1. Première
    par Thomas Baurez

    Sur les traces d’Eric Rohmer, Guillaume Brac filme des jeunes gens en fleur et les met à l’épreuve de leurs désirs et leur propre morale…

    Le titre fait Rohmer. Les deux court-métrages qui constituent ce programme long, un peu moins. Quoique. Il y a chez Guillaume Brac – dont le formidable documentaire L’île au trésor a emboîté le pas desdits films – la volonté comme son glorieux aîné d’explorer des territoires vierges de cinéma pour y jouer et déjouer les jeux de l’amour et du hasard. Dans le premier conte, « L’ami du dimanche » - distingué récemment du Prix Jean Vigo - l’île de loisir de Cergy-Pontoise voit un garçon tourner autour de deux jeunes filles en fleur qui réagissent différemment à ses assauts amoureux. Dans l’autre, «  Hanne et la fête nationale », la Cité Universitaire de Paris est également le théâtre d’une parade où une étudiante norvégienne à l’embarras d’un choix dont elle se serait bien passée.

    Guillaume Brac manie avec une troublante finesse le basculement de rapports de force entre des êtres engagés dans les voies du désir physique et cérébral. De la même façon que son long-métrage Tonnerre s’enfonçait dans une noirceur paranoïaque insoupçonnée, ces contes estivaux atteignent des points de rupture soumis aux lois d’attraction/répulsion. Dans le second opus du programme, c’est carrément un flash info évoquant les récents attentats de Paris qui vient replacer la violence du réel au centre des (d)ébats. La mise en scène aussi légère que précise rend parfaitement compte de ces directions faussement anodines. Les interprètes tous inconnu(e)s, ont la candeur d’une première fois et la force de ceux qui, pour autant, ne s’en laissent pas conter si facilement. Une complète réussite.

  2. Première
    par Eric Vernay

    Au départ, La saison du diable devait être un film noir. Mais Lav Diaz, choqué par les violences perpétrées par le shérif Duterte dans son pays, et plus généralement inquiet de la marche du monde symbolisée par l’accession de Donald Trump au pouvoir, s’est mis à composer des chansons engagées. 33 morceaux exactement. Le projet de polar s’est changé en « opera-rock », précisément en une épopée musicale de 4 heures sur les Philippines de Ferdinand Marcos - Une époque sanglante marquée par la torture, les crimes d’Etat et la loi martiale imposée au peuple par le dictateur corrompu, resté deux décennies au pouvoir, entre 1965 et 1986. Hélas, le film semble aussi interminable que cette ère encore controversée aujourd’hui. On y supporte de (très) répétitives complaintes, captées en de (très) longs plans fixes en noir et blanc. L’œil est d’abord happé par les compositions visuelles, prisons graphiques élaborées avec un grand objectif 9:8, et dont les bords ont été rabotés en 4:3 pour en augmenter le pouvoir anxiogène. Quelques visions surréalistes surprennent ça et là, amorçant les bribes prometteuses d’un poisseux cauchemar fantastique. Mais la monotonie gagne presque instantanément ce film-concept à l’austérité harassante. Dès les premières notes du musical, en réalité. Car la dénonciation de la gangrène fasciste, plus pataude qu’inspirée malgré le soin que porte le réalisateur à en présenter les différents masques, n’est jamais illuminée ou déréglée par l’interprétation des chansons : psalmodiées in extenso et a capella, elles demeurent désespérément atones. La bonne nouvelle dans tout ça, c’est que la purge diazienne ne dure qu'une saison. La mauvaise, c’est qu’elle semble durer le triple.

  3. Première
    par Thierry Chèze

    C’est l’histoire d’une fuite en avant dont on devine dès le départ qu’elle va droit dans le mur. La chronique d’une tragédie annoncée. Celle d’un jeune et charmant Iranien installé au Danemark où il travaille comme déménageur. En tout cas le jour puisque ses nuits, il les consacre à une autre quête : séduire des Danoises en espérant qu’une veuille l’épouser et lui permettre d’obtenir ce permis de séjour qui le protègerait d’une expulsion qu’il devine certaine à plus ou moins terme. Jusqu’au jour où il tombe amoureux d’une étudiante d’origine iranienne et qu’il se retrouve alors au coeur de cette communauté de Persans de la classe supérieure qu’il avait d’abord évitée. A juste titre puisque cette fréquentation ne fait que renforcer la nostalgie de son pays et son mal-être. Tout à la fois drame passionnel, suspense et film social, ce premier long métrage de l’iranien Milad Alami (installé depuis 10 ans au Danemark) est dominé par un sentiment de noirceur étouffant qui en fait sa force mais aussi ses limites. Quand le cinéaste donne parfois l’impression de faire traîner les choses en longueur pour en rajouter dans cette spirale infernale. Des petits défauts qui n’empêchent pas de saluer ces débuts de haute tenue.

