Vincere : critiques
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La critique de Premiere
(1) 2- Veronique Le Bris2Dès que Bellocchio se replie sur l’intime, un sujet qu’il manie pourtant d’habitude si bien (La Nourrice, Le Sourire de ma mère), sa verve cinématographique perd l’ampleur dont il fait preuve en décrivant le contexte politique et social de l’époque. Étonnant car c’est justement la plongée dans l’intimité des ravisseurs d’Aldo Moro, autre page sombre de l’histoire de l’Italie, qui avait donné tout son intérêt à Buongiorno, notte.
Les autres avis de la presse
(15) 3- Brazil (johan girard) 3Si Vincere est une réussite incontestable sur la forme, on ne peut pas en dire autant sur le fond, trop mécanique, répétitif, voire lassant, les trente dernières minutes du film paraissant même interminables. Que le film, présenté en compétition officiel lors du dernier Festival de Cannes, soit reparti bredouille est donc logique.
- Brazil (Franck Unimon) 3Si l'on parle de passion et de soumission, impossible de s'abstenir de parler de Pouvoir. D'admiration ou de fascination. Et au moins d'érotisme. Vincere nous en remplit les yeux. Vincere serait donc un film porno, voire un film de trottoir ? Pas du tout. Mais il expose assez crûment comment deux êtres passionnés peuvent se trouver et s'augmenter l'un l'autre.
- Les Cahiers du cinéma (Cyril Beghin) 4Vincere, plutôt relâché sur les détails historiques, ne cherche pas à dialectiser la montée fasciste par l'illustration de son opposition politique directe. L'opposition vient de l'intérieur, et sur d'autres registres, ceux inattendus du mélodrame, de l'opéra, de la dérive onirique et de l'histoire du cinéma, qui emportent le film dans un flot puissant d'accélérations sonores et d'associations visuelles, d'envolées impétueuses et de reflux hébétés. Bellocchio n'avait pas trouvé un équilibre aussi impressionnant entre la violence pulsionnelle de ses personnages et la musicalité constamment brisée et relancée du film depuis Le Diable au corps ou le Prince de Hombourg.
- Chronic'art (vmalausa) 4(...) Vincere se pose comme la synthèse extatique et l'aboutissement monumental de tout ce que Marco Bellocchio, depuis son retour inespéré avec Le Prince de Hambourg, a apporté au cinéma italien dévasté des années 2000.
- Chronic'art (vmalausa) 4Plus encore que Le Sourire de ma mère, Vincere, chef-d'œuvre effaré traversé de visions inoubliables (les scènes d'amour du début, le sublime passage sous la neige), glace, ravit et renverse sans jamais se rendre à l'horizon de pose, menace de figement presque constante, qu'appelle inévitablement sa puissance grandiose et mortifère.
- Positif (christian viviani) 4(...) il s'agit sans doute du film le plus mûr, le plus maîtrisé, le plus stimulant visuellement, d'un cinéaste dont le parcours fut à la fois bouillonnant et erratique, mais qui paraît entré, depuis une décennie, dans la plénitude de son art.
- StudioCiné Live (Sophie Benamon) 3Som film [Marco Bellocchio] échappe à la leçon d'histoire et à la reconstitution grâce à une idée magistrale : ne jamais montrer Mussolini dictateur qu'à travers des images d'actualité. Ainsi Ida Dasler est comme nous, elle ne voit plus le Duce que par le prisme d'un écran. L'identification est parfaite. Le film aussi.
- Fluctuat.net (Eric Vernay) 3Le film plonge avec son personnage dans l'affliction et l'enfermement, d'asiles en hôpitaux psychiatriques. Des plans prémonitoires de co-détenues l'indiquent dès le début, Ida est prise en tenaille, condamnée dès le début au sacrifice. Avec un sujet proche, Eastwood plombait un film (L'Echange) de lourdeurs mélos. Plus en retenue, Bellochio évite cela, irriguant son étouffante matière narrative de plans sublimes (Ida grimpant aux grilles de sa prison), et d'une émouvante BO de Carlo Crivelli. Ce beau portrait de femme bénéficie également de la présence féline de son actrice principale, Giovanna Mezzogiorno.
- Télérama (Aurélien Ferenczi) 4Vincere est avant tout affaire de visages. Il y a ces portraits de femmes aliénées, éplorées, qui surgissent étrangement au détour d'une scène - et Bellocchio qui fut, dans les années 70, partisan de l'antipsychiatrie y concentre toute la souffrance du monde. (...) Marco Bellocchio cadre de près ces yeux simplement ouverts et en fait une allégorie de la justice bafouée, de l'individu écrasé par le totalitarisme. C'est bouleversant.
