Gainsbourg (Vie Heroique) : critiques
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La critique de Premiere
(1) 2-
Bernard
Achour2Dieu qu’on était prêts à l’adorer, ce film ! Hélas, non. Pourtant, le pari théorique est relevé sans fausse note. L’exhaustivité documentaire propre à l’écrasante majorité des biopics est balayée, remplacée par un onirisme subjectif à base de gueules géantes, d’un double méphistophélique du héros et d’envols libérateurs à la Peter Pan. La ressemblance et le mimétisme hallucinants d’Éric Elsmonino à l’égard de son modèle sont cultivés jusqu’au vertige. Quant à la mise en images de Joann Sfar, elle est ample et parfois inventive. Sauf que l’essentiel se voit comme « ripoliné » par une admiration et une bienveillance paralysantes pour le personnage. Les démons de Gainsbourg ? On les voit à peine. L‘origine profonde de sa musique ? Un juke-box arbitraire de saynètes informatives suivies de clips. La nature de ses relations avec les femmes ? Un défilé de sosies où, pour une Laetitia Casta géniale en Bardot, la France Gall de Sara Forestier et la Juliette Greco d’Anna Mouglalis relèvent du bonus DVD, rubrique « Scènes coupées ». Faute
d’une progression dramatique digne de ce nom et d’une approche générale plus racée, le collage bio de morceaux choisis, sans tabac ni alcool (ou si peu), devant lequel on se retrouve souvent séduits, émeut cependant rarement.
Les autres avis de la presse
(19) 3- StudioCiné Live (Sophie Benamon) 3(...) le film ne tiendrait pas sans l'incroyable interprétation d'Eric Elmosnino. Acteur de théâtre renommé, il a chopé l'élégance, le phrasé, l'ironie de Gainsbourg sans jamais tomber dans l'imitation. Du grand art.
- Les Cahiers du cinéma (Joachim Lepastier) 3Dommage que le film n'interroge pas plus ces sardoniques échecs et mat à la connerie car ce sont dans ces petits gestes en regard de son oeuvre, mais si signifiants pour le personnage, que vibre l'héroïque panache de Gainsbourg Serge.
- L’Ecran Fantastique (Yann Lebecque) 3Visuellement abouti, Gainsbourg (vie héroïque) n'a pas été réalisé par un dessinateur de BD pour rien : la cadre est travaillé, les arrières-plans souvent splendides, le générique d'ouverture en dessins animé, très réussi, rappelant la filiation entre le septième et huitième art.
- Positif (Gregory Valens) 2Quelques trouvailles poétiques et une séquence hilarante laissent encore entrevoir le film que Sfar n'aura pas fait, faute d'avoir su trancher entre laisser libre cours à son imagination et respecter les passages obligés du biopic.
- Elle (Anne Diatkine) 3Il faut aller voir ce "Gainsbourg", premier long-métrage de Joann Sfar, dont les parties les plus réussies sont celles où le dessinateur ne s'efface pas derrière l'admiration qu'il a pour son sujet. Le rôle-titre est tenu par Eric Elmosnino, d'autant plus exceptionnel qu'il allie ressemblance étonnante et singularité, en s'échappant sans cesse de la copie.
- Les Inrocks (Serge Kaganski) 4De l’étoile jaune à Rouget de l’Isle de la Jamaïque, la “vie héroïque” de Serge Lucien Ginzburg vue par Sfar, c’est ça : un exemplaire parcours d’intégration républicaine, une identité nationale rêvée et réelle, à la fois indiscutablement française et sensuellement métèque, incarnée par un Juif érotomane, grilleur de Gitanes, mal rasé, qui a secoué l’héritage de Nerval, Prévert et Vian à coups de modernité anglaise et de déhanchements rastas. “Roll over Besson, tell Sarkozy the news” : apparemment situé dans le passé, le film de Sfar projette un roman national de salubrité publique pour notre temps.
- Fluctuat.net (Eric Vernay) 4Par ses oublis volontaires (le billet de 500 francs brûlé devant une caméra de TV, par exemple) et son insistance sur d'autres points (la rencontre avec Vian, la polémique « La Marseillaise »), ses choix esthétiques marqués (morceaux qu'on redécouvre réarrangés et chantés par les acteurs, Gainsbourg joué par une non-star - Eric Elmosnino - au jeu subtilement décalé) et ses libertés réjouissantes (les frères Jacques joués par le Quatuor, jolis portrait des parents de Gainsbourg), le film de Sfar impose un vrai personnage de cinéma, un « Gainsfar » attachant, drôle, insaisissable et forcément fantasmé : à la hauteur du mythe.
