1. Première
    par Sylvestre Picard

    La réalisatrice de My Wonder Women Angela Robinson a forcément dû lire le passionnant bouquin The Secret History of Wonder Woman : l'historienne Jill Lepore y retrace l'histoire de la superhéroïne à travers la figure de son créateur William Marston, psychologue un brin charlatan (créateur d'un détecteur de mensonges, adepte du bondage et vivant avec deux femmes, Olive et Elizabeth, figures du féminisme américain). Le film laisse malheureusement une impression de survol un peu léger de l'histoire de « Marston et ses femmes », sans vraiment plonger dans la mythologie pop et féministe de Wonder Woman. Reste la dynamique passionnante du trio de tête Luke Evans/Rebecca Hall/Bella Heathcote, qui font de My Wonder Women l’agréable face B d'un certain blockbuster sorti l'an dernier.

  2. Première
    par Sylvestre Picard

    La réalisatrice de My Wonder Women Angela Robinson a forcément dû lire le passionnant bouquin The Secret History of Wonder Woman : l'historienne Jill Lepore y retrace l'histoire de la superhéroïne à travers la figure de son créateur William Marston, psychologue un brin charlatan (créateur d'un détecteur de mensonges, adepte du bondage et vivant avec deux femmes, Olive et Elizabeth, figures du féminisme américain). Le film laisse malheureusement une impression de survol un peu léger de l'histoire de « Marston et ses femmes », sans vraiment plonger dans la mythologie pop et féministe de Wonder Woman. Reste la dynamique passionnante du trio de tête Luke Evans/Rebecca Hall/Bella Heathcote, qui font de My Wonder Women l’agréable face B d'un certain blockbuster sorti l'an dernier.

  3. Première
    par Thierry Chèze

    C’est tout à la fois un petit bijou et un petit miracle. Un moyen métrage autoproduit et tourné par Stéphane Demoustier (révélé par son premier long, Terre battue, en 2014) avec ses deux enfants, sans distributeur -donc sans savoir s’il allait connaître un jour une vie en salles. Et qui, après avoir été primé au festival de Berlin, débarque donc finalement sur grand écran. Un conseil : ne le ratez pas ! Car rares sont les cinéastes à savoir ainsi raconter une histoire à hauteur d’enfants, sans jouer les adultes omniscients. On y suit Cléo et Paul, jumeaux âgés de 3 ans, qui l’un après l’autre, vont échapper à la surveillance de leur nounou lors d’une balade dans les jardins de La Villette. Cléo cherche alors Paul… qui cherche Cléo, alors que la nounou dépassée panique à l’idée de ne pas les retrouver. Stéphane Demoustier filme ces heures buissonnières au rythme de ces enfants qui, après des instants de panique, vivent ces moments comme un jeu. Il y a du Truffaut dans la manière qu’a Demoustier de voler des regards, des gestes, des expressions sans jamais donner l’impression de trahir ceux qu’ils filment au cœur d’un parc de la Villette transformé en un infini terrain de jeu. Et ce en réussissant aussi le portrait des deux adultes lancés à leur poursuite : cette nourrice aux abois et cette jeune femme – remarquablement interprétée par Vimala Pons – qui, se retrouvant malgré elle responsable de cette petite fille perdue sans savoir comment rentrer chez elle, va être confrontée par surprise à son ex. Servi par une gestion fluide des rebondissements, ce « Lost in Belleville » vaut vraiment le détour.

  4. Première
    par Christophe Narbonne

    Ils le disent eux-mêmes : chacun de leurs films est une variation autour du thème du droit du plus fort. Et d’après Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, après des années de lutte inégale marquées par le libéralisme triomphant, ce sont les cyniques qui l’ont emporté sur les humanistes. À ma droite, Bacri en vieil animateur télé qui s’accroche à son poste ; à ma gauche, Jaoui en respectable lobbyiste tiers-mondiste à bout de sou(ffle). Comme à son habitude, le duo s’est octroyé des rôles violemment antagonistes mais complémentaires. Des ex (comme eux dans la vie) confrontés aux écrits fielleux de leur fille romancière dont l’histoire ne dit pas si elle est foncièrement ingrate ou simplement opportuniste -un peu des deux, sûrement, les gens sont gris chez les JaBac. Ce joli monde se retrouve lors d’une fête organisée dans sa maison de campagne par la productrice (Léa Drucker) de Castro (Bacri), ce qui donne l’occasion à nos chroniqueurs acerbes de mettre dans le même sac parisianistes pédants et provinciaux vindicatifs, youtubeurs branleurs et stars télé imbuvables. Ils le font avec une évidente gourmandise, et même avec une férocité qui rappelle les grandes heures de la comédie italienne, comme en témoigne le dénouement, d’une parfaite amoralité. C’est ce qui différence in fine Place publique du plus bonhomme Sens de la fête auquel il ne manquera pas d’être comparé en raison de Bacri et de l’unité de lieu et de temps à l’œuvre dans les deux films.

