Affiche Achille et la tortue

Achille et la tortue : critiques

La critique de Premiere

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    Derrière l’humour burlesque, le désespoir n’est jamais loin, ce qui nous vaut un record de cinq suicides (et une tentative). On connaissait la face sombre et désespérée du réalisateur, mais elle est atténuée par la conclusion inhabituellement douce et romantique de ce film, son meilleur depuis longtemps. Il clôt une trilogie marquée jusqu’ici par la confusion et une fureur iconoclaste dirigée contre lui-même. Lorsque tout est détruit, un peu de sérénité ne fait pas de mal.

Les autres avis de la presse

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  • StudioCiné Live () 3
    Son art du cadrage et son sens du détail visuel étant ici poussés à leur excellence. L'absurde ensuite, moyen d'expression favori de l'auteur qui, une fois encore, joue d'un humour cocasse et à froid, fonctionnant à plein régime dans cet exercice d'autodérision.
  • Pariscope () 3
    Beau retour de Takeshi Kitano avec ce film drôle et parfois même burlesque qui tourne en dérision mais avec tendresse, l’art contemporain, fait de concepts et de faux semblants. On rit et on est ému devant cet homme qui accepte petit à petit sa condition de raté et un système qui ne veut pas de lui. On peut être heureux sans talent artistique, semblent nous dire Achille et sa tortue, l’essentiel étant de vivre sa passion, d’être toujours dans le désir. Son Machisu naïf et buté nous offre un beau tournesol en ayant la sagesse d’en laisser d’autres au plus illustre des incompris, l’homme à l’oreille coupée d’Auvers-sur-Oise.
  • Les Inrocks () 4
    Mener ainsi une réflexion profonde sur sa carrière et son art semble avoir redonné des ailes à Kitano : humour ravageur, sens aigu du burlesque, limpidité tranchante dans la composition des plans et l’usage de la couleur, aisance dialectique rare entre la surface et la profondeur, capacité à glisser sans heurts de la gravité du sujet à la légèreté de son traitement. Seul un grand cinéaste peut savoir rire et faire rire sur la création comme question de vie et de mort, l’art comme folie et la vie comme suite d’échecs sublimes. Peu importe le résultat – artistique ou commercial –, semble dire Kitano, seuls comptent le trajet, la capacité de consacrer sa vie à la poursuite de ses désirs, de rester en accord avec soi-même.
  • Nouvel Obs () 3
    Kitano reprend le paradoxe de Zénon d’Elée et signe, entre pur burlesque et contemplation mélancolique, un film métaphorique sur sa condition de cinéaste. On y parle de frustration, d’impuissance et de conformisme. Emouvant, absurde et magnifiquement cadré, "Achille et la tortue" sonne le retour en forme du réalisateur d’« Hana-Bi ». Il y souffle comme un parfum de Tati.
  • Fluctuat.net () 3
    Récit d'un enlisement et d'un malentendu, Achille et la tortue est également une quête d'identité cynique, ironique, entêtée, absurde, tapissée de morts, éternellement suicidaire et solitaire où l'art est l'arme du crime. Un film aussi, en poussant un peu les meubles, qui dans son dessein dit quelque chose du Japon d'après guerre : toujours arrivant après, subissant l'influence de l'occident qu'il copie en négligeant parfois son identité, le Japon s'est égaré dans le recyclage vide d'un territoire étranger. Kitano réactionnaire ? Oui, il l'a toujours été, et sa grande affection mélancolique pour l'époque de son enfance en témoigne. Il faut lire ses « mémoires », La vie en gris et rose pour mieux le comprendre. Bien sûr, avant d'être une nouvelle vision désenchantée d'un Japon déclinant, Achille et la tortue évoque d'abord son auteur. Celui qui n'a cessé de se remettre en question, de renverser tout ce qu'il a installé, quitte à ne plus être pris au sérieux par la critique lorsqu'il mettait en boîte Zatoichi, film cadeau pourtant sublime où tout se termine en dansant dans un éclat de joie à son image. Avec cette dernière œuvre, drôle, grave, amère sur un artiste cherchant sa place dans l'univers, Kitano est lucide. Il se repositionne, encore, et avec lui renvoie l'hypocrisie d'un monde rêvant d'une démocratie artistique impossible.
  • Le Parisien () 3
    «Achille et la tortue» est une grande, une immense réflexion sur la nature de l'art moderne.
    Les non cinéphiles vont y trouver des territoires de comédie étonnants et dépaysants. Les autres vont s'apercevoir que Takeshi Kitano, réalisateur japonais culte, n'a jamais été aussi inspiré. Le final vaut toute l'histoire du burlesque - un mot si décrié et pourtant, ici, tellement irrésistible. Faites le voyage, vous ne le regretterez pas.
  • Le Monde () 3
