Un prophète : critiques
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La critique de Premiere
(1)4-
Christophe
Narbonne4Pour beaucoup, Un prophète méritait la Palme d’or du dernier festival de Cannes. Haut la main. Reparti avec le Grand Prix, Jacques Audiard a néanmoins prouvé une chose : il est sans conteste le plus grand cinéaste français en activité, comme en témoigne d’ailleurs sa filmo, cohérente et sans tâche. On comprend, à la vision du film, pourquoi Audiard s’est intéressé au projet. Tout, dans Un prophète, renvoie à ses préoccupations de cinéaste : la dimension virile, le parcours initiatique, la manipulation (des faits et des hommes), les rapports de force et de soumission, le conditionnement social et affectif... Mais, à l’inverse de ses précédents longs métrages, pessimistes et tragiques, Un prophète, animé d’une énergie positive à l’image
de son héros déterminé, s’oriente résolument vers la lumière. Un chemin chaotique, certes, empreint de noirceur et d’ambiguïté. Pour Malik, l’enjeu est d’abord de survivre puis de grandir (dans tous les sens du terme), ce qui implique calcul
et barbarie mais n’interdit pas une forme de morale. C’est là tout le paradoxe et la richesse de ce film que d’ériger en personnage mythique un pur gangster, arabe de surcroît.
Les autres avis de la presse
(8)3- Pariscope (Arno Gaillard)3Après « Regarde les hommes tomber » en 1994, « Un héros très discret », « Sur mes lèvres » réalisé en 2001 et « De battre mon cœur s’est arrêté » il y a quatre ans, Jacques Audiard continue son exceptionnelle filmographie avec ce film sur la prison présenté cette année à Cannes et revenu de la croisette avec le très prestigieux « Grand Prix du Festival », l’autre Palme d’Or. Niels Arestrup, complice du cinéaste, est étonnant de justesse en maffieux corse. Quant au jeune Tahar Rahim dont ce sont les débuts au cinéma, il est totalement habité par Malik, ce jeune homme qui ressort libre d’un univers ultra violent, mais en parrain. Avec de brillants dialogues, l’intelligence du récit et une éblouissante mise en scène, Jacques Audiard a réalisé un de ces films qui font avancer la démocratie. Nul doute qu’« Un prophète » aidera à repenser la prison d’aujourd’hui. Du très très grand cinéma.
- Journal du dimanche (Danielle Attali)4Un vrai choc. Le festival [de Cannes] a découvert un très grand film (...). La rumeur était excellente mais elle a dépassé les attentes des festivaliers. A l'arrivée, deux heures et demie de cinéma et une plongée terrifiante dans l'univers carcéral entre portrait d'un monde barbare et thriller. La réussite est totale. Jamais manichéen, débarrassé des clichés et des idées recues, Un prophète revisite de façon ultra-contemporaine le film de prison.
- Télé 7 jours (Uriell Ceillier)3Avec ce polar puissant, fiévreux, ultra réaliste, Jacques Audiard a galvanisé le Festival de Cannes, décrochant à juste titre le Grand Prix. Un diamant noir porté avec maestria par le jeune Tahar Rahim, quasi inconnu, découvert dans La commune, sur Canal +.
- Le Monde (Thomas Sotinel)4Un prophète, c'est une épopée criminelle, comme on en voit plus souvent dans les films américains que dans les français, une de ces histoires qui mènent un moins que rien jusqu'au pouvoir et à la richesse. C'est un thriller, au sens le plus strict du terme : un film qui fait naître des sensations violentes, qui provoque des poussées d'adrénaline, fait peur, révulse et exalte.
- Nouvel Obs (La rédaction de TéléCinéObs)4Un prophète réussit à offrir une vision panoramique de son sujet tout en s`accrochant comme une sangsue aux basques de son protagoniste. Il gratte là où ça fait mal, et sans pincettes, le monde pénitencier - cette antichambre de la société - où le crime est facteur d`intégration. Il réinvente le film carcéral français par la modernité de son écriture, proche de celle des séries américaines. En filmant la naissance d`un truand, le cinéaste filme aussi celle d`un acteur : Tahar Rahim, révélation fulgurante qui contribue à l`impression que laisse le film de se créer sous nos yeux, nourri de ce qui l`a précédé mais vierge de toute influence.
- Brazil (Hélène Lombard)4Mise en scène somptueuse, acteurs impliqués, rythme effréné, Jacques Audiard prend les clichés et en fait des scènes cultes, l'homme est un virtuose, il le prouve encore, s'installe, nous épate. Je n'aurai qu'un seul (petit) bémol, il ne concerne absolument pas le propos du film ou sa mise en scène, juste son titre ; sans vouloir polémiquer, il lui confère une tonalité religieuse qui n'est pas justifier par le contenu et pourrait porter à confusion. En tout cas, si Audiard livre un film tous les quatre ans, alors vivement 2013.