- Nouvel Obs (Nicolas Schaller) 3C’est inventif, inspiré, porté par l’époustouflant Eric Elmosnino, théâtreux qui ne devrait pas le rester, et par un casting féminin à vous mettre l’eau à la bouche.
- L'Express (Christophe Carrière) 4Donner chair au double de Gainsbourg, le fameux Gainsbarre, grâce à une marionnette vivante affublée d'une gigantesque gueule de carnaval n'est pas la seule idée de génie du réalisateur. Il y a également cette volonté de montrer les femmes de Gainsbourg telles que l'inconscient collectif les désire (mention spéciale à Laetitia Casta en Brigitte Bardot) et la chance (il en faut aussi) d'être tombé sur Eric Elmosnino, suffisamment talentueux pour éviter le simple numéro mimétique. Et, de la décoration à la lumière en passant par les costumes, tout participe d'un élan artistique désignant Gainsbourg (vie héroïque) comme l'exemple parfait du vrai bon film français.
- 20 Minutes (Caroline Vié) 3Ce qui n'aurait pu être qu'un biopic classique se révèle comme une ode à l'artiste. Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar vibre de talents conjugués. Eric Elmosnino éblouit dans le rôle-titre. Les muses, de Laetitia Casta et Anna Mouglalis à la regrettée Lucy Gordon, sont exceptionnelles. Philippe Katherine compose un épatant Boris Vian, source d'inspiration pour Gainsbourg comme pour Gainsbarre. Joann Sfar, star de la BD passée à la réalisation, ne se contente pas de livrer une galerie de clichés. Il puise dans son monde intérieur pour fantasmer celui de son sujet, faisant prendre à son film des allures de fête foraine. Le «péril juif», créature cauchemardesque, et la «gueule», marionnette alter ego, marquent le film du sceau d'un auteur complet.
Cette balade à la bande-son magique rappelle que le compositeur reste inégalé dans ses créations comme dans ses provocations. On peut ne pas adhérer au parti pris de Sfar, qui a privilégié sa vision de Gainsbourg à la réalité. Il faut lui concéder des points pour son originalité et sa passion communicative pour l'Homme à tête de chou. Néophytes et inconditionnels trouveront leur compte dans cette vie rêvée, coup de chapeau malicieux d'un artiste à un autre. - Le Monde (Thomas Sotinel) 2En tenant fermement la réalité à distance, Joann Sfar peut peindre le Gainsbourg qu'il aime, celui dans lequel il se reconnaît. (...) Ces fantaisies dans le récit s'incarnent dans une distribution presque toujours judicieuse. (...) Hélas, le temps qui passe semble avoir pesé sur les épaules de Joann Sfar et les vingt dernières années de la vie du chanteur sont moins bien traitées que sa jeunesse. Le film aligne alors les anecdotes, met littéralement en scène des épisodes connus (dont l'affrontement avec les associations d'anciens combattants qui protestaient contre la mise au pas du reggae de La Marseillaise) et surtout se montre d'une grande gaucherie lorsqu'il lui faut parler des aspects les moins sympathiques de la vie du chanteur.
- A voir à lire (Camille Lugan) 3Certes, Joann Sfar a encore à trouver sa voie sur le terrain cinématographique ; le film manque parfois de s’essouffler, cherche la direction qu’il doit prendre. Mais il faut lui reconnaître, accompagné d’une certaine humilité, un investissement personnel et créatif riche en inventivité, qui fait de Gainsbourg un film au final très intime, sur un artiste qui a pourtant toujours joué de la frontière entre provoc’ publique et affaires privées. Ses idées scénographiques, peuplées comme il se doit de dessins et de créatures aux contours déformés, qui se matérialisent dans le réel sans moins de magie que dans un « conte » - la plus belle et la plus suivie étant le personnage de La Gueule, sorte de Mister Hyde individuel du Serge lunatique et solitaire -, sont rehaussées par une photographie et des décors veloutés, où objets et corps apparaissent comme irréels dans une lumière savoureuse. Servis par cette atmosphère d’inquiétante féerie, les acteurs choisis pour le film n’ont plus qu’à jouer les cartes des mythes qu’ils incarnent, depuis une Laetitia Casta toute fauve en léopard et cuissardes, jusqu’au mimétique Éric Elmosnino, à la « gueule » hagarde derrière ses écrans de fumée de cigarette. Gainsbourg a le mérite de se déprendre de la logique traditionnelle du biopic ; foyer de notes et de couleurs, réconciliant les genres comme le faisait Serge avec le reggae et l’hymne national, il fait tout pour que nous l’aimions... le temps d’une chanson.