  4. Première
    par Anouk Féral

    Rom’ com’, thriller amoureux ou trip halluciné, l’ovni burlesque C’est qui cette fille ? ne choisit pas, fondant les genres pour un résultat radicalement loufoque. Pure émanation de la scène indé newyorkaise, le film suit une hôtesse de l’air américaine en escale à Paris. Après une nuit avec Jérôme (Damien Bonnard, super en goujat moustachu), Gina, sorte de Barbie abreuvée de comédies romantiques (Lindsay Burdge), décide de rester pour lui. Il n’en veut pas, elle va donc le harceler. De Paris, telle une touriste frappadingue, Gina ne veut voir que Jérôme. Une obsession bien rendue par Sean Price Williams, chef op’ de Good Times qui nimbe la capitale d’un halo féérique à la Douglas Sirk, soulignant l’inquiétante obsession de Gina. Tel un blob amoureux, elle s’infiltre, coûte que coûte. Fallait pas l’embrasser.

  5. Première
    par Thierry Chèze

    Repéré avec L’aurore boréale, beau court réunissant Ana et Hippolyte Girardot, Keren Ben Rafael réussit son passage au format long avec ce singulier récit initiatique centré sur Lana, une ado de 16 ans étouffant dans la station balnéaire israélienne où elle vit tant tout n’y semble qu’immobilisme et résignation. Jusqu’au jour où la rumeur d’une sirène évoluant dans les parages va sortir ce petit monde de sa torpeur. Y compris les plus incrédules comme Lana. Entre réalisme trivial et fantastique fantasmé, la cinéaste a choisi ici… de ne pas choisir. Ce qui permet à ce portrait d’ado rebelle de transcender le cahier des charges de ce genre de films (relation conflictuelle avec sa mère, désir de perdre sa virginité au plus vite…) jusqu’à une conclusion très subtile. Le tout porté par l’énergie de son interprète principale, Joy Rieger.

  6. Première
    par Gérard Delorme

    Comme dans l’impressionnant Black coal, dont Une pluie sans fin reproduit la même ambiance poisseuse, le contexte industriel provincial au tournant du millénaire sert de décor à une enquête sur une série de meurtres de prostituées. Deux autres films ayant servi de modèles (Seven et Memories of murder), il devient vite évident que l’enjeu n’est ni le suspens (la lenteur délibérée servant à faire partager l’effet de lassitude et de désespoir), ni la résolution : on sait qu’il n’y en aura pas.

    Le réalisateur et ancien chef-opérateur Dong Yue reconstitue l’effondrement d’une Chine provinciale dont les habitants sont représentés comme des zombies anonymes, leurs visages disparaissant sous les capuches dans un plan impressionnant qui a servi pour l’affiche. Tous dépendent de l’usine dont la fermeture imminente les condamne au chômage. Le tueur symbolise la cause insaisissable de ce chaos programmé. Mais à la différence de Jia Zhangke, qui observe la Chine contemporaine avec ce qu’elle a de nouveau (pour le meilleur ou pour le pire, peu importe), Dong Yue propose une vision délibérément pessimiste en ne montrant que ce qui disparaît. Autrement dit, on sait ce qu’on perd, c’était moche et monstrueux, mais on ne sait pas ce qui va y succéder. Pendant deux heures, la bande-son diffuse le bruit ininterrompu de la pluie, si bien que lorsqu’elle s’arrête, c’est un soulagement. Alors, la neige se met à tomber. Au spectateur de décider si c’est un progrès ou non.

  7. Première
    par Sylvestre Picard

    Un film d’action/SF en huis clos plus satisfaisant par son casting et son parfum nostalgique que par son body count.

    Il est amusant de constater comment parfois certaines idées tordues circulent dans le zeitgeist de la série B hollywoodienne : en l'occurrence, le concept rigolo d'un hôtel clandestin où malfrats et assassins peuvent se soigner en toute discrétion est l'idée fondamentale aussi bien de John Wick que de cet Hôtel Artemis. Premier film de Drew Pearce, co-scénariste d'Iron Man 3, cet Artemis-là n'est pas un film d'action sec et stylisé à l'instar de l'actioner avec Keanu Reeves. Pearce choisit plutôt de mitonner un huis clos sanglant dans un décor de science-fiction toute proche, au coeur d'un Los Angeles en flammes où des émeutes grondent.

    Casting cinq étoiles

    A part une bonne scène de massacre vers la fin, ce n'est pas côté tatane qu'Hôtel Artemis nous réjouit. Non, son gros point fort, c'est son casting parfaitement génial de bout en bout (Sterling K. Brown de This is Us en pleine voie de starification programmée, Dave Baustita, Sofia Boutella, Zachary Quinto, et Jodie Foster et Jeff Goldblum pour encadrer ces p'tits jeunes) que Pearce prend plaisir à enfermer entre quatre murs pour se trahir et s'entretuer. Fortement vieillie par maquillage pour l'occasion, Jodie Foster est évidemment le pivot d'un film plus cool et nostalgique que véritablement bourrin. Un pivot qui porte sur ses épaules le poids d'une lourde faute, et qui tient le coup à l'aide de whisky frelaté dans le gosier et de Neil Young dans les oreilles. On vous a dit qu'elle était formidable ?
     

  8. Première
    par Damien Leblanc

    Ce premier long métrage dévoile un Éric Judor particulièrement émouvant en père de substitution.

