Guillermo Francella dans El Clan
Diaphana

La critique du film de Pablo Trapero, qui revient ce soir sur Arte.

Plus gros succès argentin de l'histoire (et incidemment, la preuve après La femme sans tête et Les nouveaux sauvages que Pedro Almodovar est un producteur au flair très sûr), El clan de Pablo Trapero raconte un scandale effarant datant du lendemain immédiat de la dictature militaire, au début des années 80. Arquimedes Puccio, un notable au passé douteux (on devine qu'il était chargé de faire disparaître les opposants au régime), est persuadé que la démocratie n'est que passagère. L’activité lui manquant, il met à profit son expérience pour kidnapper ses voisins fortunés afin de les rançonner. Par prudence, il tue ses victimes après avoir ramassé l'argent, aidé par ses fils qu'il implique de force, y compris l'aîné, célèbre pour jouer dans l'équipe nationale de rugby.

Trapero raconte l'affaire avec précision, en adoptant le point de vue des criminels, ce qui est parfois brutal. On peut juste lui reprocher de parsemer le récit de fragments de la conclusion, au risque de provoquer une confusion inutile. Autrement, il s’en dégage le portrait stupéfiant d'un fasciste convaincu, qui applique ses principes à la maison, abusant de son autorité par tous les moyens, du chantage affectif à la corruption. On y voit aussi l'invraisemblable impunité dont il jouit et qui le conforte dans sa conviction qu'il agit pour son bien et celui de sa famille. Puccio est incarné par le fascinant Guillermo Francella, dont les yeux clairs tétanisent comme de l'eau glacée.

La conclusion est magistrale, lorsque le rythme s’accélère et que le réalisme méticuleux cède la place à une ironie caustique, sur l'air très approprié de "Sunny afternoon" des Kinks. On aurait presque envie de hurler de rire, si l'histoire n'était pas vraie.

Gérard Delorme

El Clan sera diffusé pour la première fois en clair à 23h sur Arte. Juste avant, la chaîne proposera un autre film argentin à succès : Dans ses yeux.

 

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