- Fluctuat ()Avec Un Prophète, Jacques Audiard explore l'univers de la prison pour mieux élargir son champ d'observation de la société française. Le cinéaste accouche ainsi d'un grand film sombre, qui dresse l'imposant portrait d'un opportuniste, en tirant le meilleur de son prodigieux casting, emmené par la révélation Tahar Rahim.Cinquième long-métrage de Jacques Audiard, Un Prophète est sans doute celui qui trouve la plus forte résonance avec son époque. En dépeignant l'ascension du jeune Malik El Djebna, condamné à passer 6 années en prison, le film capte en effet un parfum inédit dans le cinéma français contemporain. Car derrière le parfait habillage du cinéma de genre, il s'exprime ici une énergie rageuse qui n'est jamais loin du pamphlet.Western moderne En empruntant peu à peu d'autres directions que celles de l'époustouflant film de prison qu'il est dans un premier temps, Un Prophète parvient à balayer un grand champ d'affects : s'appuyant sur une idée originale d'Abdel Raouf Dafri, l'oeuvre propose à la fois un récit d'apprentissage, une fable onirique, un film de gangsters et une variation sur l'amitié (la relation entre Malik et Ryad - joué par l'excellent Adel Bencherif - devenant un des pivots de la dernière partie). Animée d'une insolente assurance, la mise en scène de Jacques Audiard organise ainsi des lignes de rencontre entre prisonniers corses et arabes, entre avocats véreux et matons soudoyés, entre caïds de la banlieue parisienne et barons marseillais, sans jamais privilégier une histoire au détriment d'une autre. Car le point de repère de ce tourbillon narratif reste en permanence le personnage de Malik et les mutations de son caractère ; la caméra de Jacques Audiard ne fait finalement rien d'autre qu'observer un corps en action, mais un corps dont l'environnement social évolue à grande vitesse.C'est du coup en toute logique que le film peut exposer un si terrifiant portrait de la France d'aujourd'hui. Sur ce territoire gangrené par les basses combines, tout prend la forme d'une corruption généralisée : que ce soit en prison ou au dehors, l'Hexagone d'Un Prophète ne constitue plus qu'une vaste zone de non-droit.Mystique rivière Au-delà de cette acuité politique, Un Prophète se distingue également par sa tonalité onirico-fantastique. La présence d'un culpabilisant fantôme vient s'ajouter aux quelques séquences de rêve qui ornent le film. Ces moments d'accalmie offrent au personnage de Malik une conscience dans un univers brutal qui s'en trouve souvent dépourvu et montrent comment la sensibilité du jeune homme lui permet de tirer son épingle du jeu.En ce sens, le « prophète» du titre pourrait aussi bien désigner le fantôme de Reyeb, lui qui apprend à Malik à anticiper les évènements. Si cet aspect onirique ne fonctionne pas toujours parfaitement (voir la scène où le feu consume le dos du fantôme), il dote le film d'une identité unique. La séquence marseillaise (« attention, il va y avoir des animaux ») incarne à elle seule l'audace de ce mélange de tons. La façon miraculeuse dont Malik s'extirpe d'une situation dangereuse peut sembler improbable mais ce choix est totalement assumé par Jacques Audiard, qui n'hésite pas à déréaliser son intrigue le temps d'une scène pour mieux décrire l'arbitraire et le facteur chance qui régissent bon nombre de destins maffieux.Ces tendances fantastiques n'atténuent donc en rien la force du film, la barbarie des comportements qu'il décrit ni l'ironie politiquement incorrecte de son propos (Malik se servant de la prison pour développer son propre réseau criminel). Véritable concentré de violence et de précision, le parcours dessiné par Un Prophète restera longtemps dans les mémoires, à l'image de la renversante prestation de Tahar Rahim (voir l'interview), acteur tour à tour fragile, mystérieux, hypnotisant et féroce... Un ProphèteDe Jacques AudiardAvec Tahar Rahim, Niels Arestrup, Adel Bencherif Sortie en salles le 26 août 2009[mediabox id_media="94073" align="null" width="500" height="333"][/mediabox]Damien Leblanc- Voir l'entretien avec Tahar Rahim- Exprimez-vous sur le forum cinéma- Lire les fils festival de cannes, sélection officielle sur le blog cinéma- Jacques Audiard sur Flu : lire la critique de De battre mon coeur s'est arrêté (2005)
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