GALERIE
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Rafiki

Pour faire la critique de Rafiki, il faut ignorer les signaux attractifs qui obscurcissent notre jugement : le premier film kényan montré à Cannes ; par une réalisatrice née à Nairobi (formée en Angleterre et aux Etats-Unis) ; avec des actrices au charisme magnétique ; contant l’histoire d’amour entre deux lycéennes dans une société où l’homosexualité est proscrite. Il fallait que ce film existe. Mais pas dans la forme que Wanuri Kahiu lui a donnée. Parce que ses personnages semblent avoir été habillés pour un défilé de mode afropolitaine.

Michaël Patin
Affiche Donbass
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Donbass

Il y a un an, Sergei Loznitsa faisait le portrait de la Russie en adaptant (et trahissant) Dostoievski, avec Une femme douce, voyage halluciné d’une femme perdue dans une Russie kafkaïenne. Avec Donbass, le cinéaste radicalise un peu plus ses concepts. Tout commence avec une troupe de comédiens qui se prépare dans une caravane. On maquille les femmes, qui papotent et s’insultent jusqu’à l’arrivée d’un militaire. Ce dernier fait taire tout le monde, ordonne à la troupe de se mettre en place et les acteurs sortent en courant dans un paysage de ruine.

Gael Golhen
Ingmar Bergman, une année dans une vie
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Bergman, une année dans une vie

Bergman avait pensé à tout. En 1987 il décide de prendre à revers tous les hommages aveugles qui pleuvent sur lui avec un bel exercice d’autovoyeurisme : sa superbe et cruelle autobio Laterna Magica mettait en scène toutes ses faiblesses depuis sa sexualité torve jusqu’à ses diarrhées chroniques. Ce doc va plus loin et veut faire rendre gorge aux mythes et aux mensonges diffusés par le cinéaste lui-même. L’idée est simple : se concentrer sur l’année 57.

Gael Golhen
Le vent tourne
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Le vent tourne

La fidélité à une idéologie n’étouffe-t-elle pas nos désirs les plus profonds ? L’excès de protection amoureuse n’enferme-t-il pas le corps dans une prison ? Autant de questions que pose Bettina Oberli à travers ce drame champêtre où un couple de fermiers idéalistes est ébranlé par l’arrivée d’un ingénieur venu leur installer une éolienne. Attirée par ce jouisseur qui voit le monde d’une manière très différente, la jeune femme se met à douter de son engagement sentimental et politique.

Damien Leblanc
AFFICHE
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L'amour est une fête

Cédric Anger s’est fabriqué une belle filmo de polars verrouillés par un sens de la narration diabolique, de L’avocat à La Prochaine fois je viserai le cœur. L’amour est une fête se lance au début sur les mêmes rails, avec des flashs de violence et de néons qui disent l’aspect charnière de l’époque. On est en 1982, l’euphorie socialiste est à son comble, mais la gueule de bois va être sévère. La première partie du film ressemble à un polar à l’ancienne, un Deray 70’s revu et corrigé par le David Simon de The Deuce.

Gael Golhen
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Les frères Sisters

Le dernier plan de Dheepan s’achevait dans une lumière aveuglante qui inondait le nouveau logement londonien de la famille recomposée du héros -filmé comme un paradis terrestre par opposition à la sordide banlieue française où ce tamoul avait préalablement échoué sans le vouloir. Le scandale, pour certains, était entériné : Jacques Audiard signait un film réactionnaire qui dépeignait, tout en la disqualifiant, la France des “caillera” qu’il valait mieux laisser croupir.

Christophe Narbonne
AFFICHE
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Vaurien

Redouane, dit Red, chômeur longue durée, vient de se faire radier de Pôle Emploi et décide alors de prendre en otage le personnel de son agence. Vaurien repose sur une idée de départ charmante et réellement de son temps : le ras-le-bol bureaucratique et la crise qui vous pousse à prendre un flingue, enfiler un masque Anonymous et à braquer l'administration (en l'occurrence, l'agence de Vénissieux) au nom de tous les laissés-pour-compte de l'Hexagone. Malheureusement, le film se transforme en un braquage enchaînant les twists plus ou moins malins façon Inside Man frenchy.

