Gerry : critiques

Les autres avis de la presse

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  • Fluctuat ()
    Alors qu'il n'a pas trouvé de distributeur dans son pays d'origine, les Etats-Unis, Gerry n'est pas encore sûr de sortir en France. Et pourtant, pour ceux qui ont eu la chance de le voir dans les quelques festivals où il a brillé, le nouvel opus de Gus Van Sant a tout du chef d'oeuvre. Dans l'ardente attente d'une sortie nationale, on ne saurait se priver de l'évoquer.
    - Lire aussi la chronique du film Gerry (sortie en salle, mars 2004)
    - Lire aussi la chronique du film Elephant (Gus Van Sant, 2003)Pour les veinards qui se trouvaient dans la grande salle des Ecrans de Saint-Denis le 4 février dernier, cela ne fait aucun doute : le plus grand film vu cette année est Gerry de Gus Van Sant. La révélation fut inattendue : même si l'on connaît le talent régulier de l'Américain, l'idée d'un film dont les deux seuls personnages seraient interprétés par Matt Damon et Casey Affleck (le petit frère de l'autre) avait de quoi nous inquiéter. Mais, au bout de trois plans, à peu près 15 minutes du film, plus de doute possible : Gus Van Sant, avec une liberté qu'on lui connaissait, mais qui se trouve ici décuplée, nous entraîne dans une aventure cinématographique intense et rare.Une aventure qui se présente d'abord comme ludique. Ainsi, Gerry et Gerry, les deux héros du film, partent pour une promenade à pied, très pratiquée par les touristes, dans les Rocheuses, lieux chargés d'une histoire cinématographique immense. Ces deux cow-boys modernes nous entraînent dans une redécouverte d'un paysage aussi vierge qu'il est habité de nos souvenirs. Et la caméra de les accompagner dans d'immenses plans séquences filmés à la steady cam, glissant à leurs côtés, tel un troisième personnage omniprésent. Plans immenses dans leur durée, exploits techniques, mais surtout dans leur beauté plastique fulgurante. Cette beauté est bien sûr celle des lieux parcourus, inchangés et immortels, mais aussi celle de ces plans, fragiles, passant du net au flou quand le caméraman doit courir après les deux personnages. On sent vivre devant nous ce matériau fragile qu'est le film, de manière qu'on pourrait qualifier « d'expérimentale » tant le scénario paraît d'abord ne tenir qu'à un fil. Le cinéma nous happe ici dans son essence même : pas d'histoire à raconter, pas de message à faire passer, mais un espace-temps d'émotions pures.Du fil au film, le sens apparaît au moment même où les personnages s'égarent. D'abord pas très inquiets, les deux Gerry s'amusent et nous amusent du paysage montagneux dans lequel il tentent de retrouver leur chemin. Comme des enfants dans un parc, les dénivellations du terrain, les objets inédits, sont autant d'occasions de tester ses propres limites. Ainsi, lorsqu'il se retrouve coincé sur un rocher de 5 mètres de haut, dont on ne saura jamais comment il y est arrivé, Gerry/Casey n'a pour autre solution que de sauter, ce qu'il fait vraiment. Gus Van Sant nous joue là un comique topographique et abstrait inédit, hilarant et merveilleux, servi par ses deux acteurs, qui donnent beaucoup de leurs personnes.La phase ludique n'est pourtant pas éternelle. Après deux nuits sans eau, et sous l'impitoyable soleil du désert, les Gerry se rappèlent qu'ils sont avant tout des hommes, pas des personnages de cinéma, ce qui implique une limite. Le film met ainsi en jeu une limite fondamentale : celle physique de ses personnages, mais aussi et surtout, celle, bien plus abstraite et floue, de la liberté. En situant son film dans des paysages qui évoquent autant de films qu'une Histoire, celle d'un pays qui se veut le symbole de la liberté avec un grand L, Gus Van Sant pose un regard lucide sur les Etats-Unis : la liberté, à défaut d'être guidé, c'est aussi celle de se perdre. Pour ne pas dévoiler la fin du film, nous ne déflorerons pas plus avant ces pistes pour étayer notre lecture. Nous reviendrons dessus, espérons-le, après sa sortie en salle.Gerry
    Un film de Gus Van Sant
    Avec Matt Damon et Casey Affleck
    EU/2002/100'
    - Lire aussi la chronique du film Gerry (sortie en salle, mars 2004)
    - Lire aussi la chronique du film Elephant (Gus Van Sant, 2003)- Lire la brève Cannes Le Palmarès du 26.05.03.
    - Lire la brève Mémoire d'Eléphant du 19.05.03.
    - Lire la chronique cannoise du film Elephant, mai 2003.- Le site officiel (US).
  • Fluctuat ()
    « Gerry » arrive enfin sur nos écrans. Devancé par un fascinant et lancinant « Elephant » - réalisé après mais distribué avant - ce sublime objet filmique marque un tournant important dans la carrière de Gus Van Sant, et le propulse au rang des cinéastes les plus inspirés et innovants. Rien de moins !