    La saveur de cette comédie, fable sur l'arbitraire, l'injustice et la vanité de toute gloire, repose sur une invention : le gag artistique. Le ton reste léger et irrévérencieux, mais un déplacement est à l'oeuvre par rapport aux deux films précédents, vers une forme plus fluide, moins foutraque, dont on peut imaginer qu'elle réconciliera Kitano avec un public qui a eu du mal à suivre son virage iconoclaste. Sans jamais verser dans l'outrance, l'art de la comédie qui se déploie ici repose sur un dialogue subtil entre des jeux de formes et de couleurs, un sens des situations et une économie narrative parfaitement maîtrisée. Sa réussite est le signe que son auteur est au mieux de sa forme.
  • Télérama () 2
    Avec un sens du grotesque lent (on se croirait, par moments, chez Blake Edwards), Kitano filme un dingue. Doux, mais obstiné. Touchant. Prêt à tout pour devenir le peintre génial qu'il veut être. Les « spécialistes » le disent peu doué pour le figuratif ? Il se lance dans l'abstrait. Ça ne marche toujours pas ? Avec sa femme - qu'il a entraînée dans ses divagations -, il invente des procédés abracadabrants, des machines (presque) infernales pour connaître le succès. Sans succès (...)
    On aurait tous du talent. A cette démagogie, très en vogue actuellement, Kitano oppose un démenti ferme et narquois : le génie, comme le bon sens d'ailleurs, ne court pas les rues. Mais tant pis, après tout : mise à part la fille du couple, qui en a carrément marre de ses barjots de parents (et on la comprend !), ça gêne qui si des cinglés peu doués se raccrochent à leurs rêves pour mieux s'y perdre ?
  • Chronic'art () 3
    Toujours omniprésente, la mécanique de la lose s'emballe, le peintre Kitano tente tout et n'importe quoi, mi-survolté mi désespéré : les pastiches défilent à vitesse supersonique, les tableaux s'empilent, certains anodins et pathétiques, la plupart absolument jubilatoires. Et le film, entièrement soumis à sa logique compulsive, se tend comme un thriller suspendu à l'énergie délirante de son personnage, guettant le succès comme un pécheur au gros. Filmer en survivant, toucher le fond pour mieux rebondir : pas encore remède miracle, Achille et la tortue possède tout de même de sacrées vertus. Allez, on franchit le pas : on tient là le meilleur Kitano depuis Aniki, mon frère.
  • Fluctuat () 4
    Troisième et probablement dernière étape réflexive du cinéaste sur lui-même et son oeuvre, Achille et la torture se focalise sur takeshi kitano peintre, et se révèle parmi ses films les plus émouvants et personnels depuis Kids Return.Qui est Takeshi Kitano ? Cette question, au coeur de son cinéma depuis ses débuts, a pris durant la décennie passée une tournure plus ouverte qu'on aura eu tort de considérer comme un égarement. Toute son oeuvre est tapissée d'autoportraits où l'auteur se filme et s'interroge ; Achille et la tortue fermant la marche d'une période, de crise manifeste et volontaire, où Kitano a mis ses talents sur le grill. Ainsi, après Takeshis', autoportrait cubiste sur Kitano acteur, et Glory to the Filmmaker !, emboitement délirant de métafictions explorant la psyché du Kitano réalisateur (et du showman télévisuel), ce dernier volet s'intéresse au peintre - le moins célèbre des trois, puisque ses toiles ne sont généralement connues qu'au travers de ses films, et ce depuis Hana-Bi. Disons-le d'emblée, à tous les déçus de l'auteur chéri des 90's, si Achille et la tortue se veut également une oeuvre de distanciation et d'introspection à l'image de ses deux précédents films, celui-ci est moins foutraque ou conceptuel, plus aimable et abordable. Ce qui ne l'empêche pas de constituer un nouvel élément clé de ce qui restera comme une trilogie critique telle que peu d'auteurs auront eu l'audace d'en produire. Un film, encore, sinon toujours, définitivement kitanien, dans son âme et sa forme, mais qui cette fois, à l'inverse peut-être de Takeshis' et Glory to the Filmmaker, dépasse les contours de sa propre figure pour poser un regard sur l'art.L'origine d'une vocation Moins bordélique et bouffon, délaissant les structures postmodernes et réflexives azimutées, Achille et la tortue commence sur une fable (le titre), avant d'emboiter sur une longue première partie aux allures de mélo classique : Japon des années 50, un enfant timide, fils d'un industriel et collectionneur d'art opportuniste, se croit destiné à la peinture. Malgré le suicide de son père et l'abandon de sa mère le laissant à un oncle l'envoyant à l'orphelinat, il persévère, borné, à peindre. Depuis qu'un artiste proche de sa famille a vanté ses oeuvres de jeunesse, il n'a qu'une obsession dans