Affiche Des filles en noir

Des filles en noir : critiques

La critique de Premiere

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    Jean Paul Civeyrac, filme ces filles blafardes qui font la gueule et portent des barrettes en forme de toiles d’araignées dans leurs cheveux telles de sombres silhouettes en voie d’évanescence. Uniquement définies par leur désir acharné de se tuer, Noémie et Priscilla avancent vers leur destin sans qu’on comprenne vraiment ce qui constitue l’essence de leur mal-être. Du coup, leur quête d’absolu, totalement désincarnée, devient par moments caricaturale, et on a beaucoup de mal à s’attacher à ces Virgin Suicides gothiques sans chair. Si le film, trop volontairement cérébral, échoue à nous transmettre le malaise adolescent avec son « romantisme » macabre, il capture quelque chose de bien plus authentique dès qu’il aspire à montrer les influences potentiellement dangereuses des amitiés trop fusionnelles. Là, alors oui, on commence à voir clair dans ces Filles en noir.

Les autres avis de la presse

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  • Positif () 2
    Cette vision très manichéenne de deux générations finit donc par figer cette chronique du désenchantement qui bénéficie pourtant de deux jeune interprètes de grand talent.
  • Brazil () 2
    Lorsque Des filles en noir décolle enfin, l'avenir incertain des deux jeunes femmes nous prend aux tripes. Marcher sur les pas de Noémie et Priscilla, c'est faire un bout de chemin avec des milliers d'adolescentes en détresse, d'anonymes martyrisés par la vie.
  • Nouvel Obs () 2
    Parents épuisés mais aimants, système scolaire dépassé, flics prompts à leur faire la leçon… personne ne sera en mesure de le contrecarrer. Œuvre politique magistrale et chronique du désenchantement délicate, « Des filles en noir » trouve son acmé dans la peinture des aubes, recommencements dont les filles ne veulent plus. C’est un formidable film sur l’absolu.
  • Chronic'art () 1
    Elles ne sont pas seules, d'ailleurs, à essuyer les frais de la caricature. Car le reste du monde obéit à cette orchestration outrageusement figurative, et se noie dans une vision sociale comparable à celle d'un ado en crise. Chaque instance ne fait qu'obéir à sa logique, implacable : les parents sont largués et désarmés, l'école remplace l'écoute par la discipline, le prince charmant est d'une indifférence crasse, et le seul soupirant aux alentours est nécessairement un trentenaire encravaté et borderline, dévoré par la frustration. On pourra invoquer la tentative de saisir les inquiétudes profondes dissimulées derrière les comportements ordinaires et le langage prétendument libéré de notre époque, et d'interroger culturellement les racines de l'élan suicidaire. Mais le terrain arpenté par le cinéaste est trop sociologiquement connoté pour autoriser une quelconque immersion : tout comme les héroïnes entretiennent un rapport à la mort empreint de la « pensée magique » chère aux charlatans, il faudra s'en armer jusqu'aux dents, de pensée magique, pour croire à ce salmigondis d'artifices.
  • Les Inrocks () 4
    Ni film socioréaliste, ni 100 % film de genre, Des filles en noir est en parfait équilibre entre ces deux pôles, entre fait de société (le suicide chez les jeunes) et regard stylisé (le romantisme noir), tel un sujet à la Pialat filmé par Murnau ou Tourneur.
    Civeyrac fascine par la beauté d’un plan, le filmage d’un visage, restitue le frisson d’un crépuscule, fait deviner la menace invisible d’un hors-champ.
    Il a trouvé en Elise Lhomeau et Léa Tissier deux extraordinaires félines, deux débutantes qui portent le film avec une grâce et une intensité absolument stupéfiantes.
    Pas simple, quand on est un cinéaste quadra, de filmer des jeunes filles sans fausses notes et sans clichés.Animé par une belle croyance en son art, en son sujet et en ses actrices, Jean-Paul Civeyrac livre une partition quasi parfaite, délicate et inspirée, intense et sans concession, saisissant quelque chose de l’absolu de la jeunesse sans crainte, sans effarement et sans paternalisme.
    Une modeste splendeur.
  • L'Express () 1
    Des filles en noir est un film sec aux péripéties minimales et à la psychologie réduite au constat de départ. C'est là que le bât blesse : l'histoire n'est qu'un constat et le récit fonctionne sur le mode programmatique du début à la fin. Tout est tellement prévisible que l'intrigue, alors qu'elle aurait dû faire écho au monde, se referme sur elle-même. Seules surnagent les deux jeunes comédiennes néophytes, Léa Tissier et, surtout, Elise Lhomeau.
  • Le Monde () 3
    Romantiques d'aujourd'hui. L'un des grands mérites de Jean-Paul Civeyrac est de redonner à ce courant ses lettres de noblesse. Trop souvent caricaturé en symptôme de fièvres et de pâmoisons sentimentales, le romantisme est culte ardent d'une passion sans partage, ivresse d'infini et révolte.
  • A voir à lire () 2


