Son Frère : critiques
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Fluctuat ()Avec Intimité (2001), Patrice Chéreau a, semble-t-il, initié un cycle sur la représentation du corps au cinéma. Son Frère, réalisé en six mois, avec une équipe réduite, aborde donc, à nouveau, le thème du corps mais, sous son aspect le plus dérangeant : la maladie et la décrépitude qu'elle génère.
Thomas risque à chaque instant de succomber à une hémorragie. Il n'a pas vu son frère, Luc, depuis des années mais, c'est vers lui qu'il se tourne pour affronter la maladie ou plutôt la rechute. Luc soutient Thomas parce que ce dernier le lui a demandé, par devoir. Cependant, peu à peu, un lien se tisse, se renoue entre les deux frères. Un lien exclusif. Ainsi les parents, les conjoints, les autres disparaissent pour laisser place à une fraternité retrouvée. Et, le film glisse peu à peu vers une étude intime et intense de la relation qui unit deux frères.L'utilisation de la steady cam, l'absence de maquillage, témoignent d'une volonté de filmer le réel. De façon animale, organique, les corps apparaissent à l'écran dévoilés dans leur intimité la plus prosaïque. Bruno Todeschini, cadavérique - il a perdu douze kilos pour les besoins du tournage - ressemble à un Christ descendu de la croix, en particulier, lors de la scène de rasage pré opératoire. Cette séquence, filmée in extenso, laisse le souffle court tant la réification du malade y est patente.Pour rendre plus supportables les détails sordides du traitement, le montage alterne intérieurs et extérieurs. L'agonie de Thomas se découpe en flash-back. La côte bretonne offre une respiration, un contrechamp idéal à l'hôpital, mouroir technologique. Supporter la décrépitude, affronter la mort à trente ans mais aussi régler ses comptes, obtenir le pardon, accepter sa famille, vivre une dernière fois la fusion fraternelle tels sont les thèmes abordés. Jamais traitée de façon mélodramatique, la maladie de l'un permet à l'autre de faire un point sur sa vie. Si elle offre l'argument principal du scénario, le film ne se réduit fort heureusement pas à la maladie. Réaliste, Son frère ne cède jamais au mélodrame. Patrice Chéreau évite les écueils habituels. Après la disparition de Thomas, Luc reste calme. Loin des sempiternels violons, la seule musique du film est Sleep, un superbe morceau interprété par Mariane Faithfull. Si particulière, la tessiture de sa voix traduit bien mieux qu'un discours les émotions violentes ressenties face à la maladie.Son frère, de Patrice Chéreau
France / 2003 / 1h35 min
Avec Bruno Todeschini, Eric Caravaca
Sortie le 10 septembre
Ours d'argent - meilleur réalisateur - Berlin 2003
Adaptation du roman éponyme de Philippe Besson.[illustration : Copyright Pyramide films. Photo DR]
- Phèdre mis en scène par Chéreau (2003)
- Intimité (2001)
- Rencontre publique avec Patrice Chéreau à propos du film Intimité (2001).
- Le site officiel du film : www.pyramidefilms.fr
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