La Vierge Des Tueurs : critiques
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Fluctuat () 0A la sortie de La vierge des tueurs, on se pose deux questions. La première consiste à s'interroger sur la raison pour laquelle Barbet Schroeder en est le réalisateur. La seconde de savoir comment la violence du film pourrait être autre chose que de la fiction.
En effet, Barbet Schroeder crée la surprise en réalisant ce petit film en DV au thème assez éloigné de ses productions habituelles. Soit un vieil écrivain qui vit une passion troublée avec un adolescent au coeur de la sauvage Medellin.
Revenir sur la carrière de Schroeder relève de l'épopée. Le bonhomme se traîne un CV pour le moins impressionnant. Collaborateur des Cahiers du Cinéma, producteur de Rohmer, Rivette ou Wenders puis réalisateur de thriller moyens aux Etats-Unis tels que Le mystère Von Bülow, Kiss of Death ou plus récemment L'enjeu avec Andy Garcia et Michael Keaton Ouf ! Voilà ce qu'on appelle une existence pour le moins hétéroclite !Pensez-donc qu'il y a quelques temps de cela, le monsieur réalisait cet Enjeu somme toute assez ronronnant, construit autour des contraintes du film à suspens à l'américaine (poursuite en voiture, noble quête du héros, méchant particulièrement retors ) et qu'il y a peu, malgré sa bonne réputation américaine et les moyens que l'industrie du cinéma peut mettre à sa disposition, l'heureux réalisateur décide de partir en galère dans l'un des pays les plus dangereux du monde (On le sait maintenant qu'on a vu le film !). Tournant avec des amateurs, une équipe réduite et essentiellement colombienne ainsi qu'un temps de tournage très court (deux mois) et des moyens plutôt dérisoires... pour un bonhomme de 59 ans, voilà qui force le respect.Le film, lui, un peu moins. Malgré l'emploi d'une mini-caméra, Schroeder n'en perd pas pour autant une efficacité toute Hollywoodienne. Son film est sec et va à l'économie tout en gardant des plages d'émotion. De ce point de vue, la DV ne paraît pas être d'une grande utilité. Elle semble ne devoir répondre qu'à un « effet de genre » (Le dogme pour ne pas le citer). Surtout pour un cinéaste si bien rompu à la technique qu'il ne peut que produire un filmage standard, hors des effets virevoltants et tremblés que l'on est en droit d'attendre d'un si léger matériel.
Suivre la mode ne semble pourtant pas être véritablement la volonté du réalisateur. A la lecture du journal qu'a tenu Schroeder au cours de son périple à Medellin, on comprend que l'emploi d'une caméra légère et discrète était de l'ordre de la nécessité. Ce qui nous amène à notre seconde question de sortie de projection : comment peut-on imaginer un tel degré de violence ? A cela, Schroeder nous répond que nous sommes bien naïfs. Dans son film, les gangs mitraillent en pleine rue et les passants n'en sont qu'à peine troublés. Ils sont simplement heureux de n'avoir pas pris une balle perdue. Cette scène qui paraîtrait très excessive dans un film d'action américain est tout simplement crédible dans une cité qui a la sauvagerie de Medellin.Schroeder n'en fait donc pas trop comme on pourrait, dans un premier temps, l'imaginer. La violence de son film, naturelle, presque humoristique voir « décontractée » est en phase totale avec la ville représentée. Schroeder n'en joue pas pour autant les moralisateurs (sa longue carrière américaine aurait pourtant dû l'y amener !). On sent très bien que, sous la critique de la corruption, du gangstérisme et de la misère, il y a un profond amour du cinéaste pour la ville de Medellin. Si la violence du film est froide, les personnages parfaitement amoraux (les jeunes amants de l'écrivain sont joués par des ados qui font partie de gangs dans le civil), il n'en reste pas moins que la passion de Schroeder transparaît. Le film est une vraie ode à ce pays dément et à ces gens qui ont su faire un détail de cette violence au quotidien pour ne garder que l'indolence.
La vierge des tueurs n'est certes pas un film parfait, mais ce sont ses imperfections qui lui confèrent un caractère unique. Mariage improbable (mais souvent réussi !) entre le classicisme du polar américain et la liberté du cinéma d'auteur européen.La vierge des tueurs
De Barbet Schroeder
Avec Anderson Ballesteros, German Jaramillo, Juan David Restrepo
France / Espagne / Colombie, 2000, 1h38
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