Sylvestre Picard
Volubilis affiche
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Volubilis

Réalisateur, scénariste de Téchiné (Loin), acteur pour Bonello ou Audiard, Faouzi Bensaïdi a tourné Volubilis dans sa ville natale de Meknès, au Maroc. Il décrit une société sous tension, à travers les amours contrariées de Malika et Abdelkader, le vigile et l’employée de maison, deux amants dont la passion va peu à peu se fissurer sous la pression économique. Comment s’aimer quand on ne peut pas s’offrir un chez soi ? Quand on est d’abord occupé à survivre et à préserver sa dignité ?

Frédéric Foubert
Affiche Leave no trace
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Leave no trace

Debra Granik filme la marge comme personne. Cet entre-deux sur lequel on peut projeter ce que l’on souhaite. Ce lieu interlope où se développe autant la plus précieuse des fleurs que le pire chiendent. La réalisatrice la peint avec délicatesse, et une simplicité qui n’est que de surface. Elle l’avait déjà exploré à travers les yeux de la Jennifer Lawrence en pleine éclosion de Winter’s Bone.

Perrine Quennesson
GALERIE
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Climax

C’est quoi ce film ? En début d’année, on apprenait que Gaspar Noé venait de tourner, en deux minuscules semaines, un film mystère, nom de code : Psyché, en compagnie d’une armada de street-dancers emmené par l’Amazone moderne Sofia Boutella. Mais de quoi s’agissait-il exactement ? Un documentaire sur une rave-party ayant mal tourné ? Un film d’horreur ? Une comédie musicale sous MDMA ? Habitué à un rythme de production quasi-kubrickien (4 longs-métrages en 20 ans), Noé se prenait soudain pour Fassbinder (qui, lui, usinait 4 films par an).

Frédéric Foubert
affiche fortuna
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Fortuna

Comment mettre des images de cinéma sur la crise des migrants, quand on a vu les rafiots renversés de la Méditerranée, les camps détruits au tractopelle, les corps échoués sur les plages ou retrouvés en montagne après la fonte des neiges ? Comment affronter l’horreur à l’arrivée, sonder ce qu’elle déclenche en nous et ce qu’elle laisse à ses victimes, poussées par extrême nécessité vers nos paysages, nos lois, nos corps étrangers ?

Michaël Patin
Victimes
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Victimes

François, jeune homme solitaire, décide de consulter un psychothérapeute pour résoudre ses problèmes de sociabilité. Au fil des séances, il se révèle être un psychopathe en puissance … Victimes alterne péniblement séances interminables chez le psy et scènes de violence consternantes. La mise en scène relève de l’amateurisme, le scénario est ennuyeux au possible et les acteurs n’ont pas une once de crédibilité.

Maxime Grandgeorge
Le Poulain
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Le Poulain

Signer une comédie politique nécessite finesse et doigté. Comment se moquer des jeux de pouvoirs florentins qui animent ceux qui nous gouvernent sans basculer dans la facilité du « tous pourris ? Pour son premier long, l’auteur de BD Mathieu Sapin se joue joyeusement de ces obstacles. D’abord parce que la politique il connaît ! On ne passe 200 jours dans les pas du candidat Hollande (Campagne présidentielle) et 365 autres dans les coulisses de l’Elysée (Le château) sans glaner une ribambelle de pépites propices à nourrir un scénario.

Thierry Chèze
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Première année

NFS, chimie, iono. Encore un effort et Thomas Lilti battra les records de Hopital Central (cette série américaine qui recoud les plaies depuis 1963). Avec ce troisième film, le cinéaste continue de creuser le sillon médical et, après les internes (Hippocrate) et son Médecin de campagne, s’attaque aux étudiants de première année. Comme l’indique clairement le titre, Lilti raconte l’année de concours de deux étudiants, un redoublant méritant et un néophyte surdoué.

Gael Golhen
AFFICHE
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Le Pape François - Un homme de parole

Ses fictions actuelles sont d’une terrible médiocrité, mais Wim Wenders continue de multiplier les gestes documentaires stimulants. Avec Un homme de parole, le cinéaste a voulu témoigner de son admiration pour le Pape François. Film de commande initié par le Vatican, l’exercice aurait pu être une catastrophe, une enluminure sans distance ou une hagiographie indigeste.