- Télérama (Pierre Murat) 2Après la tornade Bardot, Joann Sfar a un peu de mal à cacher ce qu'il avait brillamment dissimulé dès le début : un scénario fait de sketchs successifs. Défilent, mécaniquement, Serge et Jane B. (mmhouais), Serge et La Marseillaise (bof), Serge et Bambou (boum badaboum). Gainsbarre ne semble plus seulement avoir dévoré Gainsbourg, mais Sfar, aussi, incapable, soudain, de couper des scènes trop longues. Et d'aller droit à l'essentiel. Alors que ce que l'on aime, dans cette biographie qui n'est pas un « biopic » à l'américaine, c'est, précisément, la réunion, à travers le temps, d'un fan éperdu et de son idole. La rencontre de leurs deux imaginaires. Et leur déraison.
- Libération (Phillipe Azoury) 2Gainsbourg est un tel trésor national cool qu'on s'étonne aussi que le dessinateur prolifique ait pu faire passer dans une reconstitution coûteuse les quelques idées visuelles et scénaristiques qui tiennent ce film à des kilomètres du Panthéon mi-film mi-récité d'usage.
- Le Figaro (Olivier Delcroix) 4Eric Elmosnino ressuscite l'artiste avec brio, tandis que Laetitia Casta incarne une Brigitte Bardot plus sensuelle que jamais.
- Paris Match (Alain Spira) 3C'est avec le bout incandescent d'une Gitane bien allumée que le dessinateur Joann Sfar signe le plus beau tableau cinématographique que l'on pouvait faire du grand Serge. En réincarnant d'une façon sidérante ce grand séducteur à la beauté des laids, Eric Elmosnino se fait mieux qu'un nom : une renommée. Les actrices sont sublimes, et Casta, plus Bardot que jamais. Gainsbourg est un beau film d'auteur, un objet artistique à la fois élégant et décontracté, un peu comme une barbe de trois jours...
- Pariscope (Arno Gaillard) 3Cette « gueule » qui accompagne l’homme à la tête de choux, lui colle même aux basques, est une belle idée du réalisateur venu de la bande dessinée, univers omniprésent dans ce film. Joann Sfar, auteur du célèbre « Le chat du rabbin » s’accapare avec une belle énergie Gainsbourg et ses mensonges qui deviennent grâce au cinématographe des vérités; il réalise une œuvre libre, un portrait irrespectueux mais amoureux de l’artiste aux semelles de Repeto. Frehel, Greco, Vian, les frères Jacques, Bardot et Birkin sont là, comme cet homme de génie torturé sans doute de ne jamais avoir pu vivre de ses premières amours, la peinture. Oui, cet immense auteur/compositeur hanté par Bacon et d’autres fantômes, dissimulés dans les célèbres murs noirs de la maison de la rue de Verneuil, est tout entier dans ce conte.
- Fluctuat () Faisant fi des révérences, l'as de la BD Joann Sfar réenchante le mythe serge gainsbourg à sa sauce fantastico-yiddish, pour un biopic foisonnant aux allures de conte musical. Fluide, tendre et très inspiré.serge gainsbourg, ce mythe. Comment en brosser le portrait sans être en deçà du personnage ? Joann Sfar, de son aveu même, ne s'intéresse pas « aux vérités » de l'Homme a la tête de chou, mais « à ses mensonges ». « Quand la légende est plus belle que la réalité, imprimez la légende », professait un journaliste dans L'Homme qui tua Liberty Valance, de John Ford. Sfar suit l'adage à la lettre, et va même plus loin, ajoutant son grain de folie au biopic attendu. Autre inquiétude possible avec ce biopic : des acteurs de chair et d'os vus par un auteur de BD, ça donne quoi, un cartoon vivant ? Pas forcément, témoin Les Beaux gosses de Riad Sattouf, par exemple, la meilleure comédie française de 2009. En 2010, sur les traces de Sattouf (qui fait un petit caméo dans le film), Sfar est déjà en lice pour le meilleur biopic de l'année.Conte gothiqueBaigné dans des tons sépias, le début du film laisse craindre un objet ripoliné à la poésie de brocante type Jeunet. Accordéons, Paris rétro, ça sent bon la France des 1940's. Mais Sfar trouve vite les armes créatrices pour déjouer les pièges de la carte postale. Juif d'origine russe, Lucien Ginsburg est un petit garnement plein d'imagination. A travers ses yeux d'artiste précoce, le film réenchante à vitesse grand V la France Occupée, se changeant en un étonnant conte gothique. Les affiches de propagande antisémite deviennent des personnages vivants (La Patate aux yeux jaunes et au nez crochu), l'étoile jaune un insigne de shérif. Ces ombres travaillent l'imaginaire de Lucien, et se confondent avec sa découverte émerveillée du corps féminin, dans une Ecole des Beaux Arts parisienne. La nuit, quand son père dort, il se met à jouer du piano pour ses frères et soeurs. Rebelle de