3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 6:12:00 pm

Une vérité qui dérange montre le combat d’un homme contre le réchauffement global. Seul, avec son ordinateur, il va de ville en ville, sillonne l’Amérique du Nord, l’Asie et l’Europe, montrant son «diaporama» à des groupes d’étudiants ou de citoyens inquiets. La conférence commence toujours par les mêmes mots: «Mon nom est Al Gore et je devais être le prochain président des États-Unis.» C’est l’unique intérêt du film: mettre en scène l’ex-futur président US, serial loser fascinant.

Gael Golhen
2
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 6:11:00 pm

Pour obtenir un papier qui leur permettra de rester ensemble, un garçon et une fille doivent traverser Cuba. Assez anodin, leur périple est ponctué de pauses dialoguées qui explicitent les dissensions familiales respectives de l’un et de l’autre. La conclusion est d’une telle candeur qu’on ne l’imagine même pas acceptable par les enfants de moins de 10 ans auxquels ce film s’adresse.

Gérard Delorme
3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 6:09:00 pm

Voiture de luxe renferme a priori tous les ingrédients du mélo pur et dur. Mais Wang Chao (L’Orphelin d’Anyang), qui dédie le film à ses parents, le teinte d’une subtile délicatesse et le double d’une critique acerbe sur les mutations de la société chinoise. (…) Voiture de luxe vaut pour la sensibilité avec laquelle le réalisateur saisit toutes choses: balançoire vide agitée par le vent, lumière éclairant un visage, cri d’un enfant venu au monde. Il laisse aussi se lever un éclair d’espoir final: oui, il existe des aires de repos pour existences saccagées.

Sophie Grassin
2
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 6:07:00 pm

Comment ne pas s’affliger de la manière dont Stone, cinéaste du cauchemar américain, restreint cet événement à une histoire de familles qui ont oublié de se dire «je t’aime»?

Nicolas Schaller
4
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 6:06:00 pm

Le Prestige semble d’abord voué à son tour de force esthétique, un exercice de style gothique consistant à marier passé et futur, bric-à-brac et technologie. Lyrisme sombre, réalisme brut: Nolan confirme après Batman Begins, son statut de styliste dark monstrueux. Chaque plan est un piège pour l’œil et conduit au bord de l’asphyxie visuelle. (…)

Gael Golhen
4
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 6:05:00 pm

Pour son premier long, Jean-Pierre Darroussin, acteur impeccable chez les autres et aujourd’hui chez lui-même, adapte Emmanuel Bove et signe un grand «petit film» sur le détachement. La révolution perso de Charles – notre ami, notre frère – ne renvoie à aucune idéologie. Juste à une autre attitude, singulière et cotonneuse, face à la grande comédie... Subtilement, Darroussin sculpte les paradoxes. S’attache au matériel, au concret (visages, gestes, rues de Paris…), pour mieux décrire un état de flottement intérieur qui froisse les frontières entre réel et songe.

Olivier de Bruyn
2
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 6:02:00 pm

Jean-Baptiste Grenouille, sa vie (né sous les étals, abandonné), son œuvre (mettre
au point le parfum ultime, tuer des rousses pour y parvenir)… Voici enfin l’adaptation du best-seller de Süskind par Tom Tykwer (Cours, Lola, cours). Si sa reconstitution d’un Paris suintant convainc dans la première heure, le film – trop littéraire avec cette voix off encombrante – se met vite à bégayer pour lentement sombrer dans le grotesque. Frustrant.

Mathieu Carratier
2
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 6:00:00 pm

Il y a seize ans, Renny Harlin réalisait 58 Minutes pour vivre. Aujourd’hui, il dirige un casting de chippendales dans ce film fantastique pour maternelles où des étudiants, sorciers à leurs heures perdues, affrontent un autre élève fermement décidé à détruire le monde (ou un truc dans le genre). À côté, Harry Potter passerait presque pour du Bergman.