    Plus encore qu’un savant art du twist, le premier film de Julien Guetta manie tout au long de son récit de sensibles et inspirées ruptures de ton. L’histoire d’Alex, dépanneur automobile qui travaille dans le garage de sa mère, démarre comme une comédie générationnelle haute en couleur sur un « adulescent » contraint de passer ses journées à bord de sa dépanneuse. Vive et enlevée, la narration dessine un amusant personnage de quadra immature. Puis, le destin d’Alex bascule vers un registre plus mélodramatique quand ce grand égoïste se retrouve contre toute attente avec trois enfants abandonnés sur les bras. D’abord obsédé par sa tranquillité, notre héros se voit peu à peu acculé et poussé dans ses retranchements.

    De plus en plus poignant

    Au fur et à mesure que le protagoniste évolue sous nos yeux, le film pénètre à son tour un terrain cinématographique de plus en plus social et poignant. Toujours rythmé et lumineux (la photo diurne maintient constamment le récit dans une atmosphère estivale), le projet change pourtant d’ampleur en traitant les motifs de la famille et de la filiation de manière bien plus directe que prévu. Et cette aventure de finir, grâce à sa remarquable direction d’acteurs, par tordre le ventre et serrer le coeur. Au sein de cet équilibre miraculeusement trouvé entre rire et larmes, Éric Judor excelle et surprend. La quête d’Alex paraît en effet progressivement devenir celle du comédien, capable ici d’assumer le drame et d’exprimer sa sentimentalité dans des proportions jusqu’alors inédites.

  9. Première
    par Gaël Golhen

    A l’heure des suites en pagailles que balancent constamment les studios ; au moment où n’importe quel film Marvel ou Star Wars a immédiatement droit à sa sequel, rien que de très logique à ce que Thomas Riedelsheimer livre la suite de son documentaire superbement minéral Rivers and Tides qui nous faisait pénétrer l’esprit et l’art d’Andy Goldsworthy et devenait plus qu’un doc, une véritable expérience spirituelle et méditative. Pour ceux qui auraient raté le premier opus, précisons que Goldsworthy est un as respecté de l’art contemporain, mais un « sculpteur » d’un type un peu particulier.

    En plus de trente ans d’activité, cet artiste environnementaliste, cet architecte druidique, a fait peindre des moutons (avec leurs sabots), imaginé un mur de pierre sèche serpentant entre les arbres du Storm King Art, créé des paysages et joué avec la glace, la neige, les rivières le vent. Son matériau, c’est la nature qu’il sculpte, travaille, ordonne. Depuis toujours.

    D’ailleurs, 17 ans après Rivers and Tides, les choses ont changé mais tout est resté identique. S’il collabore désormais avec sa fille, son art reste le même, ancré dans le vivant. Il imagine ses œuvres spéciales avec ce qu’il trouve sous sa main ou ses pieds (on le voit recouvrir un morceau d’arbre de feuilles roussies par exemple). S’il voyage plus qu’avant, et s’il joue désormais avec des décors urbains, on le voit plus souvent au cœur des forêts ou sur des glaciers dont il déplace les boulders. C’est toujours aussi beau, toujours aussi émouvant de le voir à l’œuvre. Mais la différence avec Rivers and tides, tient surtout dans le dialogue nourri avec le cinéaste. On découvre l’intimité de l’artiste, ses questionnements créatifs et surtout sa pensée, animiste et environnementaliste, dont l’urgence est de plus en plus évidente. Au fond, la nature de son œuvre, c’est la Nature elle-même. Et vu ce que l’homme lui fait subir aujourd’hui, l’art de Andy Goldsworthy semble cruellement nécessaire. Avec la découverte d’un artiste génial, c’est l’autre mérite de ce doc que de nous le rappeler.

  10. Première
    par Christophe Narbonne

    Auteure d’une œuvre éclatée et exigeante, Patricia Mazuy signe avec Paul Sanchez est revenu ! un thriller atypique dans lequel l’atmosphère oscille entre tension pure et situations absurdes. Zita Hanrot y incarne une jeune gendarme obsédée par la traque d’un tueur qui aurait été aperçu dans le sud-est, dix ans après y avoir massacré sa famille. Laurent Lafitte campe ce psychopathe présumé, errant dans la ville et dormant à flanc de colline. Est-ce vraiment lui ce Paul Sanchez dont toute la région parle ? Marion en est persuadée et va mener l’enquête avec un journaliste locale avide de scoops… La première partie du film fonctionne à peu près, le mystère s’installe, la tension monte. Puis, patatras ! Incapable de tenir la distance, la réalisatrice peine à boucler son histoire qui part à vau-l’eau, à l’instar de son héroïne dont l’instabilité croissante est aussi peu crédible que le dénouement flirtant avec le grand-guignol.

  11. Première
    par Thierry Chèze

    Cette adaptation d’un roman pour ados signé Emily M. Danforth nous entraîne en 1993 au coeur des Rocheuses à l’intérieur d’un singulier centre chrétien chargé de « guérir » de jeunes ados de leurs penchants homosexuels pour leur faire retrouver la voie de l’hétérosexualité. On y suit la jeune Cameron - dont le seul crime a été de tomber amoureuse d’une autre fille - et ses camarades d’infortune dont on piétine ainsi sans vergogne les premiers élans du cœur. Récompensée du Grand Prix du Jury lors du dernier festival de Sundance, Desiree Akhavan réussit à installer le cadre de son récit sans mièvrerie et ne circonscrit jamais ses différents personnages à de simples figures archétypales. Seulement une fois passée une entrée en matière convaincante, son film peine à changer de braquet : les situations ont tendance à se répéter et l’action à faire du surplace. Et sans jamais susciter l’ennui - grâce aux compositions plus que convaincantes de son casting, emmené par une impeccable Chloë Grace Moretz – ce Come as you are tire cependant trop à la ligne pour convaincre pleinement.