Gael Golhen
affiche thunder road
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Thunder road

C’est une véritable odyssée de la lose, un déferlement d’emmerdes qui n’a rien envier au Livre de Job. Thunder Road raconte la dégringolade familiale, professionnelle et psychologique de Jimmy Arnaud, un policier texan respecté qui perd à peu près tout ce qu'il avait d'important, dans une atmosphère de cauchemar éveillé. Son chemin de croix débute logiquement à l’église.

Eric Vernay
Searching - Portée disparue affiche
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Saerching - Portée disparue

Une étudiante qui vient de perdre sa mère disparaît. Sans nouvelle, son père s’inquiète, appelle les flics et puis se met à fouiller son ordinateur. Surprise : celle qu’il prenait pour une jeune fille épanouie est en fait très seule et vaguement dépressive. C’est un peu mince quand même. D’ailleurs, Aneesh Chaganty tente de dépasser la banalité de son script en greffant sur cette histoire un dispositif de cinéma aussi énorme que routinier : tout le film est vu à travers des écrans.

Gael Golhen
Peppermint affiche
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Peppermint

Avec Peppermint, le réalisateur de Taken délaisse les héros pour une héroïne. Jennifer Garner incarne Riley, une mère de famille qui, après la mort brutale de son mari et de sa fille assassinés par des barons de la drogue, se transforme en une machine à tuer. N’ayant plus rien à perdre, elle est prête à tout pour obtenir vengeance, y compris tuer des bad guys à tour de bras, mettre à mal un trafic de drogue et démasquer des ripoux.

Maxime Grandgeorge
Mademoiselle de Joncquieeres
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Mademoiselle de Joncquières

Le film est simple, radical, ultra frontal. Emmanuel Mouret extrait du roman philosophique de Diderot, Jacques le fataliste, un des récits d’aventures galantes que fait le valet à son maître, sur lequel il fonde la trame narrative de son film, l’histoire d’une vengeance implacable. Madame de la Pommeraye, une jeune veuve, cède aux avances du marquis des Arcis, fieffé séducteur. Elle s’est refusée, il a insisté, elle a cédé, il s’est lassé.

Anouk Féral
Dovlatov affiche
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Dovlatov

Le cinéma littéraire, cet épouvantail décati contre lequel nous n’avons généralement plus besoin de lutter, a trouvé un allié de poids en la personne d’Alexey German Jr. La particularité du réalisateur, outre son identité slave portée en étendard et sa prestigieuse ascendance (comme son nom l’indique, c’est le fils de son père), est de concevoir des plans-séquences et des mouvements d’appareils ultrasophistiqués pour filmer des conversations, réglant comme au théâtre chaque entrée, sortie et interaction de ses personnages dans un cadre millimétré (appartement, bureau, parc public, etc.).

Michaël Patin
Le Temps des forêts affiche
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Le temps des forêts

Un film qui décrit l’intense industrialisation actuellement subie par la forêt française peut-il être captivant ? Oui, nous prouve François-Xavier Drouet qui a recueilli au cœur des Landes, des Vosges ou du Limousin les précieuses paroles de forestiers et d’acteurs de la « sylviculture ». On découvre ici tous les contours d’une gestion productiviste des forêts qui multiplie les champs d’arbres artificiels et heurte autant l’écosystème que la conscience des professionnels du secteur.

Damien Leblanc
Okko et les fantômes affiche
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Okko et les Fantômes

Il y a des fantômes (normal), des esprits taquins, du surnaturel dans tous les coins. Okko perd ses parents dans un accident de voiture, la voilà recueillie par ses grands-parents qui tiennent une auberge traditionnelle. Elle y sympathisera avec trois fantômes enfantins qui hantent l'endroit. Malgré son pitch surnaturel, Okko et les fantômes appartient à une école fondamentalement réaliste de l'animation japonaise : l'un des films du réalisateur Kitaro Kosaka était Nasu, un été andalou (2003), sur un coureur cycliste qui fait le Tour d'Espagne.

Sylvestre Picard
AFFICHE
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Ma Fille

En 1966, Denys de la Patellière portait à l’écran Le voyage du père de Bernard Clavel. Fernandel y incarnait un paysan qui, se rendant à Lyon pour retrouver sa fille censée travailler comme coiffeuse, découvrait qu’elle lui avait menti. Un film cher au cœur de Thierry Ardisson qui– dans ses habits de producteur endossés en parallèle de son costume noir d’animateur télé - cherchait depuis longtemps à en développer une nouvelle adaptation.

