Disney

Après avoir reçu son Cristal d’honneur à Annecy, Les Indestructibles 2 avait mis tout le monde d’accord. Brad Bird était de retour.

Il y a plusieurs logiques à l’oeuvre dans les suites made in Pixar. Toy Story 2 avait parachevé le triomphe du premier, allant encore plus loin, plus haut, faisant plus fort que le film d’origine - déjà un sacré truc. Il y a les suites qui jouent avec les conventions imposées par l’original. Némo était un voyage dans l’immensément grand, Dory une aventure en bassin. Cars 1 faisait l’apologie de la décélération et célébrait l’americana éternelle, Cars 2 était un trip furieux qui filait droit au Japon avec un décrochage en Italie, le tout sur une trame de film d’espionnage zinzin. Et puis, il y a Les Indestructibles 2. Pas une suite, mais une continuation, une expansion. Moins génial que l’original (l’effet de surprise a disparu, le design a un peu changé, l’histoire est moins forte), mais un sacré dessin animé, qui respecte à la lettre les codes et le génie du premier. Combien de films peuvent se targuer de parler de crise de la quarantaine, de problèmes de couple, des peurs intimes, des fashion faux pas et de la terreur existentielle d’être parents ? Tout ça en étant d’abord et avant tout un incroyable blockbuster ? Une comédie hilarante ? Ainsi qu’un film de superhéros ET un thriller 60s ? Combien ? Faites le compte : il y avait Les Indestructibles, il y a désormais le 2. 

Indestructibles 2: Pourquoi les Indestructibles n'ont pas vieilli​​​​​​​

Quatorze ans après, Brad Bird vient donc chercher son sceptre de roi de l’animation. Et pour mieux enfoncer le clou (comme s’il ne s’était rien passé depuis le premier film, RIEN en 14 ans) Les Indestructibles 2 commence là où s’arrêtait l’original. Le Démolisseur attaque la ville, les "supers" interviennent, arrêtent le bad guy, mais cassent tout et sont mis à l’index. La famille Indestructible et Frozone sont donc obligés de ranger une fois de plus les costumes au placard jusqu’à ce qu’un entrepreneur leur promette de faire adopter une loi rendant légaux les "supers". Pour ça, il va avoir besoin d’une très bonne com’ et donc… d’Elastigirl. Pendant que Madame part combattre les méchants, Monsieur va se charger de la famille : les deux ados et un bébé, Jack Jack …

L’histoire surfe avec malice sur les grands thèmes du moment (la charge mentale, l’empowerment des femmes) mais, à force de balayer trop de sujets, Bird ne parvient pas toujours au bout de ses idées - qu’est-ce qu’on aurait aimé voir le film de M. Indestructible coincé à la maison ! C’est un peu comme le point de vue politique qu’on ne décrypte jamais clairement. Bird est un libertarien avec des idées très arrêtées sur le sujet et il a même fait un film autour de ce thème (le sous-estimé A la poursuite de demain). Ici, son point de vue n’est pas toujours très clair : la population vit à l’heure d’une dictature médiatique (où les sondages d’opinion font loi) mais personne ne songe à s’en libérer ; les superhéros veulent sortir du placard, mais réclament surtout le droit de pouvoir CHOISIR librement leur destin ; et parallèlement le vilain (aux motivations confuses) veut montrer aux gens que les superhéros les empêchent de réaliser leurs propres vies et qu’ils ne sont que des catharsis sur qui on ne peut pas vraiment compter.

Après le carton des Indestructibles 2, Brad Bird va-t-il enfin réaliser le film de ses rêves ?

Qui a raison ? Qui a tort ? Et qu’est-ce que tout ça raconte ? Au fond, ce n’est pas l’important. Ce qui est fou ici, c’est la famille et la mise en scène. Et de ce point de vue là, Les Indestructibles 2 délivre les meilleures séquences d’action vues depuis 14 ans tout film confondu et tutoient les sommets de cinéma dans trois scènes littéralement démentes. 1/ Elastigirl à moto poursuit un train fou (la scène d’action la mieux découpée de l’année), 2/ Jack-Jack contre un raton-laveur (la scène d’action la plus drôle de l’année) et 3/ Elastigirl se bat contre le Screenslaver dans une cage faite de néons et de tubes lumineux… Ce sont des moments d’une grâce, d’un rythme et d’une drôlerie insensés. Il y a d’autres passages incroyables dans le film (M Indestructible face à Edna Mode), mais ceux-là font oublier les petites faiblesses du film (un dernier acte trop rapide) et rappellent surtout qu’il y a peu de cinéastes à ce niveau de génie en activité. Trois scènes de folies qui inscrivent Les  Indestructibles 2 comme l’un des meilleurs blockbusters de l’année. Facilement.

 

Les Indestructibles 2, réalisé par Brad Bird, en salles le 4 juillet 2018