- Journal du dimanche (Alexis Campion) 2Un film à la fois simple et grandiloquent, tenu par deux acteurs exceptionnels.
- Nouvel Obs (nschaller) 2(...) cette histoire d’amour déraisonnable, de fascination aveugle et destructrice, c’est aussi celle du spectateur face à l’écran (parsemé d’hommages au septième art, le film invoque tout en le stigmatisant le redoutable pouvoir de l’image) et celle d’un pays à la botte de ses Mussolini, Berlusconi et autres tristes figures.
- Le Monde (Jean-Luc Douin) 3La force du film est dans sa métaphore : il démonte le mécanisme du fascisme, l'anéantissement moral et physique d'un opposant, à partir d'un vampirisme familial. Bellocchio est évidemment à son affaire, lui qui dénonça les internements abusifs, l'asservissement des fils par leur père, les hypocrisies de l'Eglise, les procès en sorcellerie... Le premier film de Bellocchio, Les Poings dans les poches (1965), plongeait déjà dans le microcosme fou d'une famille dont l'un des membres nourrit l'obsession de dominer les autres. Vincere renvoie à l'histoire contemporaine et à Berlusconi. Et affiche une ambition de voir couronner une mise en scène effervescente.
- A voir à lire (Marine Bénézech) 2Vincere - « vaincre » en italien - ne joue pas sur les mots, tous ont un sens précis et c’est avec eux que l’héroïne se bat, pour faire reconnaître à Mussolini qu’une parole donnée ne se reprend pas. Mais celui-ci est au théâtre et est un bien piètre acteur, et certainement pas un artiste : les propos tenus n’ont de sens pour lui que sur l’instant, il ne mesure pas leur portée. Le discours de Marco Bellochio est, quant à lui, sans appel : Ida Dalser a bel et bien existé et son souvenir perdure à travers ce long-métrage témoin.
- Libération (Marc Semo) 4La force du film est de mêler l'histoire et l'intime. Un récit sur trente ans scandé par des plans de films d'époque extraits d'oeuvres du mouvement.
- Le Figaro (Marie-Noël Tranchant) 3Image de l'intégrité conjugale et maternelle, Ida (superbement interprétée par Giovanna Mezzogiorno, indomptable et déchirante) est aussi une figure de la résistance au despotisme, dans ce haut mélodrame où Bellochio déploie son double talent de cinéaste politique et d'analyste raffiné des profondeurs troubles des êtres. [...] La mise en scène de Bellochio orchestre le conflit entre l'apparence publique flatteuse d'un pouvoir populaire, théâtre politico-médiatique où le Duce est passé maître, et la réalité meurtirère et sordide des coulisses, dévoilée par la fiction. Avec Bellochio, on a le spectacle et l'intelligence du spectacle.
- Le Figaro (Emmanuele Frois) 3Avec cette grande fresque, puissante et tragique, entrecoupée d'images d'actualités illustrant l'ascension du Duce, Marco Bellochio évoque le destin d'une Antigone broyée par le pouvoir [...] Magistralement interprété par Giovanna Mezzogiorno [...]
- Paris Match (Christine Haas) 3Marco Bellochio associe politique et psychiatrie pour brosser le portrait exalté d'une petite femme italienne qu'aucun pouvoir ne fera fléchir. D'aucuns verront dans cette oeuvre magnifique quelques parallèles troublants avec la réalité contemporaine italienne.
