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Manhattan Stories

Comment assumer une chemise de soirée quand on est en semaine ? Y a-t-il un code d'honneur dans l'arnaque au vinyle de jazz ? Est-il possible de concilier une personnalité bienveillante avec un job de charognard pour tabloïd local ? Si l'on est une femme, et que l’on trouve moins de déplaisir à mater des vagins que des pénis sur un smartphone, est-on pour autant lesbienne ? Peut-on décemment espérer se faire pardonner par sa copine lorsque, dans un accès de rage, on a fini par balancer des photos d’elle nue sur Internet ?

Eric Vernay
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14 Pommes

Shin-hong, un entrepreneur birman qui ne trouve plus le sommeil, se retrouve à devoir devenir moine pendant 14 jours et acheter 14 pommes sur les bons conseils d’un diseur de bonne aventure. Il ne devra en manger qu’une par jour pour l’aider à faire partir ses malheurs. Si vous vous attendez à un film sur la quête de spiritualité, vous serez décus.

Alexandre Bernard
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En Guerre

Stéphane Brizé et Vincent Lindon reforme le duo gagnant de La Loi du Marché pour un nouveau film de crise qui résonne avec l’actualité.
L’œil acéré, les gestes secs, le visage glabre taillé à la serpe : dans En guerre, Vincent Lindon compose un personnage à l’opposé de celui, moustachu, de La loi du marché, le visage fermé et la silhouette affaissée. Les deux films fonctionnent comme ça, en miroir. Après le chômage longue durée et la désocialisation, l’emploi menacé et la mobilisation. Après l’apathie de la défaite, l’énergie du désespoir.

Christophe Narbonne
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PLAIRE, AIMER ET COURIR VITE

Avant de partir vers d’autres cieux, Alain Resnais proposait d’Aimer, boire et chanter. Le bien vivant Christophe Honoré reprend à son compte une partie du programme et invite lui-aussi à exulter. Le temps de son film – les années 90 sur fond de Sida – est pourtant gris. La mort rôde. Elle s’annonce d’emblée via un poignant message sur un répondeur automatique de salon (oui, la chose a existé un jour !) que reçoit Jacques (Pierre Deladonchamps).

Thomas Baurez
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LÉO ET LES EXTRA-TERRESTRES

Ce premier long métrage d’animation met en scène un ado de 12 ans solitaire élevé par son seul père certes débordant d’amour mais surtout en total décalage avec le quotidien de ses congénères. Car ce père aux allures de savant fou est ufologue est moqué par toute la ville. De quoi forcément blesser son rejeton voire lui faire rejeter un paternel vivant vraiment trop dans son monde décalé de toute réalité pour lui permettre de vivre, lui, dans une normalité discrète. Jusqu’au jour où ce gamin est à son tour confronté à la vie extra- terrestre.

Thierry Chèze
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LOS ADIOSES

Ce long métrage a a le mérite de nous familiariser avec une auteure peu connue et encore moisn reconnue de ce côté-ci de l’Atlantique : Rosario Castellanos. Considérée comme l’un des écrivains majeurs de la littérature mexicaine du 20ème siècle au spectre extrêmement large (romans, essais, poèmes, pièces…), elle fut aussi et surtout une figure majeure du féminisme dans son pays. Et c’est sur ce combat-là que se concentre plus particulièrement le film de Natalia Beristain Egurrola.

Thierry Chèze
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Rester vivant : méthode

Partant d’un des premiers textes de Michel Houellebecq décrivant la néces- sité de souffrir pour son art, les documentaristes ont réuni le poète romancier et Iggy Pop. Leur rencontre témoigne de leur estime mutuelle, mais le film suit également d’autres artistes, qui illustrent chacun à leur façon comment la poésie leur a permis d’échapper à la souffrance tout en nourrissant leur créativité : un ancien chef d’entreprise rescapé de l’asile psychiatrique, une schizophrène elle aussi sauvée par la poésie et le peintre Robert Combas.