Mathieu Carratier
4
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:59:00 pm

Plus inspiré que jamais lorsqu’il s’adonne à ses fantasmagories socialistes, Del Toro compose une fable tragique à l’imaginaire exalté et exaltant. On pense à Alice au pays des merveilles, forcément, mais aussi à l’intelligence métaphorique de Miyazaki quand l’onirisme s’empare soudainement du réel. Le festival de Cannes ne s’était pas trompé en convoquant sur la Croisette ce remarquable conte pour adultes. L’oublier au palmarèsprouve qu’il reste un peu de chemin à parcourir au cinéma de genre. Une étape que Guillermo Del Toro se fera sans doute un plaisir de brûler.

Mathieu Carratier
2
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:58:00 pm

Avec son ami François, Meaulnes recherche le domaine où il a rencontré une divine jeune fille... Des scènes raccourcies (le carnaval endiablé où les enfants prennent le pouvoir semble ici un vague pique-nique sans joie) ou supprimées; des personnages réduits ou évacués; la fin transformée: au sens strict de l’adaptation du plus beau roman français sur l’enfance et sa magie, le film est raté. Mais le scénariste Jean Cosmos a tenté autre chose: une métaphore de la vie d’Alain-Fournier, mort à la guerre en 1914.

Isabelle Danel
3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:57:00 pm

Rythme endiablé (forcément), dialogues qui ricochent, bande-son dont aucun titre (Madonna, Alanis Morissette) n’est laissé au hasard: Le diable s’habille en Prada ne serait qu’une de ces comédies américaines parfaitement calibrées si un bug aux cheveux argent et à la voix doucement menaçante n’avait infiltré cette machine trop huilée. En deux regards, trois mouvements, Meryl Streep propulse le matériau dans une tout autre dimension. Comme ses employés, on l’observe, pétrifié, en buvant chacun de ses mots. Avec elle, le papier est soudainement moins glacé. (Lire aussi page 90.)

Mathieu Carratier
3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:56:00 pm

Il y a tout pour exciter dans le dernier De Palma, à commencer par son sujet, qui cristallise la quintessence de la mythologie vénéneuse de Los Angeles. (…) Pourquoi la mayonnaise ne prend-elle alors qu’à moitié? Probablement à cause de l’héritage écrasant d’autres films proches mais indiscutablement supérieurs. De Palma n’arrive même pas à s’égaler lui-même lorsqu’il répète certains effets de signature.

Gérard Delorme
3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:54:00 pm

Alternant fausses pistes, contre-pieds et véritables rebondissements, Guillaume Nicloux aime, comme à son habitude, laisser planer le doute et jouer avec les nerfs du spectateur. Il y a du Hitchcock et du Shyamalan dans la manière qu’a cet encore jeune réalisateur de mettre en scène des histoires troubles sans trop en montrer, de travailler l’ambiance par d’imperceptibles illustrations sonores destinées à faire monter l’adrénaline. (…) Le paradoxe du film? Tant qu’il ne se passe rien, il se passe beaucoup de choses, et cela tient au talent du réalisateur et de son actrice principale.

Ghislain Loustalot
2
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:52:00 pm

Winky Wong, 6 ans, arrive en Hollande où son père a ouvert un restaurant chinois. La petite se prend de passion pour un cheval et apprend vite les mots nécessaires pour comprendre les autres et se faire comprendre d’eux… Ce joli conte naïf sur les voies difficiles de l’intégration s’adresse au jeune public et souligne que le chemin le plus escarpé est parfois celui qui sépare les parents restant dans leur culture de leurs enfants qui essaient d’en sortir.

Isabelle Danel
2
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:51:00 pm

Le premier long-métrage de Diego Rafecas, qui joue également Rafael, gravite autour de la spiritualité. Pourquoi croit-on? Lui-même disciple d’un maître zen, Rafecas s’est ironiquement octroyé le rôle du sceptique qui trouve des raisons à tout. Si Tomas s’est engagé dans cette voie, c’est, selon Rafael, parce qu’il est à la recherche d’un père – leurs parents ont été assassinés par la junte militaire. Le projet est ambitieux mais sa réalisation laborieuse. Le discours manque d’ambiguïté, les dialogues de simplicité et la mise en scène d’ampleur. Pas de miracle.