la vie. Tout le film part de là, de ce début mélancolique, cruel, où Kitano marque l'origine d'une vocation et d'un milieu pourri (les toiles de l'enfant, volées et revendues par un marchand d'art) où l'argent et les noms règnent. Puis il enchaîne : deuxième partie, prémisse de l'âge adulte, où le jeune peintre a grandi et s'inscrit aux beaux-arts. On est alors à cheval entre les années 60 et 70, le personnage prend conscience, sur les conseils d'un galeriste, qu'il doit apprendre les techniques et l'histoire de l'art. Le doute s'installe, l'aveuglement aussi : éternel naïf muet il se met à copier tout l'art moderne (Miro, Mondrian, Klee, etc.), tandis qu'avec ses collègues de classe il revisite l'action painting de Pollock. Maniérisme, vitesse, insouciance, utopie et revers tragique de l'impossibilité à trouver sa voix, cette partie offre une seconde respiration au film.Destin d'un peintre raté Vient enfin une troisième et dernière étape, où Kitano prend les traits de son héros. S'installe alors une autre tonalité, plus tragicomique, compulsive, folle, désespérée et aveugle, se concluant après une déchéance par une disparition puis une libération, un grand geste amoureux et généreux, à l'image de la fin, lumineuse et à pleurer. Trois parties comme trois âges et trois courants ou époques : naïf (l'enfance), moderne (l'adolescence), contemporain (l'âge adulte). Puisque tout ce dernier tronçon se tourne vers le commentaire roi de l'art contemporain (via ce maudit galeriste que le personnage écoute, trop), préférant la notice et la théorie à l'oeuvre, la performance et l'intention à la représentation. Au travers de ce récit, Kitano dessine une trajectoire en vrille mais claire, articulée, dialectique, reposant sur une parabole : on ne court pas derrière l'art, on le devance, et souvent par hasard - ou comment reprendre la fable de La Fontaine : « rien ne sert de courir, il faut partir à point ». A trop considérer les marchands d'art, les galeristes, les critiques, l'artiste perd ainsi son âme ; sa naïveté et son génie se dissolvent dans l'attente d'une reconnaissance établie par le discours et les hiérarchies. Soit le revers de l'Histoire de l'art et ses commissaires autoritaires (escrocs aussi, faussant tout par appât du gain et opportunisme), pour le destin d'un peintre raté et émouvant qui cherche en vain à se situer devient tous les peintres du monde. En passant, Achille et la tortue est sans doute le plus beau film de copiste jamais réalisé, où chaque toile est peinte par Kitano.L'artiste et l'universRécit d'un enlisement et d'un malentendu, Achille et la tortue est également une quête d'identité cynique, ironique, entêtée, absurde, tapissée de morts, éternellement suicidaire et solitaire où l'art est l'arme du crime. Un film aussi, en poussant un peu les meubles, qui dans son dessein dit quelque chose du Japon d'après guerre : toujours arrivant après, subissant l'influence de l'occident qu'il copie en négligeant parfois son identité, le Japon s'est égaré dans le recyclage vide d'un territoire étranger. Kitano réactionnaire ? Oui, il l'a toujours été, et sa grande affection mélancolique pour l'époque de son enfance en témoigne. Il faut lire ses « mémoires », La vie en gris et rose pour mieux le comprendre. Bien sûr, avant d'être une nouvelle vision désenchantée d'un Japon déclinant, Achille et la tortue évoque d'abord son auteur. Celui qui n'a cessé de se remettre en question, de renverser tout ce qu'il a installé, quitte à ne plus être pris au sérieux par la critique lorsqu'il mettait en boîte Zatoichi, film cadeau pourtant sublime où tout se termine en dansant dans un éclat de joie à son image. Avec cette dernière oeuvre, drôle, grave, amère sur un artiste cherchant sa place dans l'univers, Kitano est lucide. Il se repositionne, encore, et avec lui renvoie l'hypocrisie d'un monde rêvant d'une démocratie artistique impossible.Achille et la tortueDe Takeshi KitanoAvec : Takeshi Kitano, Kanako Higuchi, Yurei YanagiSortie en salles le 10 mars 2010[mediabox  id_media="123844" align="null" width="550" height="365"][/mediabox] Ills © Océan Films Jérôme Dittmar- Exprimez-vous sur le forum cinéma- Suivez les fils comédie, réalisateur, japon sur le blog cinéma- Takeshi Kitano sur Flu : lire les critiques de A Scene at the Sea (1999), L'été de Kikujiro (1999), Aniki, mon frère (2000), Getting any ? (2003), Dolls (2003), Zatoichi (2003), Takeshis' (2006), Glory to the Filmmaker ! (2008)- Le cinéma de Kitano en vidéos- En images : Takeshi Kitano, Gosse de peintre, à la Fondation Cartier- A lire : notre histoire du cinéma japonais
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