D'Amour Et D'Eau Fraiche : critiques

Les autres avis de la presse

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    C'est l'histoire d'une dérive, d'une chute sociale. D'amour et d'eau fraîche, deuxième film d'Isabelle Czajka après L'Année suivante (2007), questionne le mythe de la jeunesse insouciante dans la France d'aujourd'hui.Dans L'Année suivante, l'héroïne quittait le lycée avant le bac. Dans D'amour est d'eau fraîche, elle lâche son emploi dans une agence de communication. Filmée par Isabelle Czajka, qui semble avoir trouvé en elle son Antoine Doinel, la pétillante Anaïs Demoustier interprète ces deux variations autour de la dérive « volontaire », version adolescente de 17 ans, puis jeune femme active de 23 ans. Julie Bataille, Bac+5 issue de la classe moyenne, est une « jeune active sans emploi » comme la France de Sarkozy en compte à la pelle. Eternelle stagiaire, elle peine à trouver sa place au sein d'une société qui lui ferme ses portes. Dans la première partie du récit, Czajka filme avec justesse et humour ce parcours du combattant sans héroïsme, suivant un tracé descendant, en pente douce. Humiliations au boulot, démission sur un coup de sang, petits jobs inintéressants pour pouvoir continuer à payer le loyer de 600 euros par mois pour un studio, parents qui n'y comprennent rien, grand-frère la morale et amants de passage. Une vie en CDD en somme, aussi bien d'un point de vue professionnel que sentimental. Au milieu de ce décrochage progressif - motif récurrent de films français récents comme Huit fois debout ou Versailles -, géographique (du centre de Paris à la campagne) et social (de la classe moyenne à la lisière de la prostitution), Julie fait la rencontre d'un charmant voyou (Pio Marmaï, excellent), qui va l'entraîner dans son monde d'oisiveté crapuleuse, vers une marginalité forcément plus excitante que son quotidien assommant. Paradoxalement, le film, jusqu'ici alerte et stimulant, rentre alors dans les clous plus prévisibles du mythe maintes fois filmé de la cavale amoureuse à la Bonnie and Clyde. D'abord récalcitrante, la belle se laisse séduire par la bête, et part avec lui vers l'Espagne. Lucide, elle lui déclare : « Ca se finit toujours mal. - Les histoires d'amour ? - Non, les histoires de loubards ». On pense alors au beau film de Benoît Jacquot, A tout de suite, et à l'affaire Rey-Maupin, fait-divers tragique qui avait conduit en 1994 une fille de bonne famille à attaquer des policiers à main armée, en compagnie de son Clyde Barrow d'extrême gauche. Dans le film de Czajka, l'amour reste sauf : « quand on aime vraiment, on aime toujours. » Même si ce fut un fantasme, Julie Bataille aura eu, au prix fort, un semblant de jeunesse. En ce sens, D'amour et d'eau fraîche, film sobre et désenchanté, fait le portrait sans mélancolie d'une génération sacrifiée.D'amour et d'eau fraîcheDe Isabelle CzajkaAvec Anaïs Demoustier, Pio Marmaï, Laurent PoitreneauxSortie en salles le 18 août 2010 [mediabox  id_media="130450" align="null" width="550" height="366"][/mediabox] Eric Vernay- Exprimez-vous sur le forum cinéma  - En images : les actrices à suivre en 2011