- Fluctuat (De Almeida Daniel) 4Qu'est-il arrivé à la femme cachée de Mussolini ? Avec le souffle tourmenté des grands mélos, Marco Bellocchio s'éloigne de l'histoire officielle pour retracer le destin tragique d'Ida Dalser, dont l'amour pour le Duce fut bâillonné : un somptueux portrait de femme.La vie d'Ida Dalser fait partie de l'histoire non-officielle. Pourtant, elle fut la mère du premier enfant de Benito Mussolini. A l'époque où il n'est qu'un simple militant socialiste à grande gueule, elle croit déjà en lui, à ses idées. Ida se sacrifie en vendant tous ses biens pour qu'il puisse monter son propre journal, Il Popolo d'Italia. Mais la guerre éclate, Mussolini part au front. Quand il revient, la jeune maman découvre que le futur Duce est déjà marié à une autre femme, et père d'un autre fils. Sa vie durant, elle cherchera à faire valoir ses droits.D'ordinaire, marco bellocchio fait essentiellement des films contestataires. Contre l'autorité familiale (Les poings dans les poches, 1965), la religion (Au nom du père, 1971), la presse (Viol en première page, 1972) ou contre l'armée (La marche triomphale, 1976), il a également participé avec Pasolini et Godard au film à sketches La Contestation, en 1968. En ce sens, Bellocchio surpend avec Vincere. Car s'il évoque bien, en creux, les heures sombres du fascisme italien, ce film d'époque est surtout un grand mélo. Vaincre« Vincere » veut dire « vaincre », en italien. Le mot fait double-sens dans ce film. C'est d'abord le mot d'ordre de Mussolini pendant la guerre, et durant toute sa carrière, leitmotiv politique parsemant ses discours bellicistes. Dès la première scène du film, située dans une obscure salle près de Trente en 1913, le futur tyran impose sa vision des choses. Pour discréditer l'Eglise, le jeune socialiste arrogant qu'il est alors se donne un adversaire spectaculaire : Dieu. « S'il ne me foudroie pas dans les cinq minutes, c'est qu'il n'existe pas ». Evidemment, rien ne se passe. Furieuse, la foule se jette sur Mussolini tandis qu'au fond de la salle sourit tendrement une très belle femme, fascinée : Ida Dalser (Giovanna Mezzogiorno) va le conquérir, l'aimer à la folie. Puis être brutalement trahie. Dès lors, Ida n'aura plus qu'une idée en tête, gagner à nouveau le coeur de son bourreau, ou du moins, ses droits bafoués (elle est séparée de son fils). Mais l'enfermer dans des asiles d'aliénés ne suffit pas à la faire taire. Ida veut et doit vaincre donc, elle aussi, contre vents et marées.Fantôme du DuceDans un clair obscur permanent, alternant harmonieusement images d'archives en noir et blanc et reconstitution sobre dans des tons sombres, Vincere décrit deux combats simultanés, tragiques puisque antithétiques : à mesure que Mussoloni grimpe en bâtissant son pouvoir autoritaire, Ida sombre. Bellochio s'intéresse à celui d'Ida avant tout. Ainsi, l'accession aux pleins-pouvoirs de Mussolini passe au second plan quand, après la guerre, Ida n'a plus le droit de le voir. Cette séparation, le rigoureux Bellochio la traduit à l'écran avec une belle poésie, sous la forme d'une perte de réel : d'abord incarné par un Filippo Timi au yeux fiévreux, Mussolini se mue ensuite en personnage de pure virtualité pour Ida Dalser qui, comme les autres italiens, ne le voit plus que sur de froides images de propagande. Le « vrai » Mussolini, celui des images d'archives, paraît alors étrangement faux, fantomatique, théâtral et dévitalisé, au regard de son double cinématographique plus « incarné », réactivé par le souvenir amoureux d'Ida. Pour Ida en effet, Mussolini restera éternellement l'amant fougueux des débuts. Comme si on le voyait à travers l'imagination d'Ida, son fils Benito grandit séparé d'elle, et prend les traits exacts du Duce. En l'imitant de manière grotesque, Benito fils devient alors la superposition des deux Mussolini (celui des statues/ celui d'Ida), version malade d'une innocence à jamais perdue.Le film plonge avec son personnage dans l'affliction et l'enfermement, d'asiles en hôpitaux psychiatriques. Des plans prémonitoires de co-détenues l'indiquent dès le début, Ida est prise en tenaille, condamnée d'emblée au sacrifice. Avec un sujet proche, Eastwood plombait un film (L'Echange) de lourdeurs mélos. Plus en retenue, Bellochio évite cet ecueil, irriguant son étouffante matière narrative de plans sublimes (Ida grimpant aux grilles de sa prison), et d'une émouvante BO de Carlo Crivelli. Ce beau portrait de femme bénéficie également de la présence féline de son actrice principale, Giovanna Mezzogiorno. VincereDe Marco BellocchioAvec Giovanna Mezzogiorno, Filippo Timi, Fausto Russo AlesiSortie en salles le 25 novembre 2009[mediabox id_media="114118" align="null" width="500" height="333"][/mediabox] Illus © Daniele Musso Eric Vernay- Exprimez-vous sur le forum cinéma- Lire le fil réalisateur sur le blog cinéma- Marco Bellocchio sur Flu : lire les critiques de La Nourrice (1999), Le Sourire de ma mère (2001), Buongiorno, notte (2004), Le Metteur en scène de mariages (2007)
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