Le Havre : critiques
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La critique de Premiere
(1)3- Christophe Narbonne3Symbole de ce cinéma qui n’obéit à aucun canon, Marcel Marx (Wilms, génial) est, pour paraphraser un slogan de Mai 68, « marxiste tendance Groucho » : à côté de la plaque sur bien des points mais raccord sur l’essentiel. Les acteurs disent leur texte avec un air absent (normal, ils ont la tête dans les nuages), Jean-Pierre Léaud lance des regards noirs (il joue un indic), les couleurs pètent (le cinéma, c’est mieux que la vie). Comme Gustave Kervern et Benoît Delépine, ses amis et émules, Kaurismäki filme des hurluberlus magnifiques dont la marginalité est aussi politique que cinématographique.Le cinéma d’Aki Kaurismäki est unique. Il mêle humanisme et alcoolisme, surréalisme et quotidien, soit des choses a priori peu compatibles. Dans Le Havre, le réalisateur finlandais brosse ainsi le portrait de petites gens qui, confrontées au cynisme du monde moderne, trouvent leur salut dans la picole et la solidarité.
Les autres avis de la presse
(12)3- Les Inrocks (Amélie Dubois)3Un peu de Hergé semble s'être glissé ironiquement dans cet univers entre Chaplin et Bresson, univers plus complexe qu'il n'en a l'air, où la simplification des traits est parfois trompeuse et où il faut savoir lire entre les lignes : et si ce commissaire aux allures d'agent de la gestapo (Darroussin) était un ennemi bien intentionné ? Au contact d'Idrissa, un pas de côté semble possible dans cette société bien vissée, présentée comme un cirque dangereux : s'ouvre une infime et surréaliste zone de circulation, particulièrement audacieuse, qui marque l'accès de Kaurismäki, pourtant déjà habitué à évoluer dans les replis, à une marge et une liberté nouvelles - il n'y a pas d'acquis Kaurismäki. On y entre tels les explorateurs tâtonnant d'un monde nouveau sans doute un peu fragile, mais parfaitement exaltant, traversé par les fulgurances d'un humour génial. Au refugié clandestin qui lui demande pourquoi il devrait lui révéler le nom du grand-père d'Idrissa, Marcel (André Wilms, sublime) répond tout simplement de sa voix à la fois sèche et douce, avec un aplomb merveilleux : « pour mes beaux yeux ». Le cinéma est fait pour les miracles : rares sont les cinéastes qui, comme Kaurismäki, savent le prouver. De Cannes, il est reparti pourtant les poches vides, mais sûrement la tête haute, comme ses personnages.
- Les Inrocks (J.B. Morain)4Le Havre donne au spectateur, au moins momentanément, la foi dans l’humanité et ses ressorts d’énergie, de renaissance, de générosité. Sans niaiserie, sans illusions, sans sentimentalisme mou.
Mais tant qu’un personnage d’épicier pourra affirmer “J’aime la société”, il restera toujours un peu d’espoir.
Après quelques films un peu moins inspirés (L’Homme sans passé, Les Lumières du faubourg), Kaurismäki a retrouvé une vitalité certaine. Le Havre est un film qui redonne du courage, un conte de Noël parfait, que l’on recommande vivement aux grands comme aux petits spectateurs.
Nous aimons Le Havre, parce que nous pensons qu’il permet au spectateur de ressentir le meilleur de lui-même. - A voir à lire (Gérard Crespo)4Comme L’homme sans passé (Grand Prix du Jury en 2002) et Les lumières du faubourg, Le Havre est composé de ces petits riens qui nous mettent en extase durant toute la projection, depuis ces références à tout un cinéma adoré par l’auteur (les présences de Pierre Etaix et Jean-Pierre Léaud), jusqu’à ces plans lumineux (le regard de Darroussin vers la cale d’une péniche) qui suscitent un frisson réel et magique. En fait, Kaurismäki joue sur deux tableaux qu’il maîtrise à merveille. D’un côté, il ancre son œuvre dans une poésie à la Tati (on songe à Mon oncle ), nourrie de l’observation des petits gestes quotidiens ; de l’autre, il s’intronise grand cinéaste social, prônant le métissage culturel et la défense des opprimés : il est d’ailleurs significatif que Le Havre soit, avec Welcome, l’un des rares films français de ces dernières années à aborder le thème de l’immigration clandestine et de son rapport aux autochtones. « Je n’ai pas de réponse à ce problème, mais il m’a paru important d’aborder ce sujet dans un film qui, à tous égards, est irréaliste ». Le résultat à est la hauteur des ambitions de Kaurismäki qui réalise peut-être son chef-d’œuvre.