Christophe Narbonne
2
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:50:00 pm

Il y a encore vingt ans, ce genre de film aurait compensé la pauvreté de son scénario (des femmes sont tuées par le fantôme d’une nonne qu’elles ont noyée) par une bonne dose de sexe et de violence. Ici, il n’y a rien à voir, malgré la présence au générique de Brian Yuzna (Re-Animator 2), crédité comme producteur.

Gérard Delorme
2
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:48:00 pm

Toutes les conditions (plus un solide budget) étaient donc réunies pour faire de cette Flûte un grand film. Kenneth Branagh, s’était déjà attaqué à de périlleuses adaptations cinématographiques avec Shakespeare, et notamment Henry V et Beaucoup de bruit pour rien. On comprend ici la tentative de moderniser à tout prix pour atteindre un jeune public qui n’irait pas naturellement voir un opéra au cinéma.

Isabelle Danel
3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:47:00 pm

Avec La Faute à Fidel!, son premier film, Julie Gavras, qui adapte un roman de Domitilla Calamai, signe une chronique sensible qu’on imagine autobiographique: elle avait 11 ans lorsque son père, Constantin Costa-Gavras, tourna Missing. Toute l’œuvre de Costa, cinéaste politique, est traversée par le thème de la famille. Julie s’empare des mêmes sujets et les traite dans la subjectivité d’Anna, du point de vue de l’enfant perdue que, sans nul doute, elle fut. Filmé à la bonne distance, La Faute à Fidel!

Sophie Grassin
3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:45:00 pm

Deux ans après Mémoire d’un saccage, docu édifiant sur les mécanismes délétères ayant entraîné l’Argentine dans un chaos économique sans précédent en 2001, Fernando Solanas remet le couvert polémique et il a bien raison. Comment les citoyens lambda ont-ils survécu à l’horreur de la crise? Comment ont-ils résisté pour, au moins, ne pas perdre leur dignité? Avec pédagogie mais aussi (surtout) un regard humaniste qui fustige le misérabilisme, Solanas consigne des témoignages terribles. Filme la réalité amère de son pays. Signe un docu digne et nécessaire. Beau travail.

Olivier de Bruyn
4
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:44:00 pm

Comme son titre l’indique, ce documentaire animalier relate une grande bataille. Une armée de fourmis organisée à la manière des légions romaines marche en rangs serrés vers une termitière, puis en donne l’assaut. Préparatifs d’attaque et de défense, combats au corps à corps filmés à l’intérieur du tertre de terre brune, le réalisateur suit les protagonistes de ce drame au plus près (question récurrente: mais comment fait-il?) On n’a jamais rien vu d’aussi fort dans le genre.

Ghislain Loustalot
3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:43:00 pm

En exil à l’intérieur d’un appartement de Tel-Aviv, Chantal Akerman décide d’un plan fixe qui n’a rien d’iconique. Il montre l’homme d’en face occupé à soigner ses plantes ou à boire du Nescafé. En voix off, les réflexions de la réalisatrice sur sa condition d’enfant de la diaspora juive, son sentiment global de non-appartenance... Cinéaste de la quête des origines, Akerman signe un film au parfum lacanien où le spectateur doit réfléchir à ses côtés sur un pays ultrareprésenté.

Sophie Grassin
0
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:40:00 pm

Deux éléphanteaux, un chimpanzé et une girafe s’allient pour chasser de méchants chasseurs. Tout ce petit monde (en prises de vues réelles mais avec raccords approximatifs) parle mais, même familiale et destinée aux tout-petits, la comédie tourne court. En son temps, Patrick Bouchitey et sa bande faisaient des merveilles hilarantes avec La Vie privée des animaux. Nous en sommes loin ici.

Isabelle Danel
4 Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:35:00 pm

Dans L’Intouchable, Isild est Jeanne, une comédienne en quête de père, un Hindou qu’elle va chercher jusqu’à Bénarès. Benoît Jacquot suit Jeanne, colle à son sillage mobile. Et signe un beau film dépourvu d’effets, traversé par le sacré (le Gange, une petite sœur des pauvres recluse dans un monastère) qui, par le biais d’une étonnante intimité, devient un documentaire sur la très charnelle Isild Le Besco, prix de la meilleure jeune actrice au dernier festival de Venise.

