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L'ex-star de 24 Heures Chrono revient avec une nouvelle série, dans laquelle il incarne le Président des États-Unis. Il nous confie sa vision du job, des élections US et de la politique en général.

Dimanche soir, Kiefer Sutherland fera son come back en France, dans Designated Survivor, une nouvelle série diffusée chez nous sur Netflix, et qui connaît un beau succès depuis la rentrée aux USA, sur ABC. L'acteur de 49 ans y endosse cette fois le costume du Président. Alors que l'ensemble du Gouvernement et du Congrès sont tués lors d'un terrible attentat au Capitole, pendant le Discours sur l'Etat de l'Union, Tom Kirkman, simple secrétaire d’état à l'Urbanisme, resté en retrait comme "Designated Survivor" (comprenez celui qui assurera la continuité de l'exécutif, si tout le monde meurt), se retrouve tout à coup propulsé à la Maison Blanche. Le voilà brutalement soumis à une pression phénoménale, d'autant que l'Amérique se doit de réagir, après cette attaque sans précédent... 

Un rôle très politique pour Kiefer Sutherland, lui-même issu d'une famille très engagée. Son père, Donald Sutherland, est un soutien actif du parti démocrate, tandis que son grand-père maternel, Tommy Douglas, a été premier ministre de la Province canadienne du Saskatchewan pendant 16 ans. Le premier gouvernant socialiste d'Amérique du Nord, à qui l'on attribue notamment l'instauration du "Medicare", la sécurité sociale au Canada.

Nous avons pu rencontrer Kiefer Sutherland, lors du récent MipCom, à Cannes. Et l'ancienne star de 24 Heures Chrono nous parle sans détour de politique, des élections, de l'impact de sa famille sur l'idée qu'il se fait d'un bon Président.

Notre avis sur Designated Survivor

Comment classeriez-vous Designated Survivor ? Est-ce un thriller ou une série politique ?
Kiefer Sutherland :
La série traite de trois sujets différents. Il y a d'abord une attaque terroriste, avec une enquête pour trouver les coupables et de de fait, déterminer la réponse appropriée. Il y a ensuite une histoire familiale, avec cette famille Kirkman qui se retrouve propulsée tout à coup à la Maison Blanche et les conséquences que cela aura sur son mariage, sur sa relation avec ses enfants. Parce qu'ils ne sont pas prêts du tout pour ça. Et on va voir cette famille se fracturer sous la pression de l'endroit et du drama. Enfin, il y a l'aspect politique du show. Comment faire pour stabiliser le pays ? Sur le plan intérieur, international, économique... Alors si le postulat de départ n'est pas très réaliste, je crois vraiment qu'on fait tout ensuite pour avoir une série qui soit la plus réaliste possible. Pour que ça rende la tension plus intéressante encore.

Tom Kirkman était secrétaire d'Etat à l'Urbanisme, avant de se retrouver Président. Qu'est-ce que ça dit du personnage ?
Tom Kirkman est un architecte, qui faisait partie du Gouvernement sans jamais avoir été élu. Cela en dit long sur lui. Il n'a pas d'ambition politique. Il veut juste servir son pays. Il pourrait gagner beaucoup plus d'argent en faisant son métier dans le privé. Mais il a trouvé un moyen de faire des logements à loyers modérés partout dans le pays et il pense qu'il était nécessaire qu'il agisse.

N'est-il justement pas trop honnête, trop gentil pour être vraiment réaliste ?
J'espère que non ! (il rigole) Après, j'aimerais que cette série puisse-t-être une sorte de réponse au cynisme politique ambiant. Le paysage politique américain est tellement rigide, que si la série réussissait à faire bouger un peu les choses, j'en serais très fier. Même si je sais que c'est très ambitieux... Dans tous les cas, ça peut au moins ouvrir quelques discussions. Ceci dit, j'espère aussi que Designated Survivor est une série divertissante !

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On a le sentiment que c'est un peu le Président que les Américains rêveraient d'avoir. Un Président qui n'a pas voulu absolument être là...
C'est vrai que les Américains rêveraient d'un Président (comme Tom Kirkman), qui n'a pas choisi d'être en poste. Sur Internet, j'ai pu lire des commentaires amusants de fans, qui rigolaient en disant : 'Ce serait tellement bien, si cela arrivait dans notre pays aujourd'hui !' Je ne suis pas d'accord du tout. Ce serait horrible. Et je ne pense pas seulement aux pertes humaines. Ce serait un désastre.

Qu'est-ce qui différencie un Tom Kirkman d'un Jack Bauer ?
J'aime bien dire que Tom Kirkman ne sait tout simplement pas charger un flingue ! Ils sont vraiment très différents. Mais ils ont aussi des similitudes marquantes, que je n'avais pas trop remarqué au début : il y a ce besoin de servir, de faire le bien, et ce courage de s'engager dans des combats impossibles à gagner.