naissance, déjà grand séducteur, le garçonnet fait les 400 coups avec audace et bagout. Gainsbourg (vie héroïque) suit l'itinéraire chronologique de Lucien G. Charmeur et provocateur, Gainsbourg ne change pas en grandissant. Devenu Serge, et ayant renoncé à la peinture, il est toujours à l'étroit dans un corps qu'il trouve hideux. Fondatrice du film de Sfar, cette dualité psychologique est traduite à l'écran par l'apparition régulière d'un double gainsbourgien. Sorte d'extension cartoonesque et torturée du chanteur, La Gueule succède à la Patate comme face sombre du personnage. C'est son petit démon aux traits caricaturaux et en latex, avec qui il peut laisser libre cours à ses obsessions maladives : judéité, laideur, haine de soi, autodestruction. Fil rouge du film, ce dialogue intérieur n'est jamais ridicule, et donne sens à un film éclaté en tableaux successifs. La vie comme un juke-boxA l'écran, la légende défile comme une valse entraînante, par périodes immédiatement reconnaissables : juliette gréco, brigitte bardot, jane birkin, Bambou... Jalons glamour émergeant telles des icônes du voile de fumée soufflé par la star dégingandée, les femmes de Gainsbourg sont croquées rapidement mais sûrement, sublimées en quelques coups de pinceaux, avec vitesse et style (yeux de chat de la Greco, jambes de la Birkin), dans une gamme de couleur précise (périodes rouge, jaune, blanche, puis bleue), tandis que Gainsbourg change de visage : ambiance yiddish de l'enfance, jeunesse classe en complet noir, époque dandy négligé, puis Gainsbarre le rasta. Ce découpage très graphique peut faire penser au morcellement de I'm Not There, le biopic de Todd Haynes sur Bob Dylan, joué par plusieurs acteurs pour mieux dire les personnalités multiples du « Zim ». Sfar, lui, ne voit qu'un personnage avançant dans un décor multiple. La vie de Gainsbourg ressemble à un juke-box. Serge saute de chansons en chansons, de femme en femme, toujours en mouvement, merveilleux, volant avec son double sur Paris, se retrouvant à Kingston (en fait, Berck avec des palmiers !), ou dans un décor à la Pierrot le fou (avec Birkin)... Tous ces mythes aux allures de clichés ont l'avantage d'être identifiables en un coup d'oeil. Deux plans rapides sur une chevelure de feu, un haut de cuisse sensuel, trois accords épiques de « Initials BB » en disent plus sur Bardot que beaucoup de verbiages. Parfois, on se croirait presque dans un Tarantino tellement la musique fait corps avec l'image. Il y a donc un côté feuilleton, et feuilletage de livre d'images dans le film, mais qui, loin de le desservir, permet à Sfar de subvertir son sujet « intouchable » avec d'une part un barnum fantastique personnel et inspiré, et d'autre part une légèreté incroyable : pas besoin d'expliquer, en effet, qui est BB. Tout coule de source, les dialogues ne sont pas explicatifs, mais directement dans le vif du sujet, c'est à dire dans les détails et la fantaisie. Fantasme assuméPar ses oublis volontaires (le billet de 500 francs brûlé devant une caméra de TV, par exemple) et son insistance sur d'autres points (la rencontre avec boris vian, la polémique « La Marseillaise »), ses choix esthétiques marqués (morceaux qu'on redécouvre réarrangés et chantés par les acteurs, Gainsbourg joué par une non-star - Eric Elmosnino - au jeu subtilement décalé) et ses libertés réjouissantes (les frères Jacques joués par le Quatuor, jolis portrait des parents de Gainsbourg), le film de Sfar impose un vrai personnage de cinéma, un « Gainsfar » attachant, drôle, insaisissable et forcément fantasmé : à la hauteur du mythe.Gainsbourg (vie héroïque)De Joann SfarAvec Eric Elmosnino, Lucy Gordon, Laetitia Casta, Anna MouglalisSortie en salles le 20 janvier 2010[mediabox id_media="119957" align="null" width="500" height="332"][/mediabox] Illus © Universal Pictures International France Eric Vernay- Exprimez-vous sur le forum cinéma- Suivez les fils biopic, musique au cinéma sur le blog cinéma- Portrait de Serge Gainsbourg- Les biopics en images : les héros et leur double- Le biopic à la françaiseEn librairie : - Gainsbourg (images), de Joann Sfar, Dargaud. Un portfolio regroupant des aquarelles réalisées par Joann Sfar lui-même, avant, pendant et après le tournage. - Gainsbourg en dix leçons, de Bertrand Dicale, Pocket (réédition). Issues d'une série de cours données à la Cité de la musique, dix leçons pour connaître l'essentiel sur la vie et l'oeuvre flamboyante du chanteur.
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