  12. Première
    par Sylvestre Picard

    Un soir comme les autres au standard téléphonique de la police de Copenhague. Asger, un flic costaud, reçoit appel après appel jusqu'au moment où... Où on va s'arrêter là puisque The Guilty est le genre de film malin qui réserve son lot -fort conséquent- de surprises. Un petit film au parfum high concept, car on ne quittera jamais les deux pièces foides du commissariat, toute l'action passant par Asger, et ses appels téléphoniques incessants. Ce n'est pas qu'une posture un peu chic de premier film qui fait tout pour se la ramener : The Guilty est aussi bien écrit qu'extrêmement soigné techniquement, avec un travail sur le son notamment remarquable, et fournit l'une des clefs du film en imposant au spectateur de composer une géographie mentale. Mais au fond The Guilty passe en fait 1h25 à patiemment construire puis déconstruire un personnage de flic complexe et fouillé, touche par touche, mot par mot, nuance par nuance. L'épatant Jakob Cedergren (vu dans Submarino de Thomas Vinterberg ou Antigang avec Jean Reno) incarne ainsi avec mille nuances -sa voix, son regard, sa façon d'enlever et de remettre son kit mains libres, voire même le geste de ses doigts sur un clavier- un héros constamment frustré par son désir d'action. Sa frustration, au fur et à mesure des appels, des coupures de réseau et des interruptions, alimente la dynamique inquiétante et brisée du film. The Guilty devient, en creux, l'histoire fondamentalement tragique de l'échec d'un héros.

  13. Première
    par Michaël Patin

    L’histoire débute en 2011 à Damas dans un taxi partagé ; Nahla (Manal Issa) regarde la ville, perdue dans ses pensées ; les autres passagers lui demandent de fermer la vitre – il pleut, ils ont froid – mais la jeune femme refuse ; l’air sur son visage lui plaît, elle a besoin de respirer. Cette séquence semble placer Mon Tissu Préféré sur les rails du cinéma arabe tel qu’on le connaît, ceux de la chronique sociale et du récit d’émancipation. Un cinéma que Gaya Jiji s’attache à déconstruire dans ce premier film tourné en exil, alignant les métaphores trop claires (le magasin de vêtements s’appelle Oxygen, le tissu du titre est celui d’une robe de mariage arrangé) pour mieux les faire sortir de leurs gonds. A la guerre civile qui gronde au dehors, la réalisatrice oppose celle qui travaille la chair de son anti-héroïne. Ses rêves et ses colères ne sont pas ceux du peuple syrien, ce sont les siens, intimes et entêtants ; à l’inverse, son environnement quotidien (l’appartement qu’elle partage avec sa mère et ses deux sœurs, le bordel situé à l’étage supérieur) est un espace mental, qui se distord au gré de ses humeurs. Il y a sans doute trop d’ambitions mêlées dans ce film, trop de pistes brouillées pour défaire les poncifs, mais on admire sa liberté de ton et son goût pour le beau-bizarre, qui redonne du souffle à la coming-of-age story. Le film s’achève sur une image de la jeune femme en sorcière, flottant seule au-dessus du monde, trop opaque pour lui servir de porte-parole. Un autre cinéma arabe est possible, en voici la preuve aussi instable qu’étincelante.

  14. Première
    par Christophe Narbonne

    Zonca signe un film chaotique mais passionnant, dominé par la composition bigger than life de Vincent Cassel.

     

    Serait-ce le passage de la cinquantaine ? Après Gauguin – Voyage de Tahiti et avant Le monde est à toi, deux films dans lesquels il assume son âge en exagérant le trait (fatigué), le flamboyant Vincent Cassel est méconnaissable dans ce polar du revenant Erick Zonca : légèrement bossu, le cheveu gras, la barbe sale, les yeux bouffis, il campe un commandant de police alcoolique et cradingue (François Visconti, quel nom !) à côté duquel les antihéros dépressifs d’Olivier Marchal feraient presque figure d’anges. Cassel bouffe l’écran quitte à en devenir l’objet principal et à reléguer le reste au second plan. C’est la singularité, assumée, d’un film mal aimable dans lequel tout le monde tire la gueule et porte un masque plus ou moins opaque : celui de la mère en souffrance pour Kiberlain (elle a signalé la disparition de son fils sur laquelle va enquêter Visconti) et celui du voisin envahissant pour Romain Duris (l’ex-prof particulier du disparu).

     

    Ambigu à souhait

    Comme Marchal, mais en moins caricatural, Zonca privilégie les récits basés sur les personnages au détriment de l’intrigue, un peu flottante -certaines pistes narratives comme la plongée du fils de Visconti dans le trafic de drogue ne sont pas résolues. Le risque de décrochage est grand mais la relation de plus en plus complexe entre Cassel et Kiberlain nourrit une fascination croissante pour ce polar brinquebalant dont le dénouement, assez vertigineux, vient à point nommé récompenser le spectateur assidu.