ABC valide déjà Designated Survivor et le retour de Kiefer Sutherland

Jack Bauer aussi était un personnage politique, dans un certain sens, non ?
Jack Bauer a peut-être été instrumentalisé par la droite américaine. Mais lui-même est apolitique. Totalement. Comme tous les agents des services secrets. Ils ne choisissent pas le Président qu'ils vont devoir protéger. En ce qui me concerne, sur le plan personnel, mon grand-père a eu un impact massif sur ma vie. Je passais tous mes étés avec lui, du côté d'Ottowa, avec ma sœur jumelle, quand nous étions enfants. On allait voir les sessions du parlement, les débats. C'était un homme très sûr de ses convictions et de son investissement dans la politique, pour le bien commun. C'était vraiment sa philosophie profonde. Il a travaillé sans effort pour ça, jusqu'à sa mort. Ce genre d'engagement honnête et de conviction, c'est quelque chose que j'aimerais qu'on retrouve dans le personnage de Tom Kirkman !

Comment va évoluer le Président Kirkman, lui qui n'est pas vraiment aguerri aux joutes politiques ?
C'est le job le plus compliqué qu'on puisse trouver sur la planète. Alors oui, bien sûr, il va faire des erreurs. C'est important qu'il en fasse. C'est l'une des choses que j'ai le plus aimé dans le scénario : plus il va s'aguerrir au monde politique, plus il va se prendre au jeu politique, plus il va se mettre à faire des erreurs. Quand il essaye d'être un homme politique, c'est là qu'il fait les pires erreurs. Je reviens à mon grand-père pour faire un parallèle. Il était surtout porté par ses convictions, ses croyances, comme un représentant du peuple et pas tellement un homme de pouvoir. C'était l'homme politique le moins politique que j'ai jamais rencontré. Un peu comme Franklin Roosvelt. Alors le moment où Tom Kirkman va trop s'y croire, c'est là qu'il va faire des erreurs.

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Les premiers épisodes de Designated Survivor traitent largement de la stigmatisation de la communauté musulmane. C'est une position engagée que vous vouliez volontairement affirmer ?
Dans la série, c'est cette communauté là qui est visée. Mais dans l'Histoire américaine, il y a déjà eu des précédents. Comme lorsque les Américains ont enfermé des citoyens japonais arbitrairement dans des camps d'internement. C'est une honte du pays. Il y a des droits de l'Homme. Il y a des choses qu'on n'a pas le droit de faire. C'est un peu la même chose avec l'opposition entre la population afro-américaine et la Police, qu'on voit en ce moment aux États-Unis. Malheureusement, on a souvent tendance à pointer du doigt, sans savoir. Alors oui, on essaye de traiter ça de ce point de vue là, dans la série. Montrer que ce n'est pas l'Amérique qu'on a envie d'avoir.

Quel est votre regard sur le drôle de spectacle de la campagne électorale américaine ?
Ce n'est pas amusant du tout. C'est vraiment une malchance, à plein de niveaux différents. Ces candidats ont des millions de supporters et ce que je trouve inquiétant, c'est quand on commence à remettre en question la légitimité d'une élection. Il faut prendre un peu de recul et faire attention à ce qu'on dit. Ce qui me paraît important quand on est élu, c'est déjà de respecter son programme. Encore une fois, mon grand-père, à son époque, s'était fait élire sur cinq points : les routes, la sécurité sociale, le tout-à-l'égout, électricité dans les zones les plus reculées, et équilibrer le budget. Durant son mandat, il ne s'est concentré que sur ces points-là. Il a réussi et c'est comme ça qu'il a été réélu. Donc je crois qu'il faut se concentrer sur son programme et s'y tenir jusqu'à ce qu'il soit réalisé.

Croyez-vous que la série peut avoir un impact direct sur les téléspectateurs et leur rapport à la politique ?
Oui, je pense vraiment que Designated Survivor peut avoir un impact sur les gens. La télévision en général a une responsabilité. La télé joue un rôle sur la manière dont les gens perçoivent les choses. Elle influence la manière dont ils vivent. Comme les films. Comme les livres. 

N'y-a-t-il pas encore le traumatisme du 11-Septembre, dans les fondations de Designated Survivor ?
Ces attentats ont clairement laissé le pays dans une certaine vulnérabilité. Une peur légitime. Il y a deux générations, les gens pouvaient tous vous dire où il étaient, le jour où Kennedy a été tué. Le 11-Septembre est un de ces moments-là, qui marquera encore pendant longtemps les générations qui l'ont vécu et sur lequel on reviendra encore pendant des années.

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Saviez-vous ce qu'était un Designated Survivor avant de faire la série ?
Je savais déjà que ça existait, oui. Mais ce que je ne savais pas - et je l'ai appris comme les téléspectateurs avec l'épisode 2 - c'est qu'il y a un second Designated Survivor choisi au sein de l'opposition...

C'est quoi le truc avec les vieilles lunettes de Tom Kirkman ?
Ce sont mes véritables lunettes qu'on voit dans la série ! Au départ, j'avais une paire de lunettes différente pour jouer le personnage. Et puis le réalisateur m'a vu avec mes propres lunettes et il a trouvé qu'elles étaient parfaites pour le rôle. Et d'ailleurs, c'est l'un des premiers gestes politiques que Tom Kirkman fait : il les enlève pour mettre des lentilles de contact pour avoir l'air plus "Président" !