Gérard Delorme
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Death Wish

Paul Kersey, chirurgien débonnaire et new-yorkais, voit sa vie basculer quand des voyous agressent sa famille, tuant sa femme et plongeant sa fille dans le coma. Il va prendre les armes pour les venger. Violent comme un thriller décontracté des années 90, relativement spectaculaire grâce à une utilisation astucieuse du Cinema Scope et curieusement grand public (les effusions de sang sont réduites au strict minimum).

Sylvestre Picard
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Everybidy Knows

Malgré la greffe de stars sur son cinéma (qualifié à tort de naturaliste), malgré sa nouvelle plongée dans un territoire qu’il ne connaît pas (l’Espagne), Farhadi semble, avec Everybody Knows, vouloir affirmer son retour à ses fondamentaux. On pourrait se lasser de la routine du système Farhadi, de ses drames psychologiques verrouillés, mais l’exil et son duo de stars impressionnantes, tout comme ses références plus explicites à ses aînés lui permettent de reformuler son art de manière marquante.

Gael Golhen
1 Marion

Hervé-Pierre Gustave, dit HPG, s’est fait un nom dans le milieu du porno avant de devenir réalisateur de films “conventionnels”. Enfin, conventionnels, c’est vite dit. Dans Marion, il enfile les saynètes comme ses partenaires féminines, complices de ses délires potaches et cul au cours desquels il disserte sur tout et n’importe quoi en les besognant consciencieusement. Le décalage entre les deux actions (la verbale et la physique) est amusant au début, puis retombe très vite.

Christophe Narbonne
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Une femme heureuse

L'idée de regarder Gemma Arterton pendant quatre-vingt-dix minutes à l'écran est plutôt bonne : le problème d'Une femme heureuse est qu'il ne s'empare pas de son procédé pour en faire quelque chose de passionnant. Le film improvisé par ses comédiens et son réalisateur à partir d'un canevas archi simple : une femme s'emmerde dans son couple. La conséquence est que le spectateur, à son tour, s'emmerde sec au fil de cette succession de gros plans très longs sans enjeu ni dramaturgie. L'ennui peut être un bel enjeu de cinéma (Sonatine de Kitano, au pif), ici il ne l'est pas.

Sylvestre Picard
1 Land

`Dans la lignée des films de Chloé Zhao (Les Chansons que mes frères m’ont apprisesThe Rider), Land entend chroniquer « de l’intérieur » une poignée de destins au cœur d’une réserve indienne. Un quotidien à l’horizon bouché, abruti par la misère et l’alcool. Land raconte quelques jours dans la vie de la famille DenetClaw, qui doit faire face à la mort de son plus jeune fils, tué sur le front afghan.

Frédéric Foubert
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Amoureux de ma femme

Daniel Auteuil-Gérard Depardieu-Sandrine Kiberlain : une affiche pour le moins excitante qui ne fait au final qu’ajouter à la déception ressentie devant cette adaptation de la pièce de Florian Zeller, L’envers du décor. Soit l’histoire d’un homme très épris de sa femme donc qui reçoit « entre couples » son meilleur ami venu lui présenter sa nouvelle et très jeune compagne. Et ce dîner à quatre va se révéler une source d’inspiration infinie de fantasmes autour de cette jeune femme aux formes avenantes.

Thierry Chèze
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Nobody's Watching

Un acteur argentin installé à New York survit en attendant le grand rôle... Comme un air de déjà vu dans ce portrait de l’artiste maudit/incompris/marginal (rayez les mentions inutiles). Passé l’écueil de l’énième variation sur un même thème, on se prend un peu d’affection pour ce personnage anecdotique qui trimballe son spleen (artistique et amoureux) dans un New York populaire et cosmopolite, rarement filmé.

Chrsitophe Narbonne
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Milla

Dès le magnifique plan inaugural, où l’on découvre Milla et Léo allongés dans un halo blafard, les yeux clos en un sommeil possiblement éternel, le couple parait condamné. Et ça ne manque pas : la jeune femme, économiquement très précaire, devra endurer le deuil de son compagnon, qui lui laisse un fils. Le film sonde son chemin de résilience par le biais de plans fixes, blocs de temps étirés, à l’affut de micro-évènements organiques, accidentels, « documentaires », le tout troué de déroutantes ellipses.

