Affiche l'Apollonide

L'Apollonide, souvenirs de la maison close : critiques

Les critiques de Premiere

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    Aux antipodes d’un quelconque érotisme racoleur, L’Apollonide – Souvenirs de la maison close est un vrai mélodrame au souffle tragique et au faste éteint où les fantasmes d’amour et l’ivresse des étreintes hantent les corridors cramoisis. Pendant deux heures, le scénario épouse les trajectoires incertaines de belles endormies fanées avant d’avoir éclos, recluses dans un gynécée à l’abri du monde extérieur. En échappant aux écueils théoriques et en s’entourant de comédiennes toutes également remarquables, le cinéaste réussit, à force d’audaces narratives, à mêler l’émotion et l’abstraction, à stimuler l’intellect et le sensoriel pour tendre à l’universel. Il parle aussi de cinéma, donnant à mesurer la puissance des images, orchestrant la rencontre de réalisateurs qu’il a aimés dans un bordel à la recherche du temps perdu. Gangrené par une mélancolie proustienne, ce film-mouroir aurait pu empester la naphtaline. Il s’avère en réalité inquiétant et fascinant jusqu’à l’hypnose, regorgeant de fulgurances sublimement grotesques. En cette période de standardisation extrême, Bonello reste l’un des rares cinéastes capables de filmer, pour la beauté du geste, des larmes de sperme sur les joues tristes d’une fille de joie.
  • 4
    Avec L'apollonide, le réalisateur de De la guerre et Le Pornographe livre une vision moins politique que poétique de la prostitution. Formellement sublime sans pour autant verser dans le frou-frou nostalgique, le film d'époque de Bertrand Bonello est une longue rêverie, moderne et mélancolique. Un enivrant chant d'amour à la féminité, au glamour tragique.

Les autres avis de la presse

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  • Nouvel Obs ()1
    A la fin du XIXe siècle, un claque vit ses derniers jours sous la férule de Madame (Noémie Lvovsky). Les dix pensionnaires y vivent un enfermement ponctué de considérations pratiques (le prix du savon) et de litanies de fantasmes tordus (les clients). Bertrand Bonello retrouve la veine de "Tiresia" pour décrire un monde à l’agonie. Entre réminiscences de Max Ophüls, allusion à "l’Homme qui rit", de Victor Hugo, et fulgurances surréalistes (les fameuses larmes de sperme), il crée un univers sensoriel que sa splendeur étouffe et clôt l’ensemble d’un épilogue peu convaincant. On répugne, malgré tout, à bousculer un film dont l’ambition manifeste dépasse de loin les autres sorties de la semaine. Et puis Bonello (grâce à ses comédiennes, toutes formidables) filme admirablement la tristesse.
  • Le Monde ()4
    Aussi provocant que passionnant, l'entrechoc de ces univers anachroniques est au coeur du projet de Bonello. L'Apollonide est un voyage dans l'imaginaire des artistes du XIXe siècle, mais organisé par le regard de ce cinéaste esthète qui a placé le sexe et la question du genre au coeur de son cinéma.
  • Libération ()4
    Le cinéaste n’a jamais été aussi libre, aussi concentré, sa virtuosité discrète explose.
  • Les Cahiers du cinéma ()4
    Avec L’Apollonide, Bertrand Bonello signe peut-être son meilleur film et l’un des films français les plus ambitieux et amples qu’il nous ait été donné de voir depuis longtemps.
  • Le Parisien ()4
    Inspirée, envoûtante, la mise en scène de Bertrand Bonello trouve la distance juste pour raconter la vie quotidienne et théâtrale de ces filles que les hommes achètent, désirent, fantasment, aiment et abîment.
  • Elle ()3
    Qui dit ribambelle de filles dit ribambelle de jeunes actrices, toutes à découvrir. Quel est le bémol ? Le cinéaste ne semble pas avoir d'autre point de vue qu'esthétique.
  • Metro ()1
    la chair est si triste qu’on finit par trouver le temps long dans ce bordel pourtant riche de mystères et de contradictions.
  • A voir à lire ()3


    Une vie de femme(s) ; c’est ce que propose de nous faire découvrir Bertrand Bonello dans ce film oscillant entre tableau et fantasme, magnifiquement joué par une pléiade d’actrices. Un projet ambitieux du cinéma français à Cannes...
  • Fluctuat ()3
    Avec L'Apollonide, le réalisateur de De la guerre et Le Pornographe livre une vision moins politique que poétique de la prostitution. Formellement sublime sans pour autant verser dans le frou-frou nostalgique, le film d'époque de Bertrand Bonello est une longue rêverie, moderne et mélancolique. Un enivrant chant d'amour à la féminité, au glamour tragique.L'Apollonide est un bordel parisien de la fin XIXe siècle. Là, sous la direction d'une charismatique maquerelle (Noémie Lvovsky, géniale comme toujours), les jeunes femmes cohabitent, partageant Champagne et peines au gré des passes, en continu. L'une d'entre elles, surnommée La Juive, est un jour victime du sadisme d'un client qui lui découpe la commissure des lèvres au couteau : transformée en Joker féminin, elle sera désormais La Femme Qui Rit. Un monstre sexuellement délaissé par les hommes, exhibé comme au cirque. Le destin tragique de La Juive, cousine cinématographique de la Venus Noire, constitue le fil rouge du film, mais pas l'épicentre. Bonello préfère entamer une peinture groupée de cette étrange communauté féminine, où les filles sont à la fois partenaires de jeu glamour des hommes, mais également interdites d'amour, et esclaves de dettes à jamais impayées. Fuyant le sordide, le cinéaste baigne les plastiques de ses sculpturales actrices (Hafsia Herzi, Adèle Haenel, Céline Sallette) dans des lumières chaudes, charnelles, accompagnée d'une anachronique B.O sixties aux somptueux accents soul. D'aucuns reprocheront à bertrand bonello un regard prétendument emprunt de nostalgie sur les bordels d'antan, voire un hymne à la prostitution à l'ancienne. Ils lui feront un faux procès, puisque L'Apollonide n'omet jamais de documenter les souffrances, les détails triviaux et l'absence de perspectives de ses héroïnes, condamnées à la fuite en avant. Le film de Bonello n'est pas nostalgique, mais mélancolique. Il filme la beauté éphémère et crépitante de ces déesses, prisonnières d'une lignée éternelle (cf le post-scriptum contemporain), conscientes de leur fatalité. L'Apollonide n'est donc pas un film à thèse sur la prostitution, et ne porte aucun discours surplombant sur le plus vieux métier du monde. C'est avant tout une déclaration d'amour au corps de la femme et à la féminité au sein d'un grand film sensoriel, une symphonie composée d'étoffes chamarrées et de volutes de fumée, de courbes ondoyantes et d'ivresse feutrée, tenues en suspens par un subtil jeu d'échos et de correspondances organisé au mépris d'une structure narrative classique. S'autorisant des flashs surréalistes, Bonello refuse ainsi tout didactisme, toute ligne de lecture univoque, au profit d'une libération du sens et des sens, laissant dans la rétine un puissant et tragique parfum d'absolu. Eric VernayL'Apollonide - souvenirs de la maison close De Bertrand BonelloAvec Hafsia Herzi, Adèle Haenel, Céline Sallette Sortie en salles le 21 septembre 2011 - Suivez les fils festival de cannes, actrices sur le blog cinéma- Bertrand Bonello sur Flu : lire les critiques du Pornographe (2001), Tiresia (2003), Cindy (2005), De la guerre (2008)- Voir aussi : les actrices de Cannes 2011- Adèle Haenel à Cannes (vidéo)