    ... et Gerry dans le désert
    Gerry, on le sait maintenant, c'est l'histoire de deux jeunes hommes, Gerry et Gerry, qui se perdent dans le désert américain. Deux amis dont les liens vont être mis à rude épreuve. Deux corps soumis au dur régime de la fournaise des sables. La puissance du film est contenue là : dans cette intrigue de deux lignes se joue déjà un drame, une épreuve de force d'une rare intensité. Témoin de cette perte de repère, le spectateur partage cette expérience extrême de l'engloutissement des deux amis par le désert : on n'en sort pas indemne.Et pourtant, tout commence comme une simple promenade du dimanche, l'occasion pour deux post ados très communs de passer du bon temps sur leur patrimoine national, terrain de jeu bigger than life, le désert du Grand Canyon. La première partie du film est ainsi plutôt drôle, enchaînant les jeux insouciants et les conversations lambda des deux amis. Matt Damon et Casey Affleck, soit deux amis dans la « vraie vie » qui discutent pendant dix bonnes minutes de jeux vidéo, se lancent des vannes et se marrent en plan fixe, l'effet de réel fonctionne à plein, et le lien se tisse très vite entre ces deux braves gars et le spectateur, complice de ce trip retour à la nature.Evidemment, l'Eden retrouvé va bientôt se transformer en calvaire, puisque les deux amis se perdent. Commence alors un retour à la nature bien plus profond, celui qui renvoie à l'Homme son immense fragilité, à sa plus grande peur. La façon dont Gus Van Sant filme ses deux acteurs, dans de longs plans séquences caméra à l'épaule, déploie déjà dans ce film cette faculté, si particulière à son cinéma, d'enfermer ses personnages tout en déployant une immense empathie pour eux. Il y a de l'amour dans cette façon d'accompagner ces deux acteurs dans la durée (et la chaleur), et une tendresse émue dans le regard porté, qu'on retrouve bien sur dans Elephant. Car, ne l'oublions pas, le sujet de Gus Van Sant a toujours été la souffrance des jeunes, et l'amitié comme seul moyen de s'en sortir pour atteindre l'âge adulte. En ce sens, Gerry propose une véritable rupture : l'amitié se désagrège progressivement, pour s'achever dans une étreinte meurtrière. Marquant l'échec de l'humanité, de l'amitié, et la victoire du désert et de l'aliénation.A l'Ouest, du nouveau
    Si la carrière de Gus Van Sant est marquée par des recherches esthétiques très variées (il navigue du cinéma indépendant aux studios en passant par un film quasi-expérimental, le remake plan par plan de Psycho d'Hitchcock), et un ton parfois très noir (Prête à tout, ou le génial My Own Private Idaho), il n'était jamais allé aussi loin dans le désespoir. Elephant ne fait que prolonger ce mouvement vers l'engloutissement. Van Sant, après avoir dit merde à la logique des studios Hollywoodiens avec son extrémiste Psycho, radicalise sa mise en scène et réduit son propos au minimum syndical. La force vive de Gerry, ce qui en fait un chef d'oeuvre solaire et non crépusculaire, c'est peut-être cette idée « lumineuse » de confronter la misère des sentiments humains à la grandeur quasi onirique du désert américain. On pense ainsi parfois à la Cicatrice Intérieure, film de Garrel ou lui-même et Nico erraient déjà dans un désert de rêve.Milieu où l'ouverture infinie côtoie le sentiment d'enfermement et de mort, où le déjà vu côtoie l'inattendu, le désert américain est ce lieu mythique, emplie d'un inconscient qui va au-delà des images de Western. Terre d'un génocide jamais avoué, ce paysage où tout peut arriver, où tout est arrivé, a récemment inspiré des films qui ont un point commun fort. De l'autre côté de Chantal Akerman, documentaire sur la misère des villages mexicains à la frontière du désert américain, et 29 Palms de Bruno Dumont, film d'horreur à retardement. Ce qui réunit ces films et Gerry, ce sont ces longs plans séquence, qui bien que provenant de contextes différents, ne sont pas si éloignés les uns des autres. Dans chacun d'eux, on laisse le temps au paysage désertique de se déployer, dans toute sa beauté et son horreur. Avec ou sans acteurs, cet espace joue un rôle crucial, il recèle en lui une tension faite d'Histoire et d'histoires, de reliefs et de mémoire.Tirant magistralement parti des ambiguïtés de cet espace, Gus van Sant réalise une ballade où la mort est comme naturellement engendrée par une trop grande beauté. On peut rendre ici hommage à Harris Savides, chef opérateur attitré du réalisateur, grâce à qui les images du film sont de pures merveilles, envoûtant le spectateur pour mieux le prendre au piège. Porté par une liberté et une indépendance des plus remarquables, Gerry est ainsi tout simplement un des plus beaux films qu'on ait pu voir depuis des lustres.Gerry
    Un film de Gus Van Sant
    Avec : Matt Damon, Casey Affleck.
    Ecrit et monté par Gus Van Sant, Matt Damon et Casey Affleck.
    Sortie nationale le 3 mars 2004DVD disponible chez MK2 éditions
    DVD9 - Film couleurs - PAL - Zone 2-
    Contient : Making of, Entretien avec Serge Kaganski, Projet d'affiche, Bande-annonce
    16/9 compatible 4/3[Illustrations : droits réservés mk2]
    - Consulter le Top 10 Cinéma de l'année 2004
    - Consulter les salles et séances du film sur Allociné.fr
    - Avant la palme cannoise : lire la présentation du film Gerry, alors que le film tourné en 2002 et présenté dans différents festivals n'avait pas encore trouvé de distributeur (chronique de février 2003 par Laurence Raymond)
    - Lire aussi la chronique du film Elephant (Gus Van Sant, 2003)
    - Lire la chronique de De l'autre côté de Chantal Akerman
    - ... et celle du film 29 palms (Bruno Dumont, 2003)
    - Le site officiel du film
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