  15. Première
    par Elodie Bardinet

    Après le cliffhanger d’Infinity War, on souffle un peu avec cette comédie ponctuée de scènes d’action originales.

    Les sériephiles connaissent ça par cœur : après un épisode tendu se terminant par un cliffhanger, le suivant digresse, parlant totalement d’autre chose, tenant en haleine le spectateur jusqu’à celui d'après, qui, enfin, offre des explications. Ant-Man et la Guêpe, c’est exactement ça, transposé au cinéma : une parenthèse amusante et estivale, qui sort juste après le twist frappant d’Infinity War et qui ne fait le lien avec sa suite, Avengers 4, qu’à la toute fin de son histoire.

    Depuis dix ans, les créateurs du Marvel Cinematic Universe ne cachent pas leur envie de construire leur saga comme une énorme série cinématographique à gros budget, proposant deux ou trois films par an et alternant entre "origin stories" (Iron Man, Doctor Strange, Captain Marvel à venir…), aventures en solo de personnages découverts en groupe (Spider-Man : Homecoming, Black Panther…) et réunions de super-héros (tous les Avengers et Captain America : Civil War). En dix ans, la franchise chapeautée par Kevin Feige est devenue une machine bien rodée et l’on retrouve aussi bien ses qualités que ses défauts dans Ant-Man et la Guêpe, qui apparaît d’emblée comme un épisode mineur. N’y voyez pas de jugement négatif, puisque le premier film, déjà réalisé par Peyton Reed et porté par Paul Rudd et Evangeline Lilly était déjà imaginé comme cela : une comédie aussi petite que son héros au sein de la franchise Marvel, mais présentant des personnages sympathiques à force de blagues et de missions du quotidien accomplies avec brio, le tout enrobé de jolies scènes d’action.

    Dans cette suite, on retrouve donc Scott/Ant-Man avec un bracelet électronique, deux ans après son arrestation à la fin de Civil War. Il n’a pas le droit de sortir de chez lui sous peine d’être arrêté, et tente de divertir sa fille en inventant des jeux inspirés de son expérience de super-héros sans mettre le nez dehors. Evidemment, tout ne va pas se passer comme prévu : Hope/la Guêpe va le kidnapper plus ou moins contre son gré pour qu’il l’aide à retrouver sa mère, Janet, qui était la Guêpe originale et a disparu dans le Quantum Realm (monde quantique) trente ans auparavant. Ils croiseront sur leur route des adversaires ayant trop peu de consistance pour être convaincants (Walton Goggins en Sonny Burch, Hannah John-Kamen en Ghost) et pourront aussi compter sur des alliés attachants : Luis (Michael Pena) et ses copains ou Hank Pym (Michael Douglas, le papa de l'héroïne). Une fois ces bases installées, c’est parti pour deux heures de comédie d'action globalement bien pensée. Mention spéciale à la course poursuite survoltée dans les rues de San Francisco, qui, en plus de donner envie de visiter la ville (Reed filme son côté "carte postale" avec panache), déborde d'inventivité : les héros ne cessent de changer de taille pour échapper aux méchants et la Guêpe peut enfin piquer la vedette à son associé. Le tout entrecoupé de répliques qui font souvent mouche (Pena, véritable moulin à paroles, est notamment très drôle). La recette de Marvel fonctionne à nouveau, quitte à tomber parfois dans le cliché : le coup du costume cassé, on le connaît par cœur, et celui du méchant jetable aussi.

    Ant-Man et la Guêpe est un divertissement efficace, porté par un casting rodé à la comédie, qui s’amuse visiblement beaucoup tout en respectant les codes de Marvel. Dommage que les réflexions sur le binôme/couple féminin-masculin du titre soient tout juste effleurées (la relation père-fille, bien que secondaire, est mieux traitée) et que le Quantum Realm soit si peu exploré. On sent bien que ce sera un élément important d’Avengers 4, mais c’est assez frustrant de sentir que l’équipe ne nous dévoile qu’une partie de son fonctionnement pour conserver le mystère jusqu'au blockbuster final. Qui plus est sans prendre aucun risque : visuellement, c'est un mélange des effets de kaléidoscopes de Doctor Strange et de l'univers coloré des Gardiens de la Galaxie Vol. 2. Au final, même si l’on se prend au jeu et que l’ensemble est rafraîchissant, on ne peut s’empêcher de penser à la suite, les cendres des Avengers restant dans un coin de notre tête pendant qu’on assiste à cet épisode sympathique à souhait, mais sans grand enjeu. Ah, et depuis quand le studio tease-t-il le plan final du film -celui de la deuxième scène post-générique- au cœur de la bande-annonce ? Alors oui, l’image est rigolote, mais c’est raté pour l’effet de surprise…

