cette histoire soit réalisée par ordinateur, notamment pour avoir ce rendu d’un océan vivant. En 2D, cela aurait tout simplement été impossible. Et la 3D a un énorme pouvoir de séduction.

Clements : L’eau, sa beauté, sa texture, les reflets… C’est incroyable ce qu’on peut faire avec les effets spéciaux. L’animation est différente mais les possibilités sont immenses. Donc je ne dirais pas qu’il y a eu de pression, il fallait simplement répondre à nos exigences techniques et artistiques. Et seul l’ordinateur pouvait nous le permettre. 

Ocean Vaiana

Le rendu de l’eau est effectivement époustouflant dans Vaiana. Vous croyez avoir établi un nouveau standard pour l’industrie de l’animation ?
Musker : J’en suis persuadé. C’est un mélange de personnalité - car l’eau est un personnage à part entière dans Vaiana - et d’effets spéciaux. On a vraiment donné vie à l’eau. On a passé un temps fou à faire des recherches pour comprendre son fonctionnement. Quand on était en voyage préparatoire dans les îles du Pacifique, on a été immédiatement fasciné par l’aspect de l’océan. On a fait des tonnes de photos, de vidéo, de dessins… Notre obsession était de saisir ce qui rend cette eau si magique.

Clements : On voulait surtout faire ressentir ce que ça fait d’être là-bas, face à l’océan. Ce qui est amusant, c’est qu’on a l’impression que l’eau est photoréaliste quand on la voit à l’écran dans Vaiana, mais en fait c’est une exagération. Presque une caricature. Pour capturer la réalité, il faut faire plus fort que la réalité.

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Aucun film Disney ne s’était encore intéressé à la culture du Pacifique Sud. D’où vient l’idée de Vaiana ?
Musker : John Lasseter nous a poussé à faire un nouveau film après La Princesse et la grenouille. Il se trouve que j’ai toujours été intrigué par les îles du Pacifique, la culture locale, sa mythologie et son histoire. Ce monde n’avait effectivement jamais été exploré dans un film d’animation. Et j’ai appris l’existence de Maui, ce demi-dieu capable de changer de forme et qui possède des super-pouvoirs. Alors je me suis renseigné de plus en plus, j’ai énormément lu. On avait une ébauche d’histoire mais John Lasseter (NDLR : directeur artistique de Disney Animation et de Pixar) trouvait qu’on ne faisait qu’effleurer le sujet, donc il nous a demandé de nous rendre sur place, il y a cinq ans. On a pu parler aux gens, s’imprégner de la culture et au final on a pratiquement jeté tout ce qu’on avait écrit, à l’exception du personnage de Maui. On s’est rendu compte à quel point la navigation était importante là-bas. Ils étaient les premiers navigateurs du monde, ils se déplaçaient seulement grâce aux étoiles et au vent. C’était fascinant. 

Ces dernières années Disney a sorti Zootopie, La Reine des neiges, Les Nouveaux Héros, Les Monde de Ralph… Il y a une envie certaine d’étendre les horizons. Aujourd’hui, quelle est l'essence d'un film Disney ?
Clements : Les choses ne sont jamais aussi méticuleusement calculées qu’on pourrait le croire quand on est un observateur extérieur. Parce que ces films prennent tant de temps à faire. On a commencé Vaiana avant Raiponce, La Reine des Neiges, Les Mondes de Ralph ou Les Nouveaux Héros. Chaque film a son propre truc. En fait un film Disney peut prendre n’importe quelle forme. Ce qui les unit - et ça remonte au début du studio - c’est l’emphase sur des personnages bien écrits, du divertissement haut de gamme et une immersion dans un monde de fantaisie qui semble réel à l’écran. Quand vous sortez de la salle, vous avez l’impression d’avoir fait un voyage. Ça reste en vous, vous ne l’oubliez pas trente minutes après. Une expérience magique, pour résumer.

Musker : John Lasseter a des goûts très variés et il entend tous les jours des pitchs totalement différents. Vous pouvez lui proposer n’importe quoi, il est intéressé, il vous laisse développer. Pour Zootopie, Byron Howard lui a dit qu’il voulait travailler sur un film avec des animaux qui portent des vêtements. Sa réponse : « J’adore ça ! » John insiste sur l’importance du storytelling et la qualité des oeuvres. Ça ne changera pas tant qu’il sera là.

Clements : La variété des films Disney sera peut-être encore plus importante à l’avenir. Il y a une atmosphère créative très puissante en ce moment. Je crois qu’un jour, quand on prendra le temps de regarder dans le rétroviseur, on se dira que c’était un nouvel âge d’or pour le studio.

Musker : Le futur est prometteur. Je travaille chez Disney depuis 33 ans, j’ai vu tellement de changements… J’ai 63 ans, c’est assez vieux (rires). La plupart des gens ici sont très jeunes et c’est une bonne chose, ça ravive la flamme. On va dans la bonne direction et c’est extrêmement rassurant.

Grâce à John Lasseter ? Qu’est-ce que son arrivée en 2006 a changé dans la culture Disney ?
Clements : Ça a tout changé.

Musker : John est un réalisateur, il nous comprend. C’est un meneur qui sait entretenir et découvrir des talents. Il vous pousse dans vos retranchements, vous donne de nouvelles idées… On a beau avoir les gens les plus talentueux du monde, si on ne sait pas les laisser voler de leurs propres ailes, rien de bon n’en sortira.

Clements : Il a un don extraordinaire pour le storytelling. Je vous parlais d’un nouvel âge d’or, une nouvelle renaissance, et je crois que c’est en bonne partie grâce à lui. Il aide les créatifs de Disney à porter à l’écran leur vision initiale, souvent en l’améliorant.

Est-ce que le fait qu’il chapeaute Disney et Pixar en même temps rend la frontière entre les deux studios plus poreuse ?
Musker : C’est intéressant. L’autre jour on était au Skywalker Ranch pour le montage du film et on est tombé sur des gens de Pixar. On a beaucoup échangé avec eux sur l’aspect technologique. Je crois que John Lasseter veut surtout différencier les studios, même si certains animateurs travaillent pour les deux entreprises. Ce sont deux cultures très différentes et c’est vraiment sur la technologie qu’on peut s’apporter des choses. Là, il y a matière à s’aider. John voit Pixar et Disney comme ses deux enfants, avec leurs propres personnalités. Après je suis sûr que les gens de Pixar vont être bluffés par Vaiana ! Mais on l’a aussi été par Vice Versa, dernièrement. L’important c’est qu’on se challenge mutuellement, pour qu’il en ressorte le meilleur, artistiquement et technologiquement parlant.

Clements : Il y a une compétition amicale entre les deux studios. On s’adore, mais on aime bien rivaliser. Et je trouve ça très sain.

Interview François Léger

Vaiana, la légende du bout du monde, au cinéma le 30 novembre

 


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