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En février 2001, 17 personnes sont accusées de faire partie d’un réseau pédophile. Treize clament leur innocence. Acquittées après avoir fait, pour certaines, trois ans de prison, que sont-elles devenues ? L’une d’elles, Karine Duchochois, devenue journaliste, leur donne la parole ce soir en prime time dans Zone interdite sur M6.Télé 7 jours a rencontré Karine Duchochois. Entretien.

En février 2001, 17 personnes sont accusées de faire partie d’un réseau pédophile. Treize clament leur innocence. Acquittées après avoir fait, pour certaines, trois ans de prison, que sont-elles devenues ? L’une d’elles, Karine Duchochois, devenue journaliste, leur donne la parole ce soir en prime time dans Zone interdite sur M6.Télé 7 jours a rencontré Karine Duchochois. Entretien. À travers tous les témoignages que vous avez recueillis, le constat est accablant : se reconstruire semble impossible.L’acquittement et les indemnités ne suffisent pas à réparer. Nous aurons tous des séquelles toute notre vie. Je m’en sors bien niveau boulot, mais je ne vous parle pas de ma vie personnelle. Daniel Legrand, 29 ans aujourd’hui, suit un traitement lourd pour dépression. Il ne peut pas travailler. Le couple Lavier est au RSA et ne voit plus qu’un seul de ses quatre enfants.Les enfants des acquittés sont les autres victimes de ce désastre judiciaire.Séparés violemment de leurs parents, ils ont été placés en famille d’accueil pendant trois ans. Les dégâts sont considérables : délinquance, violence, fugues, échec scolaire, tentatives de suicide… La fille d’Alain Marécaux refuse de le voir. Même si nos relations s’améliorent, je n’ai jamais vraiment retrouvé mon fils Anthony, 15 ans aujourd’hui.Journaliste, avez-vous hésité à vous mettre en scène en tant qu’acquittée ?Comment faire autrement ? J’ai vécu la même histoire que ceux que j’interroge.On vous voit souvent émue aux larmes. Difficile de revenir sur ce passé ?Je me pensais complètement armée. J’avais mis un rideau sur Outreau et appris à vivre avec. Sur le tournage, tout a ressurgi. Je ne dormais pas, je ne mangeais pas. Parfois je n’arrivais pas à travailler. Mais, comme mon livre (Moi, Karine innocente et cassée, 2004), ce film me sert de thérapie.Vous abordez le lynchage des médias qui ont bafoué la présomption d’innocence. Est-ce pour cela que vous êtes aujourd’hui journaliste ?Au départ, les journalistes n’étaient pas mes copains ! La magie s’est opérée à l’audience : ils ont fait leur boulot et prouvé leur utilité pendant les neuf semaines du procès. Là, je me suis dit que je voulais être des leurs.Le juge d’instruction, Fabrice Burgaud, qui exerce encore à Paris en tant que juge d’application des peines, a refusé de vous rencontrer…Je lui donnais une chance de s’exprimer. J’aurais voulu qu’il reconnaisse ses erreurs. Son avocat m’a dit qu’il ne s’excusera pas.Interview Emmanuelle Touraine