Respiro : critiques
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Fluctuat () 4Deuxième film d'Emanuele Crialese, Respiro est un magnifique portrait de femme, une petite merveille de poésie et de chaleur méditerranéenne, une émouvante fable intemporelle. Dans ce port de pêcheurs situé au large de la Sicile, où la tradition pèse de tout son poids, le film semble replonger dans un état originel de l'humanité, où l'homme et la nature sont encore en conflit, où tout reste à découvrir, à révéler.
Grazia (Valeria Golino, dixit la grâce, on se saurait mieux dire) est une mère de famille un peu barrée, très fragile et très forte à la fois, sujette à des crises de nerfs terribles, à la manière de la Femme sous influence de Cassavetes. Incontrôlable car totalement libre, elle fait tache dans son village de pêcheurs de Lampedusa, une petite île au large de la Sicile. Là-bas, la tradition et le machisme ancestral sont le socle d'une vie simple, qui tourne autour de la pêche. Les hommes pêchent en mer pendant que les femmes travaillent dans des ateliers à préparer les poissons. Les enfants, eux, passent leur temps à attraper des oiseaux pour les manger rôtis, à se battre avec une violence non maîtrisée. Si cette violence là fait partie du paysage, celle de Grazia va bientôt pousser sa famille à vouloir la faire soigner à Milan. Pour éviter cet exile forcé, elle s'enfuit, et Pasquale, son fils aîné, va la cacher dans une grotte jusqu'à ce qu'on la croit morte.Basée sur un mythe existant dans l'île, celui de la naissance d'une sainte, qui avait été rejetée par le village avant de disparaître, l'histoire de Grazia mêle magnifiquement la critique d'une réalité sociale à la violence terrible, la splendeur des corps et de la nature sicilienne et la magie du mythe. Quelque chose d'intemporel et d'immémorial flotte dans les images du film, déchirées par les violentes couleurs primaires du pays : le bleu, le jaune et le rouge des bateaux de pêcheurs, mais aussi des vêtements des habitants de l'île, brûlés par le soleil du sud. Bien que le style de la réalisation reste toujours sobre, on ne frôle jamais un quelconque "documentarisme naturaliste". Nous sommes ici dans un village tellement typique et entier, préservé, qu'il en devient mythique. Grazia, dans sa générosité sans borne, c'est un peu la Mère, la nourricière. Elle trouve d'ailleurs le plus grand réconfort dans la mer, où elle plonge après chaque crise, et où elle disparaîtra à la plus grande inquiétude du village.Mais, et c'est ce qui donne toute sa force au film, Emanuele Crialese évite complètement de sombrer dans le symbolisme grâce à une qualité d'incarnation comme il nous est rarement donné d'en voir au cinéma. Charnels, solaires, les personnages du film sont avant tout des corps, évoluant dans une nature encore hostile et sauvage. Des corps contrariés, forcés et violentés, dont les mouvements perpétuels constituent un ballet d'amour, de haine, d'envie et de mort. En contre-point à cette énergie vitale, les scènes aquatiques, oniriques, sont comme des trêves dans ce monde de rites et de violence.Entre l'eau, la terre et les hommes, Crialese parvient à figurer une harmonie dissonante, un lien sacré et douloureux. Tragique intrinsèquement, le film n'en garde pas moins une légèreté et un humour (surtout dans les rapports des enfants) qui lui donnent un style totalement inédit et envoûtant. La plus belle découverte de ce début d'année, et la preuve que le cinéma italien vit encore.Respiro
Réal.: Emanuele Crialese
Avec Valeria Golino, Vincenzo Amato, Francesco Casia, Veronica D'Agostino, Filippo Pucillo.
Italie / 2002 / 90'
Sortie le 1er janvier 2003.
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