  5. Première
    par Perrine Quennesson

    Ceux qui ont eu la bonne idée de regarder la mini-série Guerre et Paix diffusée sur la BBC reconnaîtront immédiatement le minois faussement revêche et la voix subtilement rauque de Jessie Buckley. D’ailleurs dans Jersey Affair, l’actrice irlandaise de 28 ans, joue une jeune femme proche de celle qu’elle incarnait dans l’adaptation de Tolstoï. Soit un être au bord de l’implosion, soumis à un environnement familial étouffant, l’empêchant de déployer son potentiel. Au contact du fruste et mystérieux Pascal, un véritable indigène de Jersey, la jeune Moll va goûter à la liberté, au grand dam de sa famille de bourgeois coincés. Mais un tueur en série sévissant sur l’île risque de mettre à mal ce nouvel élan. Thriller en sourdine, Jersey Affair déploie, comme une grenade qui exploserait au ralenti, un jeu du chat et de la souris tendu et menaçant. A la fois esquintés et séduisants, les deux personnages centraux ressemblent à leur environnement, un paysage accidenté, attirant mais soumis aussi à des vents puissants. Bien qu’il pêche parfois par excès de caractérisation de ses protagonistes, Michael Pearce étonne avec cette première oeuvre qui oscille ouvertement entre le mélodrame et l’angoisse, le cinéaste faisant le choix de rester sur le fil, avançant par touche comme un impressionniste du thriller. Si Jersey Affair doit beaucoup au jeu charismatique de Jessie Buckley, cette dernière peut, de son côté, compter sur Johnny Flynn, vu dans la série Lovesick, pour incarner son parfait négatif, entre sensualité passive et inquiétante douceur. 

  6. Première
    par Damien Leblanc

    Icône des années 1960, muse d’Andy Warhol et chanteuse éternellement associée au Velvet Underground, l’allemande Nico (de son vrai nom Christa Päffgen) a ensuite mené une carrière solo plutôt confidentielle. En suivant l’artiste dans la seconde partie des années 1980, au moment où elle entame une ultime tournée en Europe, le film de Susanna Nicchiarelli porte un regard inédit sur cette star à la destinée méconnue. Loin des paillettes, ce curieux biopic dresse le portrait tourmenté d’une créatrice qui ne trouva l’épanouissement musical qu’une fous débarrassée de la célébrité et d’une mère droguée en quête de rédemption auprès d’un fils longtemps délaissé. Affrontant ses blessures intimes à travers des compositions gothiques, punk et expérimentales, l’ex-égérie incarne ici une héroïne flamboyante et égocentrique, fragile et déphasée. Car le film a la bonne idée de faire des musiciens, compagnons et managers de la chanteuse d’attachants bras cassés qui oscillent entre gentils ringards et losers magnifiques. Le périple de la troupe sur les routes européennes réserve alors, sous ses airs de farce désabusée, des instants de pure extase musicale où les chansons réinterprétées par Trine Dyrholm (impressionnante dans le rôle de Nico) distillent une mélancolie mystique et cabossée.  Non sans évoquer la fougue désenchantée du cinéma de R.W Fassbinder, Nico 1988 capte les dernières lueurs d’un mythe en train de s’évanouir sous nos yeux et réhabilite une artiste intransigeante.

  7. Première
    par Christophe Narbonne

    La sonate n’est pas d’automne mais la parenté -établie par le titre français- avec le cinéma d’Ingmar Bergman est bien réelle : où il est question d’incommunicabilité entre une mère et sa fille aînée. De passage en Norvège, où la mère et le fils cadet habitent (ils sont hollandais), Roos va devoir surmonter les silences pour enfin se libérer. Bergmanien certes, mais surtout prévisible et ampoulé. Le réalisateur sait faire de belles images (un tunnel de stalactites musicales...) qui font moins sens que décoration.

  8. Première
    par François Rieux

    Y a-t-il plus cliché qu'un film d'horreur qui martèle dès sa première scène qu'il est tiré de faits réels pour s'octroyer un minimum de crédibilité ? Assurément : un film d'horreur où une famille d'américains moyens se retrouve isolée dans un camping abandonné, prise au piège d'une bande de psychopathes bien décidés à jouer au chat et à la souris toute la nuit. Le genre de cul-terreux masqués et mutiques, adeptes de la découpe façon boucherie chevaline. The Strangers : Prey at night ne révolutionne aucunement le genre, puisant, sur le fond comme sur la forme, chez ses aînés Tobe Hooper, John Carpenter ou encore Wes Craven. Trois maîtres en la matière, responsables de nos cauchemars les plus tenaces, et auxquels on pense encore irrésistiblement aujourd’hui quand on entend au cinéma une porte qui grince, une ampoule qui grésille, ou quand on voit une silhouette menaçante venir à notre rencontre. Mais Johannes Roberts balaye d'un revers de hache le cahier des charges grâce à sa radicalité jusqu'au-boutiste et une mise en scène sophistiquée parsemée de néons fluo et de tubes New Wave. The Strangers : Prey at night sort très vite de sa zone de confort, trouvant sa voie loin des clins d’œil à répétitions et de la facilité du jump scare. C’est un survival pervers, à la fois jouissif et violent, guidé par l'immoralité et le goût de la chasse à l'homme. Il y a là de quoi nourrir quelques nouveaux cauchemars, si le temps a émoussé ceux que vous ont filé Freddy Krueger et Michael Myers.

