Avanim : critiques

Les autres avis de la presse

(1) 0
  • Fluctuat () 0
    Après une trilogie new-yorkaise remarquée, Avanim ("les pierres") confirme le goût de Raphaël Nadjari pour les personnages sans aucun signe distinctif, et pourtant immanquablement borderline. Avec lui, l'extra-ordinaire drague le calme et les ruptures identitaires crissent sous les draps.
    Pour avoir vu sa trilogie new-yorkaise, composée de The Shade (1999), I am Josh Polanski's brother (2001) et Apartment 5 C (2002), on se faisait déjà quelques idées autour de Raphaël Nadjari, des traits de caractère, des préférences - une histoire, en somme, qui semblait le poursuivre : avoir longtemps erré dans les rues de New-York, heureusement vulnérable, tout juste débarqué d'une France à ses yeux trop conformiste ; avoir sans doute admiré Al Pacino dans Un Après-midi de chien ou dans Panique à Needle Park ; avoir regardé des heures durant ces fictions noires, urbaines et bercées de jazz, comme ces séries TV facilement taxées de « Série B ». De fait, il émanait de ces trois films un mystère qui enlace le spectateur pour le fixer au creux de ses héros largués, sans défense et un peu stupides, comme à bout de fatigue et d'eux-mêmes. Des personnages sans aucun signe distinctif, et pourtant immanquablement borderline : avec Nadjari, l'extra-ordinaire drague le calme et les ruptures identitaires crissent sous les draps.Cette promiscuité du basculement l'a suivi au-delà de sa trilogie, de New-York à Tel-Aviv, où son regard se pose, moins cette fois sur le décor que sur la crise elle-même : l'héroïne pourrait basculer partout, son témoin basculerait avec elle. Simplement - et il est facile d'imaginer comme cette audace a dû l'ébranler en tant qu'auteur, aussi - cette héroïne, Michale, évolue dans le quartier populaire et décôté de Hatikva - qui à la fois rappelle le nom de l'hymne national du pays, et signifie de façon bien ironique « Espoir », sabrant au passage toutes les bonnes volontés.Hatikva, c'est l'univers sépharade méprisé par l'establishment ashkénaze du pays, la chaleur familiale et l'étroitesse d'esprit la plus désolante, les rituels religieux les plus mortifères. C'est dans ce quartier de Hatikva que va définitivement sombrer le couple formé par Michale et Meir, et de fait, la caméra de Nadjari va se concentrer sur les silences et sur la tension, sur l'angoisse qui les imprègne - il faut assister à cette scène où Michale, sans mot dire, sans même se lever de table, quitte son mari et son fils et son père au sortir du Shabbat.C'est une femme ordinaire qui regarde les éclats tomber. Coincée entre l'amour machiste et inadapté que lui portent les hommes de sa famille, séparée de son amant par un attentat commis sous le ciel bleu, Michale avance et se déplace comme dans un long tunnel.« C'est toi qui paye l'addition ? » lui demande son amant à l'ouverture du film… L'ironie déroulée ici ne fera jamais sourire. Michale paye et participe malgré elle au mouvement de la tragédie : si chacun s'emploie à défendre son idéal, aucun ne sera récompensé, et l'héroïne elle-même se verra dépassée par la politique de son mouvement. Chute des illusions, mais aussi multiplication des sacrifices humains : à la fois bêtes et irréparables, les événements s'enchaînent et poussent Michale dans l'Histoire, draguant derrière elle un attentat, deux séparations et un assassinat - Michale poussée hors de chez elle.Déployée selon un rythme lent et respectueux, la narration accompagne la fluidité d'un format à la fois pudique et honnête, quasi-documentaire. Et c'est cette simplicité, ce refus du manichéisme ou du sensationnel qui ici bouleverse, tant il rend les personnages tristes et proches.Avanim en hébreu signifie « les pierres ». Celles qui édifient et qui portent, celles qui témoignent des ruines, de l'arme politique ou du passage des humains dans les cimetières. Avanim, comme une maîtrise insoutenable des êtres.Avanim
    Un film de Raphaël Nadjari
    France / Israël, 2004 - 1h50
    Avec Asi Levi, Uri Gabriel, Florence Bloch
    Sortie en salles France : 16 mars 2004[Illustration : Avanim. Photo © Sophie Dulac Distribution]
    - Le site du film
    - Lire la chronique de The Shade (Raphaël Nadjari, 1999)
    - Consultez salles et séances sur Allocine.fr
À découvrir également
Cannes live !
  • La Quinzaine des Réalisateurs récompense Noémie Lvovsky, Gael Garcia Bernal et Merzak Allouache Les vainqueurs de la Quinzaine 25/05/2012 - 23h51
  • Robert Pattinson sur les marches ! 25/05/2012 - 20h47
  • Nicole et Clive, la classe ultime 25/05/2012 - 19h12
  • « L’Histoire des US a toujours évité de se confronter au racisme » : rencontre avec le documentariste Ken Burns Rencontre avec Ken Burns 25/05/2012 - 19h07
  • Louise Bourgoin à l'amfAR Fallait pas rater ça : l'essentiel de l'actu people en 5 clics ! 25/05/2012 - 18h30
> Tout le Festival de Cannes