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GERARD BEDEAU
GERARD BEDEAU

PHOTOS - Salut les copains : la révolution des années 60

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Salut les copains : la révolution des années 60

SLC pour <strong>Salut les copains</strong>. Trois petites lettres, symboles d?une belle aventure initiée par Daniel Filipacchi. L?épopée est pour la première fois racontée dans quatre documentaires. Premier épisode ce soir à 20h35 sur France 3 : les années yé-yé. 19 octobre 1959, alors que Bill Haley enflamme l?Amérique avec <em>Rock Around the Clock</em> et qu?Elvis la berce avec<em>&nbsp;Love Me Tender</em>, la France ne connaît du rock que quelques parodies d?Henri Salvador. Avec son émission Salut les copains, lancée timidement sur les ondes de la jeune radio périphérique Europe 1, Daniel Filipacchi, 31 ans à l?époque, va la réveiller. Avec son complice Franck Ténot, il sait qu?il faut offrir un nouvel espace à la génération du baby-boom exclue du paysage radiophonique. En deux ans, un million de collégiens écoutent SLC du lundi au vendredi, de 17h à 19h, dans leur chambre, en faisant leurs devoirs. Tous succombent aux nouvelles idoles, très inspirées du rock américain que l?on surnomme bientôt les yé-yés. Le rock jouit alors d?une mauvaise image ? Tant mieux ! Daniel le matraque sur ses ondes, pressentant, dès 1960, le futur statut d?un Johnny. Le succès de SLC tient à son animateur. Dans un style parfaitement décontracté, il "parle copain", tutoie ses invités et ses auditeurs. Des Etats-Unis, d?où il se fait envoyer des disques qu?il est le seul à diffuser, il a ramené une nouveauté technologique, surnommée "la boîte à Daniel" : un simple commutateur qui lui permet de prendre la parole quand il le souhaite, comme les DJ américains. Chaque jour, il reçoit des milliers de lettres postées à cette simple adresse : "Daniel - Paris". Cet été 1962, le twist fait fureur et les ados ont enfin leur magazine. En marge de l?émission, Daniel et Franck ont bricolé la version papier de SLC, "un Paris Match des jeunes" dans lequel ils ont investi leurs propres économies, 70 000 francs. Le premier tirage de 100 000 exemplaires, avec Johnny en couverture, s?écoule en 24 heures. Le concept est simple : toujours une idole à la Une avec son poster à l?intérieur et les textes des chansons (en français). Dès l?hiver 1963, il se vend chaque mois plus de 800 000 numéros. On y enseigne le Johnny, le Sheila ou le Françoise Hardy, on y parle argent de poche et objection de conscience. Cloclo, Sylvie, Eddy, Richard, Dick deviennent bien plus que de simples chanteurs : des copains dont la vie quotidienne n?a plus aucun secret pour les lecteurs. Les photos de Jean-Marie Périer devaient, selon Filipacchi, "énerver les parents". Sans tabous, la bande de SLC suscite les foudres de la France conservatrice et bien-pensante. Et s?en moque. Après avoir quitté les ondes en 1969 et les kiosques en 1976, Salut les copains demeure le porte-parole musical d?une génération, signe de ralliement et témoin privilégié d?une époque éruptive. Emmanuelle Touraine du magazine Télé 7 jours

SLC pour Salut les copains. Trois petites lettres, symboles d’une belle aventure initiée par Daniel Filipacchi. L’épopée est pour la première fois racontée dans quatre documentaires. Premier épisode ce soir à 20h35 sur France 3 : les années yé-yé.19 octobre 1959, alors que Bill Haley enflamme l’Amérique avec Rock Around the Clock et qu’Elvis la berce avec Love Me Tender, la France ne connaît du rock que quelques parodies d’Henri Salvador. Avec son émission Salut les copains, lancée timidement sur les ondes de la jeune radio périphérique Europe 1, Daniel Filipacchi, 31 ans à l’époque, va la réveiller. Avec son complice Franck Ténot, il sait qu’il faut offrir un nouvel espace à la génération du baby-boom exclue du paysage radiophonique.En deux ans, un million de collégiens écoutent SLC du lundi au vendredi, de 17h à 19h, dans leur chambre, en faisant leurs devoirs. Tous succombent aux nouvelles idoles, très inspirées du rock américain que l’on surnomme bientôt les yé-yés. Le rock jouit alors d’une mauvaise image ? Tant mieux ! Daniel le matraque sur ses ondes, pressentant, dès 1960, le futur statut d’un Johnny. Le succès de SLC tient à son animateur. Dans un style parfaitement décontracté, il "parle copain", tutoie ses invités et ses auditeurs. Des Etats-Unis, d’où il se fait envoyer des disques qu’il est le seul à diffuser, il a ramené une nouveauté technologique, surnommée "la boîte à Daniel" : un simple commutateur qui lui permet de prendre la parole quand il le souhaite, comme les DJ américains. Chaque jour, il reçoit des milliers de lettres postées à cette simple adresse : "Daniel - Paris".Cet été 1962, le twist fait fureur et les ados ont enfin leur magazine. En marge de l’émission, Daniel et Franck ont bricolé la version papier de SLC, "un Paris Match des jeunes" dans lequel ils ont investi leurs propres économies, 70 000 francs. Le premier tirage de 100 000 exemplaires, avec Johnny en couverture, s’écoule en 24 heures. Le concept est simple : toujours une idole à la Une avec son poster à l’intérieur et les textes des chansons (en français). Dès l’hiver 1963, il se vend chaque mois plus de 800 000 numéros. On y enseigne le Johnny, le Sheila ou le Françoise Hardy, on y parle argent de poche et objection de conscience. Cloclo, Sylvie, Eddy, Richard, Dick deviennent bien plus que de simples chanteurs : des copains dont la vie quotidienne n’a plus aucun secret pour les lecteurs. Les photos de Jean-Marie Périer devaient, selon Filipacchi, "énerver les parents".Sans tabous, la bande de SLC suscite les foudres de la France conservatrice et bien-pensante. Et s’en moque. Après avoir quitté les ondes en 1969 et les kiosques en 1976, Salut les copains demeure le porte-parole musical d’une génération, signe de ralliement et témoin privilégié d’une époque éruptive.Emmanuelle Touraine du magazine Télé 7 jours