  16. Première
    par Thomas Baurez

    Le cinéma de l’argentine Lucrecia Martel, reconnu dans le monde entier (La Ciénaga, La Nina santa, La femme sans tête…) ausculte avec une âpreté matinée d’une sensualité troublante, les doutes d’hommes (un peu) et de femmes (surtout) sur le point de s’ébranler. Il y a chez elle, l’idée d’un mouvement sans cesse retardé mais dont l’inertie fragile va entraîner une implosion (La Ciénaga), un éveil au monde (La Nina Santa) voire un effacement soudain (La femme sans tête). En se plaçant volontairement avant que les choses ne bougent vraiment, les films de Lucretia Martel peuvent être jugés mal aimables voire carrément austères. Paradoxalement, c’est cette force contenue qui en fait toutes leurs richesses dévastatrices. Autant dire que les fans (n’exagérons rien !) attendaient avec une impatience non dissimulée ce

    Zama, autour de la figure peu héroïque d’un fonctionnaire attaché à la couronne d’Espagne à la fin du 18ème siècle, perdu dans une colonie d’Amérique Latine à mille milles de toutes terres habitées, donc loin du théâtre des opérations et de sa famille. L’homme rêve de Buenos Aires et attend une mutation sans cesse ajournée. On a ici le prototype même du cinéma de Martel, et pourtant, nous voici avec une caricature qui se repait d’elle-même et n’a dès lors plus rien à offrir que des certitudes vaines. Penser, par exemple, que ce personnage falot qui domine cette histoire de sa pesanteur en solitaire peut suffire à entretenir une tension, est illusoire. Cette volonté pénible de faire de l’immobilisme du protagoniste le programme de tout le film se retourne contre lui. Dommage, car lorsque le cadre s’élargit pour accompagner le départ tant attendu du héros, les fulgurances de la mise en scène (qui évoquent le James Gray de The Lost City of Z) font regretter que le film n’ait pas « débuté » plus tôt....

  17. Première
    par Perrine Quennesson

    « C’est l’avantage de la terre battue, écrivait Serge Daney, elle crée de la fiction. ». Dans son étonnant documentaire, Julien Faraut mélange les genres et les sujets. En reprenant les images de Gil de Kermadec, pionnier du « cinéma d’instruction », et, parfois, les mots de celui qui fut rédacteur en chef des Cahiers du cinéma et chroniqueur tennis pour Libération, le réalisateur dresse un portrait à la fois méticuleux et drolatique de l’ancien n°1 mondial et grand colérique, le John McEnroe de 1984. Narré par la voix amusée de Mathieu Amalric, L’empire de la perfection glisse de la figure du tennisman à l’idée beaucoup plus conceptuelle de la précellence ou, du moins, du drame de sa vaine recherche. Et le cinéaste de lever le voile de la stratégie dissimulée sous le spectacle. 

  18. Première
    par Yal Sadat

    C'est presque un cliché, vieux comme Shock Corridor ou Vol au-dessus d'un nid de coucou : le héros se retrouve interné dans un asile psychiatrique alors qu'il est a priori sain d'esprit, puis entre dans un engrenage brouillant les frontières entre raison et folie. Sauf que Steven Soderbergh tire de ce canevas confortable une expérience retorse dont le spectateur, doucement “encamisolé”, est en fait le principal jouet.

  19. Première
    par Yal Sadat

    C'est presque un cliché, vieux comme Shock Corridor ou Vol au-dessus d'un nid de coucou : le héros se retrouve interné dans un asile psychiatrique alors qu'il est a priori sain d'esprit, puis entre dans un engrenage brouillant les frontières entre raison et folie. Sauf que Steven Soderbergh tire de ce canevas confortable une expérience retorse dont le spectateur, doucement “encamisolé”, est en fait le principal jouet.

  20. Première
    par Christophe Narbonne

    « Entre nous, est-ce que j’ai une tête de traître ? », s’interroge Patrick Chesnais, vaguement soupçonné d’être celui qui aurait donné Che Guevara des décennies auparavant. Et le film de dessiner poussivement, entre les quatre murs d’un appartement, le portrait d’un vieux révolutionnaire à coup de répliques historico-philosophiques assommantes et d’humour décalé ringard (le singe comme conscience du héros, les déclarations face caméra). Reste Patrick Chesnais, toujours aussi délicieusement à côté de la plaque.

  21. Première
    par Sylvestre Picard

    Un ado et son grand frère (Alex Pettyfer, avec un rôle enfin à la hauteur de sa présence physique) errent dans l'arrière-pays américain, laissant derrière eux un drame sanglant. The Strange Ones est un tout petit film (quatre-vingt minutes bien taillées), aux dimensions esthétiques et thématiques semblables à un épisode contemporain de La Quatrième dimension : beaucoup de non-dits, de mensonges, de suggestions, de parano et de hors champ. Mais les détours pris par The Strange Ones se révèlent extrêmement payants quand les pièces du puzzle mental échafaudé par les cinéastes débutants Lauren Wolkstein et Christopher Radcliff (elle a produit beaucoup de courts métrages, il a fait beaucoup de montage) se mettent enfin en place. Un tout petit film, oui, mais un vrai petit cauchemar bien troussé.

  22. Première
    par Frédéric Foubert

    Matteo Garrone rejoue l’histoire de David et Goliath dans un coin d’Italie délabré. Impressionnant.