  9. Première
    par Christophe Narbonne

    Au volant de sa voiture, Malena, médecin, quitte Buenos Aires et engloutit 800km pour aller chercher le bébé qu’elle doit adopter. Elle arrive dans une petite ville pauvre et dépeuplée, tapissée d’une terre rouge que la chaleur fait vibrer. Voilà pour le décor oppressant où elle va subir pendant quelques jours un parcours du combattant. Cette manière de circonscrire étroitement son héroïne permet au réalisateur argentin Diego Lerman (Refugiado) de la plonger très profondément dans les abysses d’une procédure d’adoption kafkaïenne. Une chute verticale vers l’aberration, emboutie par l’entêtement inversement proportionnel de Malena, prête à tout pour devenir mère. C’est la confrontation de ces deux bulldozers qui rend le récit haletant. Face à la détermination de Malena, une procédure d’adoption ahurissante. Le film décrit avec minutie l’illégalité qui préside à la démarche. Ou quand le désir d’enfant d’une bourgeoise devient prétexte à magouilles pour une batterie d’avocats, médecins, infirmières qui conspirent pour extorquer la riche au profit de la mère biologique pauvre, forcément pauvre. Ainsi exposée, avec pour enjeu un nourrisson, la violence des inégalités sociales est criante. Malin, Lerman fait affleurer le thriller, comme avec ce vol de sauterelles terrifiant, hitchcockien, qui fait bondir. Barbara Lennie, découverte dans La nina de Fuego, personnifie l’aveuglement, quant Yanina Avila, formidable actrice non-professionnelle qui campe la mère porteuse, prend en charge l’infortune.

  10. Première
    par Christophe Narbonne

    Militant communiste proche de Sartre, l’écrivain, penseur et essayiste suisse Jean Ziegler met en pratique depuis plus de cinquante ans ce que lui a conseillé Che Guevara en 1964 : combattre le « monstre » (la finance internationale) de l’intérieur. Réalisé par un de ses anciens étudiants, ce documentaire apporte un éclairage passionnant sur ce personnage haut en couleur qui n’a rien perdu de sa fibre révolutionnaire.

  11. Première
    par Frédéric Foubert

    Avouons-le, toutes brillantes soient-elles, les maisons de poupées “mélancomiques” de Wes Anderson ne nous surprennent plus vraiment depuis Fantastic Mr Fox. Ce passage à l’animation en stop-motion semblait être à l’aboutissement logique de la maniaquerie légendaire du Texan, en même temps qu’un possible point de non-retour : quel besoin de s’ennuyer avec le « réel » désormais quand on pouvait à ce point contrôler chaque poil d’oreille au millimètre près, plan par plan ? Le stop -motion et Anderson étaient fait pour s’entendre et la perfection de Mr Fox était là pour le confirmer : elle avait quelque chose d’indépassable. Ce n’est peut-être pas un hasard si les deux films « live » qui ont succédé au sommet vulpin, Moonrise Kingdom et The Grand Budapest Hotel, empruntaient une pente rétro : scout sixties à la photo jaunie dans l’un, hôtel mortifère de l’entre-guerre dans l’autre. Ce cinéma-là, aussi plastiquement virtuose soit-il, sentait le renfermé. Son inventivité formelle s’étalait dans un romanesque sous cloche, presque aseptisé, telle une fleur exotique cultivée en serre. Quand ses thuriféraires y voyaient la preuve d’un génie au faîte de sa maîtrise plastique, d’autres, moins cléments, commençaient à humer dans ses effets de signature les signes avant-coureurs d’une décadence artistique à la Tim Burton.

    Mâles alpha
    L’île aux chiens arrive donc à point nommé. Son pitch d’épopée SF nippone animée en volume laisse espérer un salvateur coup de guidon. Nous voilà donc au Japon, dans 20 ans. Les chiens sont devenus has-been. L’épidémie de grippe canine n’aide pas : la métropole imaginaire de Megasaki décide d’envoyer les pauvres toutous en quarantaine. Les rebuts sur pattes vivent désormais dans une sordide île couverte de détritus. Ghettoïsés, les ex-meilleurs amis de l’homme sont désormais livrés à eux-mêmes, affligés de puces, de toux grasses et d’inquiétantes carence en croquettes. Dans leur malheur, les parias vont pourtant avoir la chance de prouver leur valeur aux yeux des humains quand Atari, un garçon de 12 ans, atterrit sur l’Ile Poubelle à bord de son avion artisanal. Neveu du maire véreux de Megasaki, l’orphelin en tenue d’astronaute est à la recherche de son chien Spots. Malgré d’innombrables périls (meute cannibale, déchets toxiques, etc), les cinq cabots vont aider l’enfant dans sa mission, et par la même occasion, fourrer leur truffe de mâles alpha intrépides dans une vaste affaire de conspiration politique.

    Hybridations
    Imaginez Les Douze salopards d’Aldrich, incarnés par les canidés tragiques de The Plague Dogues, mais version kawai et en 3D, et mis en relief par les profondeurs de champ d’Akira Kurosawa dans un Japon rétro-futuriste et bilingue. A priori hétérogènes, ces éléments s’intègrent parfaitement aux motifs habituels d’Anderson, aussi bien formels que thématiques : on retrouve ses personnages de génies inadaptés, orphelins magnifiques et autres mavericks mélancoliques, dont l’insularité existentielle, y compris au sein de leur propre communauté, s’exprime à même la composition des plans, morcellés à l’extrême (splits screens, symétrie, hyperfocale). Mais au lieu de se contenter de recycler son folklore intime, Anderson le met en tension avec celui d’un Japon fantasmé, le fait foisonner en jouant avec humour sur le bilinguisme (et l’incommunicabilité), mais aussi sur les hybridations musicales (pop indé et tambours Taiko) ou les régimes d’image (anime, estampes, théâtre d’ombres). Le Texan branche ainsi l’Occident sur le Soleil Levant, le polar sixties sur le futur pré-apocalyptique, le formol sur le Biactol. L’émotion se cogne à l’abstraction, ne gagne pas à chaque coup certes, mais étincelle il y a, et franchement, elle a de la gueule.