Eric Vernay
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Mika & Sebastian : l'aventure de la poire géante

Le réalisateur de Niko le petit renne 2 s’empare d’un fameux livre jeunesse danois, La fabuleuse histoire de la poire géante, pour raconter les péripéties maritimes d’une petite chatte futée, d’un éléphant timoré et d’un scientifique farfelu, partis secourir un ami porté disparu à l’autre bout du monde. Foisonnant mais pas hystérique, rigolo mais jamais crétin, Mika et Sebastian convoque des pirates, des fantômes, des monstres marins, des inventions délirantes, dans un récit d’aventures qui évoque un croisement entre Jules Verne et Bernard et Bianca.

Frédéric Foubert
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Transit

La question des réfugiés s’invite ces dernières semaines sur grand écran. Par le biais du documentaire avec le passionnant L’héroïque lande pour lequel Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval ont posé leurs caméras à Calais avant le démantèlement de la fameuse « jungle ». Et donc grâce à Transit, par le prisme de fiction.

Thierry Chèze
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Comme des Garçons

Une équipe d'outsiders se révèle plus forte que le cadre dans lequel la société veut les enfermer, mais est confrontée dans le même temps à une crise interne et à la trahison de son membre fondateur… Avant même qu’on ait fini de lister mentalement la centaine de films qui utilise ce canevas, Comme des garçons se révèle une charmante comédie sportive à saveur vintage à défaut d'être originale.

Sylvestre Picard
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La Route sauvage

Le titre français du nouveau long-métrage d’Andrew Haigh en rappelle un autre : La balade sauvage, œuvre inaugurale de Terrence Malick (1973) qui voyait un couple de Bonnie & Clyde, à la fin des fifties, quitter l’hostile civilisation pour une nature à priori protectrice. C’est un même trajet, une même errance dans une Amérique certes contemporaine mais toujours aussi si vaste, qu’opère cette route sauvage.

 

Thomas Baurez
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Foxtrot

Vous connaissez le foxtrot ? Un pas en avant, un pas à droite, un pas en arrière, un pas à gauche… et vous voilà revenu à votre point de départ. Oui, malgré l’impression de dynamisme, cette danse vous condamne au surplace. C’est la métaphore filée par Samuel Maoz (Lebanon) dans ce film étonnant, bizarroïde, une réflexion sur  les traumas d’Israël (le poids de la mémoire de la Shoah, les destins guerriers auxquels chaque nouvelle génération condamne ses enfants…),  mêlangeant drame familial pathétique, farce absurde et film de guerre downtempo.

Frédéric Foubert
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Game Night

Le point de départ (sociologique) a le mérite d’être amusant. Il s’agit de ces quadras qui, pour tromper l’ennui, par goût du jeu ou pour sociabiliser, passent des nuits entre amis à jouer au Monopoly, au Risk ou au Time’s Up. Le pitch est aussi rigolo : un soir, un couple voit débarquer le frangin du héros qui va pimenter leur soirée en proposant à la bande d’amis un jeu de rôle grandeur nature. Pas de bol : le frère en question est recherché par des mafieux et déclenche une cascade de quiproquos.

Gael Golhen
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Katie says goodbye

Le décor fait penser à un vieux Scorsese des familles, Alice n’est plus ici. Un boui-boui perdu au milieu de l’Arizona, dans un bled battu par les vents et la poussière, habité par une faune folklorique de routiers sympas, de serveuses à la coule et de clients fauchés qui vivotent dans le trailer park d’à côté. Mais le parcours de l’héroïne évoque plutôt un calvaire à la Lars Von Trier.