- Fluctuat.net (Damien Leblanc)3L'histoire de Marcel Marx, cireur de chaussures qui vient en aide à un enfant immigré originaire d'Afrique noire, ne se départit donc pas d'une invraisemblable et démesurée mystique - la maladie mystérieuse d'Arletty, la femme de Marcel, donnant par exemple l'impression d'atténuer le libre-arbitre de Marcel, qui se trouve poussé vers l'altruisme par une force invisible. Mais, conscient du relatif manque de lien logique entre les différentes saynètes de son récit, Kaurismaki travaille une matière en particulier, celle du langage. Entre la diction très théâtrale d'André Wilms, l'accent à couper au couteau de Kati Outinen ou le parler droit et enfantin de Blondin Miguel (dans le rôle d'Idrissa), la langue française comme un objet sonorement malléable, vivant et multidimensionnel mais qui se doit de toujours respecter une justesse et une précision grammaticale. Cette ligne imperturbable, qui donne lieu à quelques séquences quasi-surréalistes permet à Aki Kaurismaki d'affirmer avec vigueur une sorte de foi absolue en plusieurs valeurs ancestrales. La langue française est un avatar de l'humanisme, semble nous dire le cinéaste : subissant des assauts de toutes parts, il lui reste toujours la possibilité de rester debout, tant que des citoyens exercent leur droit à la vigilance.
- Nouvel Obs (Lucie Calet)3Cinéaste humaniste traquant la moindre lumière des faubourgs, Kaurismäki traite le problème des demandeurs d’asile sur un ton burlesque et nostalgique. Les apôtres de la fraternité habitent entre le quai des brumes et un quartier à poésie fanée. Serviteur duplice?? de l’administration française, le commissaire Darroussin s’oppose au délateur FN auquel Léaud donne des traits à la Le Vigan. On croise une bonne fille prénommée Arletty. La présence de Pierre Etaix souligne que le cinéaste finlandais dénonce la barbarie des temps modernes sur un ton proche de Chaplin, Tati et Prévert.
- Nouvel Obs (Xavier Leherpeur)3(...) Chaque cadre déborde de détails cocasses, de subtilité d'écriture et de splendeur cinématographique.
- Télérama (Jacques Morice)4La France, l'Angleterre, mais aussi l'Afrique noire, l'Amérique du Sud, le Vietnam... Le Havre, ouvert sur la mer, l'est aussi sur les musiques du monde, choisies avec le bon goût qui caractérise Kaurismäki. Elles ne sont pas plaquées, elles font partie intégrante de l'action, elles s'échappent des transistors ou des tourne-disques. Chansons d'avant-guerre, musique gitane, blues, tango : un métissage créatif qui rend dérisoire la notion même de nationalité. L'ami vietnamien de Marcel le dit autrement en confessant que Chang n'est pas son nom : ce sont ses papiers français qui l'ont privé de son nom...
Alors, autant pousser l'absurde jusqu'au bout. C'est ce que fait Marcel : « Je suis l'albinos de la famille », balance-t-il un moment au directeur du centre de rétention de Calais pour justifier d'être soi-disant le frère du grand-père d'Idrissa. Etre frère, tout est là. Ce n'est pas la bonté, encore moins la compassion qui anime Marcel. Plutôt une fraternité naturelle de citoyen du monde, qui se passe d'explication. On parle d'ailleurs peu mais bien dans Le Havre. Avec une politesse exquise. Avec une dignité qui mène à une morale simple comme bonjour : c'est en aidant les autres qu'il peut nous arriver des choses formidables. - Positif (Pascal Binetruy)3Il s'en dégage une poésie proche des atmosphères de Carné mais teintée de mélancolie, dans la mesure où elle ressuscite un imaginaire pour mieux en souligner la disparition.
- Le Figaro (Marie-Noëlle Tranchant)3Kaurismäki joue avec une dextérité pleine d'humour du côté polar de son conte. Il excelle à orchestrer de petits suspense qui sont résolus… par des miracles.