  12. Première
    par François Rieux

    1992, les quartiers populaires de Los Angeles s'embrasent après la relaxe d'une poignée d'officiers de police responsables du tabassage de Rodney King, un automobiliste Noir arrêté pour excès de vitesse. Dans l’Amérique post-Black Lives Matter, on imaginait plutôt des cinéastes engagés comme Kathryn Bigelow ou Ryan Coogler porter à l'écran ce fait divers qui a fait basculer l'Amérique dans le chaos. C'est finalement Deniz Gamze Ergüven, auteure du drame féministe Mustang, qui se retrouve aux manettes de ce brûlot sur fond de tensions raciales et de violences policières. Un brûlot… du moins sur le papier. Si la mise en place du film est forte, avec ses images de téléviseurs qui diffusent inlassablement les images de la bavure, la réalisatrice semble très vite perdre pied. Brouillon, didactique et trop éloigné de ses enjeux sociétaux, Kings manque sa cible. La faute au choix de raconter les conséquences de l’événement sur une famille emmenée par une mère courage, campée par une Halle Berry absente, qui s’amourache d'un voisin un peu loufdingue (Daniel Craig en roue libre). Tous seront éclaboussés par la violence collatérale des émeutes. La matière dont s’empare la jeune cinéaste paraît trop dense, et finit par lui échapper totalement, accouchant au final d'un mélo ubuesque qui enfile clichés tartes et situations hallucinantes. À commencer par ce rêve érotique d'une rare mièvrerie où Daniel Craig vient compter fleurette à Halle Berry.

  13. Première
    par Damien Leblanc

    Luna, jeune fille vivant près de Montpellier qui participe avec son petit ami à un acte de violence gratuite contre un inconnu avant d’être étrangement attirée par ce dernier, pourrait constituer une héroïne comme le cinéma naturaliste français et les récits d’initiation amoureuse en ont déjà offert un certain nombre. Mais la force tenace de ce premier film tient à l’environnement sensoriel et plein de contrastes que la réalisatrice étend autour du personnage. Luna paraît ainsi longtemps enfermée dans la culpabilité alors même qu’elle travaille à ciel ouvert, dans une exploitation agricole. On la sent également solitaire bien qu'elle soit entourée d'une bande d'amis soi-disant soudés. C’est en la confrontant à ces blocages tout en ménageant de jolies respirations rythmiques qu’Elsa Diringer fait de l’excellente Laëtitia Clément une figure sentimentale qui touche au cœur.

  14. Première
    par Damien Leblanc

    Assumant la triple casquette d’auteur-réalisateur-acteur, Nicolas Giraud (déjà remarqué en 2009 avec le sensuel court-métrage Faiblesses) pratique un cinéma qu’il qualifie lui-même de « tactile », où les interactions entre personnages se doivent d’être exprimées par des plans rapprochés sur les corps et les peaux davantage que par des dialogues. Le cinéaste adapte ici un roman de Philippe Mezescaze (L’Impureté d’Irène) dans lequel une mère célibataire renoue lors d’un été à la Rochelle avec son jeune garçon puis croise la route d’un marin qui s’attache à eux. Les dilemmes affectifs et familiaux qui s’ensuivent pourront sembler ordinaires mais se voient sublimés par une mise en scène faisant entièrement confiance aux vibrations émises par les comédiens. Un choix de l’intimité risqué mais finalement radieux.

  15. Première
    par Gérard Delorme

    Les premières images ne laissent aucun doute : en pleine nuit, un homme défonce le crâne d'un autre avant de l'asperger d'essence et d'y mettre le feu. Misumi (Koji Yakusho) vient de tuer son patron et de lui voler son porte feuille. En tant que récidiviste (il avait tué deux bookmakers dans des conditions similaires), il risque la peine capitale, toujours en vigueur au Japon. Lorsque l'avocat Shigemori (Masaharu Fukuyama) s'empare de l'affaire, le film semble se diriger vers un drame de tribunal, qui opposerait l'accusation, partisane de  l'application de la loi, à la défense, désireuse de requalifier les faits pour plaider la perpétuité plutôt que la mort. Mais les choses se compliquent lorsque l'avocat se rend compte que tous les témoins interrogés mentent, à commencer par l'accusé, qui change sans arrêt de version. Au fil d'une enquête passionnante, les demi-mensonges et les silences éloquents finissent par révéler des parcelles de vérité dont la somme remet en question la culpabilité de l'accusé, le droit de vie ou de mort, la fatalité, la vérité elle-même: à l'évidence, elle n'intéresse pas la justice qui a mis au point une procédure mécanique pour simplifier, généraliser et finalement juger des agissements humains, par nature complexes et particuliers. Avec son écriture toujours claire, sa mise en scène simple et directe, et une direction d'acteurs parfaitement juste, Kore-Eda est fidèle à lui-même, tout en abordant un registre nouveau qu'il enrichit d'une profondeur humaine exceptionnelle.