Frédéric Foubert
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Escobar

Au cinéma et ailleurs le crime paie toujours un peu. Le roi colombien de la poudre (aux yeux ?) Pablo Escobar – narcotrafiquant star des golden eighties jusqu’à sa mort violente en 1993 - n’en finit pas d’exciter les scénaristes. De la série Narco aux récents longs-métrages Paradise Lost avec Benicio ou Barry Seal avec Cruise, le roi du cartel de Medellin - déjà culte de son vivant - peut dormir sur ses deux oreilles.

Thomas Baurez
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Mes Provinciales

Jean-Paul Civeyrac compte une poignée de fervents admirateurs qui se délectent de ses films où se mêlent érotisme sophistiqué, marivaudage intello, surréalisme discret, le tout porté par des acteurs inconnus. Entre Jean-Claude Brisseau et Philippe Garrel, il creuse le sillon d’un cinéma d’auteur exigeant, post-Nouvelle Vague, qui fait fi des modes, quitte à paraître daté.

Christophe Narbonne
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Larguées

La réalisatrice de My Wonder Women Angela Robinson a forcément dû lire le passionnant bouquin The Secret History of Wonder Woman : l'historienne Jill Lepore y retrace l'histoire de la superhéroïne à travers la figure de son créateur William Marston, psychologue un brin charlatan (créateur d'un détecteur de mensonges, adepte du bondage et vivant avec deux femmes, Olive et Elizabeth, figures du féminisme américain).

Sylvestre Picard
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My wonder women

La réalisatrice de My Wonder Women Angela Robinson a forcément dû lire le passionnant bouquin The Secret History of Wonder Woman : l'historienne Jill Lepore y retrace l'histoire de la superhéroïne à travers la figure de son créateur William Marston, psychologue un brin charlatan (créateur d'un détecteur de mensonges, adepte du bondage et vivant avec deux femmes, Olive et Elizabeth, figures du féminisme américain).

Sylvestre Picard
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Allons enfants

C’est tout à la fois un petit bijou et un petit miracle. Un moyen métrage autoproduit et tourné par Stéphane Demoustier (révélé par son premier long, Terre battue, en 2014) avec ses deux enfants, sans distributeur -donc sans savoir s’il allait connaître un jour une vie en salles. Et qui, après avoir été primé au festival de Berlin, débarque donc finalement sur grand écran. Un conseil : ne le ratez pas ! Car rares sont les cinéastes à savoir ainsi raconter une histoire à hauteur d’enfants, sans jouer les adultes omniscients.

Thierry Chèze
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Place publique

Ils le disent eux-mêmes : chacun de leurs films est une variation autour du thème du droit du plus fort. Et d’après Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, après des années de lutte inégale marquées par le libéralisme triomphant, ce sont les cyniques qui l’ont emporté sur les humanistes. À ma droite, Bacri en vieil animateur télé qui s’accroche à son poste ; à ma gauche, Jaoui en respectable lobbyiste tiers-mondiste à bout de sou(ffle). Comme à son habitude, le duo s’est octroyé des rôles violemment antagonistes mais complémentaires.

Christophe Narbonne
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Jersey Affair

Ceux qui ont eu la bonne idée de regarder la mini-série Guerre et Paix diffusée sur la BBC reconnaîtront immédiatement le minois faussement revêche et la voix subtilement rauque de Jessie Buckley. D’ailleurs dans Jersey Affair, l’actrice irlandaise de 28 ans, joue une jeune femme proche de celle qu’elle incarnait dans l’adaptation de Tolstoï. Soit un être au bord de l’implosion, soumis à un environnement familial étouffant, l’empêchant de déployer son potentiel.

Perrine Quennesson
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Nico 1988

Icône des années 1960, muse d’Andy Warhol et chanteuse éternellement associée au Velvet Underground, l’allemande Nico (de son vrai nom Christa Päffgen) a ensuite mené une carrière solo plutôt confidentielle. En suivant l’artiste dans la seconde partie des années 1980, au moment où elle entame une ultime tournée en Europe, le film de Susanna Nicchiarelli porte un regard inédit sur cette star à la destinée méconnue.

Damien Leblanc