Paranoid Park : critiques
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Les critiques de Premiere
(2) 3- Olivier de Bruyn3Avec Paranoid Park, Gus ajoute, certes, une pierre de choix à son édifice esthétique perso: filmer un certain état de l'adolescence américaine aux prises avec un monde adulte étranger et hostile. L'attention prêtée aux mouvements des corps, à leurs inscription dans l'espace urbain relève à la fois d'un extrême réalisme et d'une abstraction radicale tant le regard de Van Sant est celui d'un peintre épinglant sur sa toile singulière une collection de gestes et de sensations.
- 2Après Elephant ou Last Days, Gus Van Sant nous offre un nouveau portrait de lycéens américains à la dérive. Visuellement le film est, comme les précédents, sublime, mais c’est aussi le problème : on peut lui reprocher de se reposer sur son esthétisme languide. Alors que Larry Clark avec son Wassup Rockers nous offrait une peinture de la communauté des skatteurs, Gus Van Sant se perd entre deux eaux et laisse le spectateur perplexe face à ce qu’il veut vraiment raconter. Angoisse et culpabilité d’un adolescent ? Portrait d’un jeune skatteur ? Dommage, car les images de Christopher Doyle restent gravées sur notre rétine et nous envoûtent pendant 1h30. Casté via MySpace, Gabriel Nevins, rebelle à la gueule d’ange, désarme le public par sa prestation toute en sobriété.
Les autres avis de la presse
(7) 3- Journal du dimanche (Alexis Campion) 3Entrelaçant des images en Super 8 et en 35 mm signées Christopher Doyle, directeur photo de Psycho et des derniers films de Wong-Kar Wai, Paranoid Park imprègne aussi par la richesse de sa bande-son, semée de musiques très diverses passant des rêveries de Nino Rota aux complaintes folk d'Elliott Smith ou à la pop prometteuse de Menomena.
- Elle (Anne Diatkine) 3Gus Van Sant montre comme personne la solitude de l'adolescent qui s'éloigne des adultes tout en cherchant en vain leur écoute. Un film bref, qui hante longtemps.
- Télérama (Louis Guichard) 4Depuis quelques films, la splendeur du cinéma de Gus Van Sant, mélange de sophistication formelle et de limpidité émouvante, est la consolation, la réponse du réalisateur au tragique de l'existence (suicide du jeune Kurt Cobain dans Last Days ou tuerie du lycée de Columbine dans Elephant). Une bulle de beauté, à l'abri de tout. Aujourd'hui, Gus Van Sant met en quelque sorte cette fuite contemplative en question avec un portrait d'ado ayant perdu ses repères dans un bel univers de substitution. Paradoxe, l'alerte prend de nouveau une forme infiniment séduisante. De toute évidence, le cinéma est le « parc » de Gus Van Sant. A chacun de trouver le sien. Mais aussi de savoir en revenir.
- Le Monde (Isabelle Regnier) 4Toutefois, à la différence de ses lointains cousins d'Elephant, dont la bulle n'a jamais éclaté, Alex va reprendre pied. Il lui faudra certes une médiation, celle du journal télévisé, pour vivre enfin l'événement qu'il n'a mentalement que survolé. Le commentaire sur la mort du gardien de nuit - "coupé en deux" - puis l'image, littéralement gore, qui le redouble lui arrachent un cri de terreur ouvrant les vannes au poids écrasant de sa responsabilité, en même temps qu'il le propulse de plain-pied dans l'existence.
- Paris Match (Christine Haas) 3L'errance, la solitude, le mutisme sont les obsessions de ce cinéaste de la sensation, qui s'attache à la grâce adolescente par le mouvement des corps. Gus Van Sant construit un labyrinthe qui ne mène nulle part, avec parfois la pose esthétisante du cinéma de Wong Kar-Waï avec qui il partage le même directeur photo. Mais la douceur vénéneuse de son cinéma en suspension est d'une poésie déchirante.
- Fluctuat () 4En semblant retourner à la source Elephant ses ados en détresse, son lycée, ses temps morts -, Paranoid Park s'intéresse cette fois-ci aux méandres de la culpabilité. Gus Van Sant y multiplie les pistes pour au fond se recentrer comme jamais sur un personnage. Une plongée fascinante et radicale dans l'esprit torturé d'un ado.