  16. Première
    par Christophe Narbonne

    Il faut attendre la 54ème minute pour que ce documentaire prenne tout son sens. Jusque-là, on suivait les pérégrinations de Taelor, jeune et jolie Texane (un mix de Jessica Lange et Robin Wright) qui passe son temps à boire et à traîner avec une bande de mecs peu recommandables, drogués, racistes et collectionneurs d’armes diverses -qui chassent le lapin, de nuit, au fusil d’assaut. Mais qui est donc cette bimbo visiblement brisée et oisive ? C’est alors qu’intervient l’oncle maternel de cette « Belle du Sud », un clone de Joe Pesci parcouru de tics nerveux qui lui déforment le visage quand il part en vrille. Selon lui, le père de Taelor, qui le faisait travailler, l’aurait “baisé” en le virant du jour au lendemain. « T’étais mauvais ! », lui rétorque Taelor. « C’est faux, j’étais son meilleur atout ! », aboie l’oncle qui ironise sans ménagement sur la mort ridicule -dans les bras d’une call-girl- de son beau-frère. Le père ? Un millionnaire qui a tout légué à sa fille unique chérie dont on apprend qu’elle se rend régulièrement devant les tribunaux pour défendre ses intérêts face à une mère qui l’a fait interner durant sa jeunesse… Le tableau familial, sordide, est révélé par la caméra indiscrète du français Nicolas Peduzzi qui filme une enfant déchue en train d’uriner dans la rue, de comater sur le lino ou de danser sur le parking d’un supermarché au son de Julio Iglesias. Entre voyeurisme à la “Strip-Tease” et document unique, Southern Belle se révèle assez bouleversant.

  17. Première
    par Michaël Patin

    Le film s’ouvre sur un plan à travers la fenêtre d’un véhicule, long « traveling » sur le grillage blanc séparant la route de la lande, dont on ne distingue que des lambeaux verts pris dans une brume épaisse. Le second, fixe, passe du côté de la « Jungle » où 12 000 âmes ont trouvé refuge ; en arrière-plan, le passage des camions reste, lui, bien visible des migrants qui ont échoué ici, aux abords du port de Calais et du tunnel sous la Manche. Une fois cette frontière franchie, et avec elle posée la question du regard, Nicolas Klotz et Elisabeth Perceval ne quitteront plus, 3 heures et demie durant (pour un an de tournage entre 2016 et 2017), cette « ville » et ses habitants, érythréens ou afghans, soudanais ou syriens, jeunes pour la plupart. Ils écoutent leurs histoires, observent leurs gestes quotidiens, prennent le pouls de cette communauté poussée hors du monde. Pas de voix off, peu de questions, quelques percées de musique extradiégétique, c’est l’image (vibrante) et le montage (patient) qui font narration dans ce lieu suspendu entre passé et futur, peuplé de héros d’une Odyssée non voulue, brutalement répétitive, privée de tout sens mythologique. Pourtant l’espoir surgit, par-delà l’incertitude devenue mode de vie, entretenu comme ces feux chétifs qui permettent de ne pas succomber au froid après avoir échappé à tant d’autres façons de mourir. Ce séjour dans l’hors-champs brasse en creux toutes les grandes questions de notre époque avant de nous laisser pantois, face à la mer comme une ultime frontière. Celle qui reste toujours à franchir, celle qui est en nous.

  18. Première
    par Gérard Delorme

    Alors que le noir et blanc de Blancanieves servait à accentuer le contraste entre les bons et les méchants, la dualité est encore au coeur d'Abracadabra, mais de façon plus complexe. Cette fois, un changement d'identité est l'occasion de suggérer que le bien et le moins bien sont quasiment indissociables. Carmen (Maribel Verdu) est une mère au foyer dont le rêve d'une vie agréable est compromis par son mari Carlos (Antonio de la Torre), un macho obsédé de foot. A la suite d'une séance d'hypnose, Carlos est accidentellement possédé par l'esprit d'un mort. Du jour au lendemain, il devient charmant et se révèle un danseur irrésistible. Mais il y a un hic: le séducteur qui l'habite était un tueur en série. A partir de cette hypothèse lointainement inspirée des Mains d'Orlac, le récit traite les différents aspects de la modification de personnalité en faisant des détours par la farce, le thriller, le documentaire social et même la comédie musicale, avant de finir en fable sur la difficulté à choisir entre le souhaitable et le détestable, entre le fantasme et la réalité. Servi par des interprétes solides, dont sa comédienne fétiche Maribel Verdu, qui jouait la méchante dominatrice de Blancanieves, Berger orchestre son ballet tragi-comique avec une générosité parfois excessive, sa tendance à en rajouter risquant de provoquer la confusion.  Mais en fin de compte, dans ce registre qui rappelle Alex de la Iglesia, trop vaut toujours mieux que pas assez.

  19. Première
    par Frédéric Foubert

    Exception faite de sa participation à la série When We Rise (sur l’histoire des luttes LGBTQ), on avait laissé Gus Van Sant en mauvaise posture, sous les huées de la foule déchaînée, au moment de la présentation cannoise catastrophique de Nos Souvenirs en 2015. Un fiasco. Mais le cinéaste-caméléon a la peau dure, et rebondit aujourd’hui comme si de rien n’était avec ce beau Don’t worry, he won’t get far on foot, qui le voit revenir à son inspiration la plus feel-good, aimable, grand public. Derrière le titre à coucher dehors (« T’inquiète pas, il n’ira pas loin à pied ») se cache une histoire vraie : celle de John Callahan, un cartoonist de Portland, Oregon (l’éternel QG de GVS), un bonhomme tempétueux au passé chargé (abandonné par sa mère, alcoolique depuis ses 12 ans, devenu tétraplégique après un accident de la route), dont le destin nous est raconté dans un kaléidoscope chaleureux, gorgé de chaudes couleurs automnales, un tourbillon enivrant qui donne envie d’applaudir l’écran et de serrer son voisin de rangée dans ses bras. Le film raconte le long combat contre l’addiction de Callahan (Joaquin Phoenix), sa rencontre avec un groupe de parole animé par un charismatique gourou gay (Jonah Hill), et va jusqu’à prendre des accents quasi-évangéliques quand il vante l’efficacité des « 12 étapes » des Alcooliques Anonymes et les bienfaits du pardon.