Thierry Chèze
AFFICHE
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Un nouveau jour sur Terre

Onze ans après, le réalisateur de La jeune fille à la perle se retrouve aux commandes de la suite d’Un jour sur Terre avec les mêmes intentions inattaquables – célébrer les splendeurs de la Nature aux quatre coins du monde avec le bestiaire le plus riche possible – agrémenté d’avancées technologiques qui rendent forcément le tout encore plus beau et spectaculaire.

Thierry Chèze
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Invasion

Des extra-terrestres prennent forme humaine pour envahir notre planète. Une poignée d’êtres humains sont choisis comme guides. Les autres se font déposséder de leurs concepts fondamentaux (famille, passé, peur, amour). Ce scénario vous dit quelque chose ? C’est que vous avez vu Avant que nous disparaissions, le précédent film de Kiyoshi Kurosawa, sorti en mars sur nos écrans. Invasion est la deuxième adaptation consécutive, par le même réalisateur, d’une pièce de Tomohiro Maekawa, inspirée du classique 50’s L’invasion des profanateurs de sépultures.

Michaël Patin
AFFICHE
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Sofia

Au Maroc, le fait d’accoucher d’un bébé hors mariage est encore de nos jours passible d’une peine d’emprisonnement d’un mois à un an. Cette information sidérante est au cœur de ce remarquable premier long métrage, où l’on suit la panique de d’une jeune femme de 20 ans qui, suite à un déni de grossesse, accouche d’un bébé alors qu’elle est encore célibataire. Une singulière course-poursuite s’engage alors : l’hôpital consent à lui accorder 24 heures pour fournir les papiers du géniteur avant de prévenir, en cas contraire, les autorités. Qui est ce père ?

Thierry Chèze
AFFICHE
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Shéhérazade

Du titre se dégage un parfum de conte d’Orient, de Mille et Une nuits, d’onirisme chamarré, idée rapidement douchée par les premiers plans. En faisant défiler les images d’archives historiques sur les strates migratoires à Marseille, Jean-Bernard Marlin instaure une facture naturaliste à Shéhérazade, confirmée par cet échange initial entre Zachary, 17 ans, et un maton, le jour de sa sortie de prison pour mineurs. Tandis que l’ado à la crinière léonine s’apprête à enfin humer l’air extérieur, le gardien lui lance un caustique « A bientôt ! ».

Eric Vernay
AFFICHE
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Whitney

Whitney Houston avait tout pour réussir : la plastique, la voix, l’héritage (sa mère, Cissy, connut son heure de gloire dans les 60’s ; sa cousine était Dionne Warwick). Mais elle avait aussi tout pour sombrer : la drogue, un mariage malheureux (avec le chanteur Bobby Brown, finalement moins toxique que bas de plafond), une fille à problèmes (Bobbi Kristina Houston, tragiquement décédée en 2015, trois ans après sa mère).

Christophe Narbonne
AFFICHE
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À la recherche d'Ingmar Bergman

C’est parce qu’Ingmar Bergman a un jour déclaré que Les Années de Plomb, de Margarethe von Trotta, était l’un de ses films préférés que la Fondation Bergman a demandé à la réalisatrice allemande de concevoir ce film commémoratif, tourné à l’occasion du centenaire de la naissance du génie suédois. Celle-ci a choisi une forme buissonnière, qui la voit musarder dans ses souvenirs personnels, partir à la rencontre de collaborateurs et fans célèbres, s’attarder sur des chapitres méconnus de la vie de Bergman… Le meilleur ?

Frédéric Foubert
Free Speech, paroles libres
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Free speech

Dans les traces de Laura Poitras (pour la thématique et les intervenants), et celles de Michael Madsen (pour l’esthétique et la mise en scène de soi), le jeune britannique Tarquin Ramsay, 23 ans, offre un documentaire didactique sur la notion de liberté d’expression. Tourné sur une période de cinq ans, Free Speech évoque les enjeux et l’importance de ce droit fondamental dans la société et met en exergue, via l’intervention de personnalités comme Julian Assange, Sarah Harrison, Jude Law ou Jérémie Zimmermann, les dangers qui le menace au XXIe siècle, ère de l’ultra-surveillance.

Perrine Quennesson