- Exprimez-vous sur le forum cinémaOn avait suivi l'explosion à retardement de la violence au lycée de Columbine dans Elephant. Avec Paranoïd Park, Gus Van Sant retourne au pays des ados, mais cette fois-ci il décide de centrer tout son film sur un personnage, Alex, qui commet un soir un crime involontaire, poussant sous un train un gardien de la paix. Face à l'enquête de la police et aux questions des proches, il décide de mentir. Mais, pour se soulager, il écrit. Et c'est ce récit qui va progressivement permettre de donner leur sens et leur chronologie à l'ensemble de souvenirs et d'impressions sur lesquels se construit le film. En choisissant de se placer uniquement du point de vue d'Alex, GVS s'offre un film trip et mental, où la découverte progressive des faits, façon puzzle, joue bien moins la carte du suspens que celle d'une sorte de mélancolie angoissée. Un mode, une tonalité chère au cinéaste, et inscrite ici dans cette petite mélodie de Nino Rota, volée chez federio Fellini, et qui, répétée sans cesse, module à la fois la tristesse, l'ironie et l'angoisse.La première chose qui frappe avec ce Paranoïd Park, c'est qu'il s'agit d'un film quasi muet. La seule parole pertinente étant celle d'Alex, jeune assassin involontaire, écrivant son histoire dans une longue lettre. Construit comme un enchevêtrement complexe de scènes tournées parfois en 8 mm, et le plus souvent en 35 mm, le récit s'éclaircit progressivement grâce à cette voix off, alors que les quelques rares dialogues proférés par les personnages sont le plus souvent insignifiants (les skateurs entre eux), anodins (les parents aux ados) ou stupides (les filles aux mecs). Comme lassée d'entendre, ou réentendre ces mots, c'est la musique qui vient les remplacer, créant une distance ironique avec ces situations communes. GVS s'amuse, il était temps, et nous offre ainsi une des plus belles scènes de dépucelage jamais filmée, aussi juste que comique : comme ailleurs, dans ses pensées, Alex assiste à sa première fois en spectateur, les yeux recouverts de la chevelure blonde et légère de sa partenaire. Le silence total, la lumière qui caresse ces cheveux, des ombres floues, et puis soudain c'est fini, et la demoiselle s'empresse d'appeler une copine pour lui annoncer la nouvelle. Ici et pourtant ailleurs, d'une durée totalement impossible à évaluer : ainsi va le souvenir.Nombreux ralentis, son direct occulté, plans qui virent au noir : Paranoïd Park est un film qui ne cesse de s'enfoncer un peu plus loin dans quelque chose de mystérieux, une plaie, un trou noir comme ce souvenir du geste fatal qui ne veut d'abord pas refaire surface. Alors que son personnage principal est hanté par un souvenir, le film est lui-même hanté et habité par des formes paradoxales : si Alex a le physique d'un personnage coupable du Caravage, les nombreux gros plans semblent parfois se transformer en portraits directement liés à la peinture classique. Mais, alors qu'il se douche lors de la nuit fatale, son visage mangé par le noir et les sons de tempête qui l'envahissent le propulseraient presque dans une installation de Bill Viola. Aussi fasciné par un art classique et ses représentations du corps, GVS n'en est pas moins avant tout un expérimentateur. S'il passerait presque pour un film classique après sa trilogie Gerry/Elephant/Last Days, Paranoïd Park s'inscrit pourtant dans une filmographie qui semble consacrée à l'isolement de l'individu et à ses conséquences. Avec, toujours, la marque d'un véritable poète cinéaste, qui nous plonge ici, comme en apnée, dans l'inquiétude adolescente. Les images en Super 8 des « vrais » skateurs de Portland semblent ainsi superposer aux mouvements de balancier de ces ados comme en lévitation, suivis par une caméra qui semble avoir des ailes, le mouvement fatal du pendule, celui du temps.Comme détachés de la société et de sa comédie humaine, Alex et les autres s'en vont chercher dans la nature, tellement importante chez GVS, dans les rêves ou ailleurs un peu plus d'une vérité. La leur, car c'est par là qu'il faut commencer, même si « personne n'est jamais prêt pour Paranoïd Park ».Paranoid Park
De Gus Van Sant
Avec Gabriel Nevins, Jake Miller, Daniel Liu
Sortie en salles le 24 octobre 2007Illus. © MK2 Diffusion
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