- Elle (Françoise Delbecq)3(...) Le Havre harponne le spectateur par ses dialogues concis, la naïveté des sentiments, un sens évident de l'absurde porté par des sémillants interprètes
- Journal du dimanche (Danielle Attali)3Cette comédie humaine au style très prononcée est à la fois décalée, drôle, tragique, humaniste.
- Les Cahiers du cinéma (Jean-Philippe Tessé)1Parions donc que bien peu s'offusqueront par exemple de cette scène immonde : au début du film, on ouvre un container abandonné sur le port depuis trois semaines, où s'entassent des clandestins venus d'Afrique (...). Le cinéaste finlandais dispose ici de deux armes fatales : des idées politiques super sympas (vive les gentils et merde aux méchants !) et le recours lâche à la fantaisie onirique, qui dédouane de tout. .
- Fluctuat ()Pour raconter une histoire de solidarité sur fond de traque d'un enfant sans-papiers, Aki Kaurismaki convoque le souvenir des années 1930. Mais Le Havre se présente moins comme une insulte adressée aux dirigeants politiques hexagonaux que comme une réflexion parfois ahurie sur la langue et le visage de la France. Tout juste auréolé du prestigieux prix Louis-Delluc, le nouveau Ari Kaurismaki sort en salles dans un contexte critique assez particulier, puisque le violent rejet des Cahiers du Cinéma est venu atténuer l'enthousiasme suscité par le film depuis sa présentation au Festival de Cannes. Choqués par le parallèle dressé entre la traque par la police française d'un enfant sans-papiers et la période de l'occupation nazie, Les Cahiers du Cinéma jugent ainsi Le Havre "obscène". Il est vrai qu'en filmant avant tout la France contemporaine comme un rêve de cinéma où se côtoient les souvenirs de René Clair et Marcel Carné (dont le Quai des brumes fut justement tourné en 1938 dans la ville du Havre), le cinéaste finlandais dépeint, à grands renforts de clins d'oeil entendus, des personnages de résistants à la générosité naturelle et au bon sens populaire surlignés qui frisent le fantasme vaporeux.Mais c'est justement par cette logique de confrontation entre mémoire de cinéma et intrusion de l'actualité politique qu'Aki Kaurismaki parvient à aller au-delà de la simple fable manichéenne. En insérant, au milieu d'images pastel d'une France éternellement tranquille, des plans sur des CRS à l'armure futuriste et des extraits de journaux télévisés où retentit la voix cassée de l'ex-ministre de l'Immigration, de l'Intégration et de l'Identité nationale Eric Besson, le film crée un perturbant hiatus, qui interroge la façon dont la société française se perçoit elle-même. De quelles images avons-nous hérité ? Par quels moyens esthétiques l'Hexagone de Nicolas Sarkozy peut-il être représenté ? Comment la langue française doit-elle être filmée pour exprimer à la fois les désirs individuels de chacun et la portée morale de leurs actes ?L'histoire de Marcel Marx (personnage que l'on retrouve 20 ans après La Vie de bohème, du même Kaurismaki), cireur de chaussures qui vient en aide à un enfant originaire d'Afrique, ne se départit pas d'un invraisemblable mysticisme : l'étrange évolution de la maladie d'Arletty, épouse de Marcel, donne ainsi l'impression d'atténuer le libre-arbitre du héros, poussé vers l'altruisme par une force invisible. Mais, conscient du faible liant narratif qui relie les différentes saynètes de son récit, Kaurismaki travaille une matière en particulier, celle du langage. Entre la diction très théâtrale d'André Wilms, l'accent à couper au couteau de Kati Outinen, les intonations melvilliennes du commissaire de police Jean-Pierre Darroussin ou le parler droit et enfantin de Blondin Miguel (dans le rôle d'Idrissa), la langue française constitue un objet sonorement malléable, vivant et multidimensionnel, mais qui se doit de respecter une profonde justesse grammaticale pour servir les plus nobles causes. Cette ligne de conduite, qui donne lieu à quelques séquences aussi comiques qu'hallucinées, permet à Aki Kaurismaki d'affirmer une foi imperturbable en plusieurs principes ancestraux. Pour le cinéaste, la langue française est un puissant avatar de l'Humanisme : subissant des assauts de toutes parts, il lui reste toujours la possibilité de rester debout, pour peu que des citoyens exercent leur droit à la vigilance.Damien Leblanc Le HavreDe Aki KaurismakiAvec André Wilms, Kati Outinen, Jean-Pierre DarroussinSortie en salles le 21 décembre 2011
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