    Tout-sourire
    Ça a l’air un peu sirupeux dit comme ça, mais ces élans de bonté sont heureusement contrebalancés par l’humour vachard de Callahan, ses vannes sarcastiques, son goût de la provoc’ et son comportement parfois détestable – les biopics tout-sourire sont rarement consacrés à de telles têtes de lard. D’après ce que montre Van Sant, Callahan n’aimait rien tant que se balader dans Portland avec ses dessins sous le bras, arrêtant les passants (skatteurs, flics, vieilles dames…) pour leur demander de réagir à ces cartoons, les offensant à certains moments, les faisant marrer à d’autres, cherchant à souder la communauté – une communauté dont il s’était longtemps senti rejeté – avec ses blagues impolies et ses observations sociologiques amoureusement dessinées. Les artistes chez Van Sant (le simili-Salinger joué par Sean Connery dans A la rencontre de Forrester, le clone de Kurt Cobain dans Last Days…) étaient jusqu’ici des ermites, des reclus. Pas Callahan, le satiriste poil à gratter qui parcourait la ville sur son fauteuil roulant, armé de son humour noir et de ses saillies politiquement incorrectes. Le film aurait dû à l’origine être tourné dans les années 90, mais le fait qu’il débarque aujourd’hui, dans un monde où les dessinateurs de presse sont devenus des cibles humaines, lui donne sans doute une résonnance encore plus grande. 

    Misfits
    Ce que raconte Gus Van Sant à travers le parcours de John Callahan, c’est comment la contre-culture fédère des énergies et sauve des vies. Il suffit au cinéaste d’un plan sur deux hommes s’embrassant sur un banc, presque filmé à la volée, pour soudain faire palpiter à l’arrière-plan de son film tout un inframonde de marginaux, de rebelles et de laissés-pour-compte. Joaquin Phoenix en profite pour poursuivre ici une quête filmique très personnelle, constellée de personnages semblables à Callahan, égarés entre Dieu et leurs démons (le Johnny Cash de Walk the Line) et traversant l’existence comme des pantins cassés, désarticulés (The Master). De la même manière que Harvey Milk était une œuvre de combat maquillée en film à Oscars, Don’t worry, he won’t get far on foot célèbre les misfits et les maudits sous les dehors rassurants d’une jolie fable bienveillante. C’est un hymne punk joué sur un arrangement soft-rock. Un manifeste contre-culturel, oui, mais qui n’entend exclure personne. 

  20. Première
    par Frédéric Foubert

    Dominika, danseuse étoile blessée sur scène, est recrutée par le KGB pour devenir un super-agent secret, afin d'embobiner un espion de la CIA sur le territoire russe. Trahisons, coups de feu secs, coups doubles et bien fourrés dans le glacis ex-soviétique : on est en terrain connu, mais la particularité frappante de Red Sparrow est de pousser les curseurs bien loin dans le rouge en tout ce qui concerne la nudité et la violence, filmés plein cadre, sans aucun fard. On ne peut pas vraiment lui reprocher, puisque c'est le sujet du film ; Dominika subit un entraînement sexuel poussé -mené par Charlotte Rampling elle-même, qui s'amuse bien en Madame Claude popov- pour devenir un « moineau rouge » capable de séduire et éliminer les espions ennemis à l'Empire russe. En résumé, c'est comme si le duo Lawrence (Francis le réalisateur et Jennifer la star) jouaient à éloigner le plus possible Red Sparrow du paradigme numérique des derniers Hunger Games, qui leur ont apporté fortune et gloire. Nous voilà plongés dans un monde ocre et froid, dans lequel se meuvent des marionnettes de chair enfermées par de lents mouvements de caméra. Sur le terrain du thriller mental post-Guerre froide (ou même sur celui du récit de la reconquête de son woman power par une femme blessée, incarnée par une Jennifer Lawrence au sommet de ses moyens), Red Sparrow ne convainc que partiellement, mais du point de vue du cinéma, Francis Lawrence retrouve ici un peu sa veine joliment décoratrice et prenante de son beau Constantine.

  21. Première
    par Perrine Quennesson

    Des oiseaux dans le ciel bleu éclatant de la campagne anglaise… c’est sur cette image que s’ouvre le film de Will Gluck (Easy Girl). Ils virevoltent et chantent une douce chanson au parfum bucolique. Alors qu’ils se posent dans une chorégraphie étudiée, ils se font dégommer façon strike par un Pierre Lapin pressé, en pleine course-poursuite avec un renard. Le ton est donné : que ceux qui attendent une adaptation délicate et courtoise comme une conversation entre deux British de l’œuvre millionnaire de Beatrix Potter passent leur chemin. Pierre Lapin manie autant le second degré que le slapstick, le burlesque que l’absurde. Après avoir été décliné en peluche, en séries et même en ballet avec des danseurs en costume de rongeurs, Pierre Lapin se la joue Paddington dans cette nouvelle adaptation mêlant prise de vue réelle et imagerie 3D ultra-réaliste, jouant parfaitement sur l’aspect anthropomorphique inspiré par les dessins de Beatrix Potter. Pierre est un lapin accoutré d’une veste bleue, particulièrement espiègle et casse-cou. Prêt à tout pour s’en mettre plein la panse avec les légumes du vieux McGregor, il accumule les missions suicides avec ses acolytes Jeannot et ses trois sœurs. Mais, victime d’une crise cardiaque, le barbu grincheux cède la place à son neveu, Thomas, un psychorigide terrorisé par la nature et aux méthodes drastiques. Pire, Bea, la gentille voisine qui prend soin des lapins, s’amourache du nouveau venu. C’en est trop pour Pierre, pas prêt à partager son clapier.

