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12 Years A Slave, film-choc de l'année dernière, raconte l'odyssée de Solomon Northup, un homme noir libre qui, kidnappé à Washington, devient esclave. Pendant 12 années, il va vivre la condition des opprimés, connaître le fouet, les humiliations, la violence arbitraire avant qu'un charpentier canadien (joué par Brad Pitt) ne finisse par l'aider à retrouver sa liberté. Steve McQueen illustre cette histoire avec sa mise en scène viscérale, ses scènes coup de poing. Jusqu'à laisser le spectateur transi à la sortie d'une projection intense. Pourtant, 12 Years A Slave dissimule un autre film : le portrait des esclavagistes et du système. Un film édifiant qui dissèque le rapport de trois hommes blancs, trois propriétaires, à leurs esclaves. Il y a d'abord William Ford (Benedict Cumberbatch impressionnant), l'esclavagiste "humain", celui qui tente d'être le plus doux avec ses esclaves, une "belle personne" n'était le fait qu'il participe au système. Il y a Edwin Epps (Michael Fassbender dans un de ses plus beaux rôles), le fou, le salopard qui éructe en bavant, fouette à se faire péter les veines et viole Patsey. Et puis il y a le Juge Turner, un peu plus effacé, mais qui représente la banalité du mal ordinaire.On a demandé à Steve McQueen de commenter ces trois portraits, de nous dire celui qui lui inspirait le plus de mépris. Et la réponse n'est pas forcément celle qu'on attendait.12 Years A Slave, diffusé ce soir sur Canal+Cinéma, a remporté trois Oscars en 2014 dont celui du meilleur film de l'année.