     

    Qui est l’« homme-chien » du titre du nouveau film de Matteo Garrone ? Est-ce Marcello, le toiletteur pour canidés, tellement affable et serviable qu’il se met à plat ventre dès qu’on le rosse ou qu’on lui donne un ordre ? Ou serait-ce plutôt Simoncino, la brute épaisse, le molosse qui détruit tout sur son passage et gobe des petits sachets de coke comme un toutou avale ses su-sucres ? Garrone entretient le flou tout au long de cette fable sur la loi du plus fort et la bestialité tapie en chacun de nous (inspirée d’un fait divers ultra-violent qui avait défrayé la chronique italienne à la fin des années 80), mais ne se rengorge jamais face à la polysémie vertigineuse de sa métaphore canine. Dogman est au contraire superbement dégraissé, à l’os, sans un plan ou une idée de trop.

     

    Théâtre antique

    La puissance farcesque du film est extraordinaire, en grande partie grâce à la trogne hallucinante de Marcello Fonte (le petit toiletteur), magnifique « visage antique » (comme dit Garrone) faisant ressurgir par son expressivité bouleversante toute une Italie fantasmatique et oubliée. L’autre coup de génie du film, c’est le lieu de l’action, cette station balnéaire en ruines, qui démontre à nouveau le talent « topographique » de l’auteur de Gomorra, et qui tient autant du théâtre antique que du décor de western. Un îlot d’humanité désolée où l’on tourne en rond, sans échappatoire ni horizon, et où s’infiltre un vent glacé échappé des bouquins de Jim Thompson ou des meilleurs Coen. Le souffle des grands films noirs.

  23. Première
    par Anouk Féral

    A la mort de leur père, Alice retrouve son frère Joe. La ferme familiale est en jeu, les tensions éclatent autour de l’héritage. Clio Barnard (Le géant égoïste) s’empare sans sentimentalisme de ce marronnier des crispations familiales qu’elle situe dans le Yorkshire agricole. Une terre dont elle vient et qu’elle filme admirablement. Si la difficile relation sœur/frère, deux asociaux, est l’épine dorsale du film, on retient surtout l’atmosphère étouffante de cette campagne belle et pourtant âpre. La cinéaste croise en filigrane l’idée du corps d’Alice (Ruth Wilson) injustement colonisé dans l’enfance par un père incestueux, avec cette terre que des promoteurs veulent arracher aux éleveurs. Tels deux animaux tout droits sortis d’un onirisme rural à la Brontë, la sœur et le frère se guettent, se battent et se rebiffent, tantôt l’un contre l’autre, tantôt l’un avec l’autre.

  24. Première
    par Sylvestre Picard

    L'islandais Baltasar Kormákur a prouvé son efficacité avec quelques thrillers hollywoodiens relaxants (Contrebande2 GunsEverest). Le voilà embarqué dans une histoire (vraie) de naufrage où le couple Shailene Woodley et Sam Claflin se retrouvent perdus en plein Pacifique, à la merci de la famine et de la noyade. Aventure et romance sont dans un bateau : A la dérive coche toutes les cases du survival aquatique, mais avec beaucoup de métier (Kormakur avait déjà exploré le genre dans Survivre) et une belle idée de montage alterné (jusqu'à un twist final joliment déceptif) qui relance l'intérêt du film dans les temps morts. Shailene Woodley, également productrice du métrage et présente à chaque image, affronte avec une crédibilité époustouflante les nombreuses épreuves du film.

  25. Première
    par Christophe Narbonne

    Deux frères, anciennes gloires de la scène rock indé, vivent désormais reclus sur une île, pansant tant bien que mal leurs blessures : Rocco est gravement cardiaque et dépressif, Eddy ne parle plus. Il faut pourtant continuer à vivre pour Simon, le fils de Rocco… Doloriste au possible, ce premier film souffre d’un manque de hauteur et de nuances qui le rend par moments ridicule. Il n'est pas aidé par le jeu des acteurs, totalement en roue libre.

  26. Première
    par Eric Vernay

    L’île de loisirs de Cergy-Pontoise n’est pas un terrain vierge au cinéma : en 1987, Eric Rohmer y tournait L’ami de mon amie. Si L’île au trésor nourrit bien une filiation géographique avec le dernier volet du cycle Comédie et Proverbes, c’est surtout dans le marivaudage des Contes de juillet du même Brac (en salles le 24 juillet) que la patte rohmérienne se fait le plus ressentir. Mais revenons sur L’île. C’est dans cette oasis cerclée par l’Oise que les habitants de la banlieue parisienne et des alentours viennent s’offrir une parenthèse oisive. On y croise des gens de conditions sociales et ethniques variées. Qu’ont en commun ces gamins en pleine incruste illégale avec ce prof retraité cherchant difficilement à sortir de sa solitude, ces ados flirtant sur des flyboards et ce couple d’immigrés afghan au passé douloureux, les souvenirs tourmentés de ce veilleur de nuit guinéen et les sourires radieux de cette famille philippine ? Brac tisse un lien secret entre eux, sans commentaires. Les blocs de temps s’agrègent organiquement, dessinant, telles les pièces d’un puzzle impressionniste, un territoire pacifié, presque utopique. Ça et là, on reconnait un personnage déjà présenté auparavant, au détour d’un second plan, d’une remarque. C’est le cas de l’attachant playboy Jérémy, Dieu du pédalo pour qui tout parait "magique". Son insouciance, déjà gâtée par la mélancolie d’un Eden en voie d’obsolescence, donne à ce documentaire choral alternant rires et spleen sa belle note douce-amère.