    Twerk
    Reprenant quelques éléments du livre à succès, The Tale of Peter Rabbit, le long métrage de Will Gluck s’en affranchit pour offrir une version plus contemporaine, davantage dans l’air du temps, où Pierre le lapin roublard twerke, distribue les feuilles de laitue comme des billets d’un dollar dans un club de strip-tease et se bat comme un chiffonnier amateur de MMA. Il ne faut cependant pas crier au blasphème trop vite. Déjà à son époque, en 1902, le ton du livre de Beatrix Potter n’était pas aussi sage que son image d’Épinal peut le laisser penser : dans un langage soutenu, l’auteure utilisait alors un humour particulièrement sardonique pour raconter une histoire encourageant ses lecteurs à s’émanciper de la bienséance et à désobéir. Message reçu, Miss Potter.  

  22. Première
    par Thierry Chèze

    C’est l’histoire d’une mère courage indigne. Un paradoxe qui fait le sel de ce premier long métrage, découvert à la Quinzaine des Réalisateurs. Elle s’appelle Al. Et avec son fils Bone et son compagnon Evan, elle sillonne ls routes américaines et canadiennes en espérant un jour enfin se poser, entamer une vie « normale », se sédentariser. Mais à force de jouer avec le feu en survivant de petits trafics (de coqs de combats), elle va mettre l’avenir et plus précisément la vie même de son gamin en jeu. S’en rendre compte et donner alors cet équivalent du coup de pied au fond de la piscine pour entamer une autre existence loin de ce compagnon avec qui elle vit une passion charnelle tout en devenant synonyme de menace qui rôde sans avoir l’intention d’être laissé sur le bord de la route. Il y a du Winter’s bone dans la manière dont ce film traite d’une famille en souffrance, aussi explosée qu’explosive, sans jamais verser dans le glauque ou le misérabilisme mais en cherchant toujours, et surtout dans les moments les plus noirs, la lumière au bout du tunnel.  Le tout porté par une comédienne exceptionnelle qui n’a pas encore trouvé la reconnaissance publique que son insensé talent mérite : Imogen Poots, révélée voilà 11 ans dans 28 semaines plus tard et vue depuis avec le même bonheur chez Hideo Nakata, Cary Fukunaga, Michael Winterbottom, Jeremy Saulnier, Terrence Malick et surtout Peter Bogdanovich. Voyez et revoyez Broadway therapy, une fois découvert Mobile homes et vous comprendrez pourquoi cette actrice aussi à l’aise dans la comédie pétillante que dans le drame bouleversant décrochera tôt ou tard l’Oscar qu’elle mérite

  23. Première
    par Thierry Chèze

    Ritesh Batra possède cet art délicat de savoir raconter et partager des romances à l’écran. Un genre trop souvent considéré comme mineur mais qui, chez lui, tient du délice émotionnel permanent. On l’avait découvert avec The lunchbox. Il l’avait confirmé avec Nos âmes la nuit – porté par le superbe duo Robert Redford- Jane Fonda – distribué sur Netflix après sa présentation à Venise en septembre dernier. Et A l’heure des souvenirs enfonce brillamment le clou. On y suit la vie d’un senior grognon au cœur plus grand qu’il ne veut bien le montrer (Jim Broadbent, une fois encore remarquable), divorcé et père d’une fille sur le point d’accoucher, qui vit une existence tranquille dans son petit magasin de photographie de Londres jusqu’au jour où il reçoit un étonnant legs. A sa mort, la mère de son premier amour d’adolescence lui a en effet confié en héritage… le journal intime de son meilleur ami du lycée. Ce drôle de cadeau va petit à petit faire remonter à la surface des souvenirs enfouis de son passé lié à ces trois personnages. Des souvenirs si bouleversants qu’il semble avoir cherché à les chasser lui- même de sa mémoire. Construit en flashbacks et flashforwards, A l’heure des souvenirs se révèle un petit bijou de sensibilité, servi par une mécanique de précision scénaristique. Celle d’Une fille qui danse », le roman de Julian Barnes (auteur déjà porté à l’écran avec Love etc. et Metroland) adapté ici par Batra. Et où ce qu’on vit – à tort ou à raison, c’est précisément ce qui constitue tout le sel du film – comme les premières trahisons amoureuses de sa vie pousse à des gestes définitifs sans en mesurer les conséquences sur soi et son entourage, pour les années à venir. Car celles- ci semblent bien loin et infimes par rapport à la douleur insoutenable de l’instant. Voilà pourquoi A l’heure des souvenirs est un grand film romantique, y compris et surtout dans la noirceur souvent tue ou masquée que cet adjectif peut charrier.

  24. Première
    par Christophe Narbonne

    Le groupe Percujam sillonne la France à la rencontre d’un public enthousiasmé par ces musiciens d’un genre particulier, pour moitié atteints d’autisme. Alexandre Messina les a suivis sur scène et dans le centre spécialisé où ils vivent, entourés d’éducateurs-musiciens qui appliquent une thérapie par l’art. Visiblement, ça marche pour tous ces jeunes qui semblent avoir dépassé leur handicap et trouvé une forme d’épanouissement. On regrette toutefois que Messina n’ait pas pris un peu de hauteur par rapport à son sujet –et à ses sujets : pas de contrepoint médical ni de témoignages extérieurs (famille, amis) pour étayer et/ou nuancer le bien-fondé de la méthode dont on ne sait pas si elle marche à tous les coups, sur tout le monde et si elle constitue une alternative sérieuse aux traitements classiques.