Sophie Grassin
3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:31:00 pm

Décédé le 16 mai dernier, le journaliste Christophe de Ponfilly s’est battu pendant des années pour la cause afghane à travers des livres et des documentaires. Il lui a également consacré son unique film de fiction, inspiré d’une histoire vraie, sur les mésaventures d’un soldat russe enlevé et adopté par les moudjahidin. On devine ce qu’un tel sujet revêtait d’essentiel pour Ponfilly, attaché aux valeurs de tolérance et de droit international. Malgré des défauts évidents (voix off redondante, accents naïfs), L’Étoile du soldat brille par sa sincérité et son réalisme brut.

Christophe Narbonne
3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:29:00 pm

Comme dans Vive la République!, Éric Rochant trousse une comédie chorale sur un sujet de société, aidé au scénario par Mara Goyet, elle-même enseignante et auteur d’un livre rigolo et pertinent racontant son expérience, Collèges de France. (…) Malgré quelques baisses de rythme, L’École pour tous déride (souvent), touche juste et bénéficie surtout de la prestation d’Arié Elmaleh, frère de Gad et acteur protéiforme, qui semble pouvoir exercer ses talents dans tous les registres. C’est le bien qu’on lui souhaite… et qu’il mérite.

Arnaud Broche
3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:17:00 pm

Dix ans après avoir filmé les massacres perpétrés par l’armée rwandaise et les milices hutues, un journaliste repart à Kigali pour retrouver d’éventuels survivants. Réflexion sur le pouvoir des images et sur l’indifférence coupable de la communauté internationale, ce docu enregistre

Benjamin Mallet
2
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:10:00 pm

Film de prétoire comique, genre peu pratiqué et pas forcément judicieux, Jugez-moi coupable retrace le plus long procès de l’histoire américaine (c’est écrit au générique). En mafieux bas du front qui assure sa propre défense, Diesel carbure à la vanne. Son one-man-show arrache quelques sourires, tout comme son toupet poivre et sel. C’est dire où en est Sidney Lumet. Il y a trente ans, le cinéaste nous faisait passer Un après-midi de chien. Aujourd’hui, c’est plutôt «Un après-midi sur TF1».

Nicolas Schaller
4
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:09:00 pm

D’une intrigue aux prémices vaudevillesques et parisianistes, le cinéaste de Rien sur Robert glisse vers une farce fantastique où le bois de Vincennes prend des allures de forêt maléfique..(…) Dans Je pense à vous, comme toujours chez Bonitzer, chacun semble avancer à l’aveuglette. Chacun prononce des paroles qui tuent. Les objets se trompent de destinataires. Les protagonistes se trompent tout court, y compris sur eux-mêmes et sur les autres. (…) Charles Berling, Worms diabolique, plante ses banderilles avec délectation.

Sophie Grassin
3
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:08:00 pm

Élisabeth, 10 ans, va quitter le monde de l’enfance pour celui des adultes en croisant la route d’un fou égaré… Conte de fées tordu qui rappelle le Tideland de Gilliam, cette fantaisie où se mêlent le merveilleux et les peurs enfantines explore cet entre-deux de l’enfance où l’on joue encore à la poupée tout en pensant sérieusement à la mort. Parfois maladroit, flirtant avec les clichés, le film diffuse pourtant un charme indéniable grâce à la justesse des acteurs et à la mise en scène élégante d’Améris…

Gael Golhen
2
Critique Jeudi 04 Janvier 2007 5:05:00 pm

Un pitch pour magazine féminin («J’ai découvert ma bisexualité le jour de mon mariage»), un traitement à la Richard Curtis, le pape de la comédie romantique anglaise (scénariste de Quatre Mariages…; Coup de foudre à Notting Hill; Bridget Jones; et réalisateur de Love Actually): la recette était simple. Faute de bons ingrédients (acteurs fadasses, écriture approximative, situations comiques éculées…), la mayonnaise a vite fait de tourner.

Nicolas Schaller