  27. Première
    par Eric Vernay

    L’île de loisirs de Cergy-Pontoise n’est pas un terrain vierge au cinéma : en 1987, Eric Rohmer y tournait L’ami de mon amie. Si L’île au trésor nourrit bien une filiation géographique avec le dernier volet du cycle Comédie et Proverbes, c’est surtout dans le marivaudage des Contes de juillet du même Brac (en salles le 24 juillet) que la patte rohmérienne se fait le plus ressentir. Mais revenons sur L’île. C’est dans cette oasis cerclée par l’Oise que les habitants de la banlieue parisienne et des alentours viennent s’offrir une parenthèse oisive. On y croise des gens de conditions sociales et ethniques variées. Qu’ont en commun ces gamins en pleine incruste illégale avec ce prof retraité cherchant difficilement à sortir de sa solitude, ces ados flirtant sur des flyboards et ce couple d’immigrés afghan au passé douloureux, les souvenirs tourmentés de ce veilleur de nuit guinéen et les sourires radieux de cette famille philippine ? Brac tisse un lien secret entre eux, sans commentaires. Les blocs de temps s’agrègent organiquement, dessinant, telles les pièces d’un puzzle impressionniste, un territoire pacifié, presque utopique. Ça et là, on reconnait un personnage déjà présenté auparavant, au détour d’un second plan, d’une remarque. C’est le cas de l’attachant playboy Jérémy, Dieu du pédalo pour qui tout parait "magique". Son insouciance, déjà gâtée par la mélancolie d’un Eden en voie d’obsolescence, donne à ce documentaire choral alternant rires et spleen sa belle note douce-amère.

  28. Première
    par Sophie Benamon

    Woman at war s’ouvre sur l’image d’une femme dégommant au tir à l’arc les câbles électriques qui alimentent une usine. Seule contre l’industrialisation des Hautes Terres d’Islande. Organisée comme un boy-scout, elle va ensuite se planquer pour éviter les flics avant de reprendre sa vie bien tranquille de chef de chorale. Le long-métrage de Benedikt Erlingsson est un nouveau genre de film militant, du genre à vous faire rire avant de vous faire réfléchir. Le combat pour l’environnement passe après le burlesque des situations que traverse cette Don Quichotte de la mondialisation. Et puis, une histoire personnelle vient transcender le combat politique. Il lui faut choisir à cette Amazone islandaise : devenir mère ou hors-la-loi. La réponse vaut le détour. Menée par l’énergique Halldora Geirharosdottir, Woman at war est un bijou de folie. Drôle et écolo.

  29. Première
    par Thierry Chèze

    Chroniqueur inlassable des relations tumultueuses entre Israël et les pays arabes, l’israélien Eran Riklis (La fiancée syrienne) aborde pour la première fois cette question par le prisme du film d’espionnage. Et raconte l’exfiltration de Mona, une Libanaise soupçonnée par le Hezbollah d’être une taupe des services secrets israéliens. Pour la protéger, le Mossad décide alors de l’envoyer en Allemagne et de lui façonner un nouveau visage. Et la cache dans un appartement sous la protection d’une de leurs agents, Naomi, le temps qu’elle se remette de l’opération. Une fois ces scènes d’installation posées, Le dossier Mona Lina se vit comme un huis clos sous haute tension, où chaque bruit, chaque inconnu qui entre dans l’immeuble paraît suspect. Où le frisson naît du hors champ, laissant l’imagination du spectateur vagabonder au rythme de celle aux aguets des deux héroïnes. Car ce huis clos se révèle aussi et avant tout un film de femmes à travers ce lien troublant qui va peu à peu se tisser entre Mona et Naomi. Entre une mère qui craint de ne jamais revoir son fils et une veuve hantée par le souvenir de son compagnon tué par une balle qui lui était destiné. Neta Riskin et Golshifteh Farahani donnent merveilleusement corps à ces deux personnages ballotés entre réalité et cauchemars dans leur rapport à ce monde extérieur, symbole tout à la fois de liberté et de danger mortel. Et Riklis sait préserver ce climat intense sans multiplier les rebondissements artificiels. Même si son film a tendance à perdre de sa puissance hors les murs de cet appartement hambourgeois. 

  30. Première
    par Sylvestre Picard

    L'islandais Baltasar Kormákur a prouvé son efficacité avec quelques thrillers hollywoodiens relaxants (Contrebande2 GunsEverest). Le voilà embarqué dans une histoire (vraie) de naufrage où le couple Shailene Woodley et Sam Claflin se retrouvent perdus en plein Pacifique, à la merci de la famine et de la noyade. Aventure et romance sont dans un bateau : A la dérive coche toutes les cases du survival aquatique, mais avec beaucoup de métier (Kormakur avait déjà exploré le genre dans Survivre) et une belle idée de montage alterné (jusqu'à un twist final joliment déceptif) qui relance l'intérêt du film dans les temps morts. Shailene Woodley, également productrice du métrage et présente à chaque image, affronte avec une crédibilité époustouflante les nombreuses épreuves du film.