  25. Première
    par Sylvestre Picard

    5 mars 1953. Staline s'effondre. Que faire ? se demandent les membres du Politburo autour de l'encombrant cadavre. Le massacre commence. La farce politique, hésitant entre parodie et satire, n’est pas au niveau de ce qu’on attend du brillant Armando Iannucci (The Thick of It, In the Loop, Veep): le portrait des dirigeants soviétiques (Steve Buscemi, Jeffrey Tambor…) est celui d'une galerie de gros incapables sympathiques, meurtriers de masse par accident plus que par calcul. Cette guerre de succession organisée autour de bons mots plus ou moins vulgaires, et plus ou moins bons, est épuisante. Chaque blague est répétée et/ou expliquée plusieurs fois (exemple de dialogue : « couille de chameau ! Tu as compris ? Je dis ça parce que tu ressembles à une couille de chameau »), ce qui a l'air d'amuser beaucoup les acteurs. Pas nous.

  26. Première
    par Damien Leblanc

    Située en 1777 dans la haute société viennoise, cette chronique du destin de Maria Theresia Paradis, jeune pianiste-compositrice aveugle à qui un médecin sulfureux tente de redonner la vue, n’est pas sans rappeler par sa reconstitution rococo le génial Amadeus de Milos Forman. À la différence que l’étouffement des salons aristocratiques, qui fait de l’héroïne un fragile instrument au service de sa famille et des cercles scientifiques, donne ici naissance à une potentielle mais éprouvante émancipation féminine. Derrière la réussite esthétique de ce biopic historique, la réalisatrice pose surtout avec vigueur cette étonnante question : renoncer à la cécité et voir le monde tel qu’il est ne limite-t-il pas l’expérience de la liberté et n’empêche-t-il pas de percevoir l’existence avec intensité ?

  27. Première
    par Thierry Chèze

    C’est une histoire incroyablement gonflée et ne basculant pourtant jamais dans une quelconque provocation facile. Celle d’un couple de septuagénaires cubains, subissant au quotidien la crise économique violente qui étrangle leur pays au plus fort de l’embargo américain dans le milieu des années 90. Jusqu’au jour où le mari de ce couple rentre à la maison avec une caméra et décide de filmer leur intimité… et leurs ébats. Des petits films qui vont se vendre en douce comme des petits pains par l’entremise d’un petit voyou prêt à les faire chanter s’ils décidaient de s’arrêter. Mais qui vont surtout relancer le désir dans ces cœurs et ces corps forcément quelque peu usés au terme de tant d’années passées ensemble. Il en résulte à l’écran un singulier portrait de Cuba à travers une histoire d’amour tout à la fois espiègle et bouleversante. Ces fameux volcans qu’on croyait trop vieux mais d’où soudain rejaillit le feu, si chers à Jacques Brel.

  28. Première
    par Alexandre Bernard

    Un grand-père sur son lit de mort demande à ses petits-enfants, Lalo et Roberto, de libérer leur cheval. Tout droit venu du Chili, Un cheval nommé Éléphant, est sur le papier un véritable conte pour enfant. Ce n’est pas tout à fait le cas tant certains propos (grossiers) et images pourraient heurter la sensibilité des plus jeunes. L’histoire, simple, tient la route. Andrés Waissbluth signe un long-métrage touchant et familial (à un certain degré, donc), où des enfants sont prêts à tout pour honorer les derniers vœux de leur grand-père et sauver leur amie, Manuela, "au péril de leur vie". Les petits acteurs sont drôles, attachants et jouent juste, tandis que les adultes incarnent sans surprise le vice et la méchanceté. 

  29. Première
    par François Léger

    Isa, réalisatrice, décide tourner un documentaire ayant pour sujet le polyamour. Sauf qu’entre acteurs et vrais intervenants, les frontières se brouillent et le couple d’Isa tangue dangereusement… Drôle de film que Lutine, jamais vraiment certain de sa nature : docu-fiction ? Comédie ? Drame ? Isabelle Broué se met en scène dans cet objet indéfinissable, à la fois réflexion sur la création cinématographique (le scénario s’écrit en temps réel à l’écran, façon vrai-faux making-of) et les amours plurielles. Une idée intéressante sur le papier qui s’essouffle rapidement à l’écran. Étrangement assez conventionnel dans sa méta-narration, Lutine souffre de ne jamais déborder de son propre concept et de rester très scolaire dans la retranscription du trouble des personnages. Il manque au film une ambition formelle, un vrai regard sur ce qui sépare réalité et fiction.

  30. Première
    par Christophe Narbonne

    Stéphane Mercurio poursuit son travail entamé à la télévision en 2011, avec A l'ombre de la République, sur les conséquences psychologiques et sanitaires de l'enfermement -carcéral en l'occurrence. La réalisatrice a suivi le metteur en scène Daniel Ruiz qui entreprend de monter un spectacle avec d'anciens détenus de longue peine, à partir de leurs témoignages sur la prison. Cette libération d'une parole longtemps muselée offre de beaux moments d'émotion que la caméra, empathique, enregistre à bonne distance.