    Face à la difficulté de vivre de deux jeunes filles, Jean Paul Civeyrac signe un film à fleur de peau aussi démoralisant que touchant.
  • Télérama () 3
    Civeyrac assume, lui, son statut d'adulte, sa maîtrise, et une certaine sagesse bienfaisante, qui voit plus loin que l'impasse tragique. En pointant l'inaptitude de Noémie à pleurer, il suggère qu'une chrysalide de froideur enserre l'adolescente, lui barrant encore l'accès à la vie. Il place aussi, furtivement, la candidate au suicide au chevet d'une très vieille dame moribonde, aphone. Scène magnifique : quand Noémie, par provocation, lui annonce sa décision d'en finir, on entend à peine un souffle, mais c'est une protestation viscérale. Les dernières forces d'un corps exsangue mobilisées pour tenter de sauver une fille du noir.
  • Journal du dimanche () 2
    Loin de toute sociologie ou discours attendu, mais au plus près de ses deux héroïnes radicales et quasi démoniaques, ce film met en place un dispositif oppressant, comme contaminé par une fébrilité ambiante qui fascine, désole, révolte.

    Le spectateur est ainsi pris à bras-le-corps par une mise en scène en forme de chorégraphie troublante et macabre. Le tout dans un réalisme cru.
  • Fluctuat ()
    Les solitaires, Fantômes, Le doux amour des hommes, Mon prince charmant : les titres des films de Jean-Paul Civeyrac dégagent à eux seuls une atmosphère romantique et ténébreuse, qu'on retrouve dans Des filles en noir. Sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs, le sixième long-métrage du réalisateur fait crisser au cutter mais avec un gant de velours la trajectoire oblique de deux adolescentes suicidaires, Noémie et Priscilla, astres noirs en révolte contre une société trop calibrée et amorphe pour les satisfaire. L'une (Elise Lhomeau) a les cheveux blonds, le nez piercé, l'oreille tatouée. Elle vit chez sa mère, qu'elle a du mal a supporter, et défie le monde entier de son regard de chat sauvage. L'autre (Léa Tissier), brune au teint livide, est plus fragile et influençable. Dès qu'on la laisse seule, elle se sent aspirée par son propre vide existentiel. Amies et âmes soeurs, ces deux « filles en noir », d'apparence discrètement « gothique », annoncent à la fin d'un exposé de français sur Kleist qu'elles vont, comme le poète romantique allemand et sa compagne Henriette Vogel, se suicider ensemble. Cette bravade claironnée « pour faire chier » alerte les professeurs et les parents, d'autant que Noémie a déjà tenté de mettre fin à ses jours en s'ouvrant les veines. Dès lors, l'imminence du passage à l'acte imprègne le film d'une menace latente. Plus désireux de réalisme que dans ses précédents films Fantômes et A travers la forêt, Jean-Paul Civeyrac cultive toujours un goût pour les images mystérieuses, telle cette vision bunuellienne apposant, par le montage, un coup de cutter et un croissant de lune coupant. C'est dans cet entre-deux fragile que le film s'infiltre. Les dialogues anti-naturalistes contrastent avec le décor de banlieue, grisonnant et agressif comme dans un film de Ken Loach, alors que les élégantes silhouettes de Priscilla et Noémie, découpées par d'intenses contre-jours, font tache d'encre sur le ciel d'un blanc aveuglant. Cette réalité flottante, insatisfaisante donne l'assise sociale et politique au film, qui épouse le regard ultrasensible et frustré des deux héroïnes, sorte de Thelma et Louise teen, buttant sur la réaction autosatisfaite des adultes. Qui pourrait détourner les jeunes filles de leur funeste dessein ? Cette professeur de flûte par exemple, l'une des seules personnes adultes que Noémie respecte, avec sa grand-mère mourante, chuchotant un « faut pas !» dérisoire avant le faux pas. Un rien va en décider.Ce Virgin suicides maquillé en noir, qui atteint son acme dans une scène magnifique où les corps livrés à la mort des deux jeunes filles, séparés dans l'espace, semblent fusionner en esprit, trouve une étonnante conclusion, calme et diffuse comme un petit matin. Dans un dernier mouvement rendu onirique par de gracieuses respirations en fondus au noir, Civeyrac, ébauche admirablement la naissance d'une femme indépendante, dont les traits jusqu'alors camouflés derrière un masque protecteur, se pigmentent avec la rosée, embrassant peu à peu la vie dans toute sa violente netteté. Des Filles en noirDe Jean-Paul CiveyracAvec Elise Lhomeau, Léa Tissier, Elise CaronSortie en salles le 3 novembre 2010 Illus © Les Films du Losange Eric Vernay- Suivez le fil quinzaine des réalisateurs sur le blog cinéma  - En images : les actrices à suivre en 2011
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