Toutes les critiques de Harry Potter et le Prisonnier d'Azkaban

Les critiques de Première

  1. Première
    par Ghislain Loustalot

    Magie noire. Alors que l’écran est encore noir, les premières notes de musique s’égrènent comme un avertissement. Il s’agit bien de la mélodie d’Harry Potter, mais on y perçoit quelques dissonances troublantes destinées à installer, bien avant la première image, le climat fantastique et les nombreux bouleversements souhaités par Alfonso Cuarón, le nouveau réalisateur de ce troisième épisode. Une volonté de rupture exprimée d’ailleurs sur l’affiche: "Tout va changer." De facto, ceux qui ne sont plus comme avant sont les enfants. Ils ont grandi et mûri (13 ans dans la fiction, 14 en réalité). Devenus ados, ils jurent, savatent les meubles, se tapent dessus, s’habillent comme dans la vraie vie et font de temps en temps la découverte de nouveaux émois. La saga Potter se métamorphose avec ses acteurs, elle devient plus rebelle, plus torturée. Donc plus contemporaine. D’autant qu’Alfonso Cuarón, après les visions sans supplément d’âme livrées par Chris Columbus, a fait le choix de la noirceur, des doutes et des peurs liés à l’adolescence. Largement tourné au grand angle, son film est plus cru et rend bien compte de la métamorphose physique des enfants. Il vient au plus près observer le tumulte intérieur qui menace chez Harry, sorte de poor lonesome cow-boy incompris. Autres modifications profondes au service de ce parti pris: le travail sur l’obscurité effectué par le chef op, qui fait basculer l’ambiance vers l’étrange, et celui de la costumière, qui pousse le style des protagonistes vers un psychédélisme néobaba assez étonnant. Enfin, Alfonso Cuarón et son scénariste ont multiplié les impasses et les raccourcis. Décision judicieuse puisqu’ils leur permettent de mettre l’accent sur l’intensité dramatique de l’histoire en évitant les scories qui parasitaient les deux premiers. Le Prisonnier d’Azkaban (chaque ado n’est-il pas prisonnier de lui-même?) est un rite de passage vers l’âge adulte et réalisé comme tel. Harry Potter, c’est plus seulement pour les petits, c’est aussi pour nous ! Ghislain Loustalot