Le Majordome
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Le film historique et politique de Lee Daniels sera diffusé ce soir sur France 3.

A partir de 20h55, France 3 proposera ce soir Le Majordome, de Lee Daniels avec Forest WhitakerOprah WinfreyTerrence HowardJohn Cusack. A sa sortie, nous avions rencontré l'équipe. Voici l'interview de l'acteur principal, Forest Whitaker, très emballé par ce long métrage.

C’est le script ou l’envie de travailler avec Lee Daniels qui vous a motivé à accepter le rôle du Majordome ? C’est d’abord le scénario, incroyable. L’histoire d’un homme et de sa famille, sur fond d’histoire nationale, mais pas seulement : il assiste aussi à la marche du monde en direct. Le film interroge la recherche de la liberté, la poursuite du bonheur. Ces thèmes m’intéressaient. Ajoutons à ça le fait que Lee est un réalisateur passionnant, que j’avais envie de travailler avec lui et Oprah depuis longtemps, et que le rôle était extraordinairement stimulant : ce film était une formidable opportunité pour moi. J’avais besoin d’un défi qui me réveille. Pourtant généralement, j’ai tendance à accepter des films « sans couleur », dans lesquels le sujet du film n’a rien à voir avec la couleur de la peau.

Que pensez-vous de la nouvelle vague de réalisateurs noirs ? C’est une année exceptionnelle, avec un grand nombre de réalisateurs noirs qui font des films très variés, de Kasi Lemmons qui fait une comédie musicale (Black Nativity, à l’affiche duquel sera Whitaker ndr) à Lee et son film sur les droits civiques et la famille, en passant par le drame de Steve Mc Queeen (12 Years a Slave), et la comédie de David Talbert (Baggage Claim)... On assiste à l’émergence de nombreux nouveaux cinéastes en Amérique et ailleurs, qui arrivent avec des films inhabituels. Je suis très excité de voir comment ils vont marcher.

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C’est une coïncidence ou c’est dans l’air du temps ? Il y a des raisons économiques à cela : quelques exemples de succès financiers ont incité les studios à investir dans ce genre de films, qui sont souvent faits avec des petits budgets et ont donc moins de mal à être rentables. Je ne sais pas si c’est une raison suffisante, mais on ne peut pas passer à côté d’un projet s’il a des chances d’être un succès commercial. Le marché évolue, le développement de la voie indépendante parallèlement à la production de blockbusters des studios permet le financement de toutes sortes de projets. Et comme il y a aujourd’hui beaucoup de nouveaux cinéastes qui cherchent à raconter leurs histoires personnelles, l’évolution du marché leur permet de le faire. Il commence en plus à y avoir des débouchés internationaux pour ces films comme le montre le grand succès des Bêtes du Sud Sauvage. Il était temps. Aujourd’hui, nous voulons tous entendre des histoires différentes, racontées avec le cœur. C’est pour ça que j’ai produit Fruitvale station, et je l’ai fait en cherchant des sources indépendantes de financement pour permettre à Ryan Coogler de raconter cette histoire. Pour Le Majordome, c’est pareil : en dépit de son ambition, il a été fait avec un budget modeste, monté à l’aide d’investisseurs qui pour la plupart contribuaient à hauteur de 200 000, 300 000 dollars. La somme de toutes ces contributions a donné un film vraiment indépendant et a permis à Lee de faire entendre sa voix.

Lee Daniels : portrait d'un cinéaste énervé

Dans Ghost Dog, la voie du samourai, votre personnage parle de « stupid fucking white man ». Est-ce que Cecil, votre personnage du Majordome, n’est pas tenté de penser ainsi, indépendamment du fait qu’il adopte un profil bas ? Je ne sais pas. Sa ténacité lui vient de la façon dont il a été élevé, même si ça ne l’empêche certainement pas de nourrir de la frustration et de la colère. Je n’y ai pas pensé en jouant le rôle, mais j’ai sans aucun doute pensé à l’injustice, au fait que mon fils (le fils de Cecil, ndr) était dans la rue en train de se faire tabasser. En même temps, ma vie a changé au point de passer des champs de coton à la Maison Blanche, j’ai eu la possibilité de m’occuper de ma femme, d’envoyer mes enfants à l’université, ce qui représente quand même une importante évolution. Au milieu de la frustration il y a donc aussi beaucoup de satisfaction : je peux me féliciter parce que mes enfants vont à la fac, que ça va bien avec ma femme, que j’ai une bonne maison. Vous imaginez le progrès depuis le gamin qui voit son père tué sous ses yeux, sa mère violée et devenir folle ? Le parcours de Cecil Gaines est trop spectaculaire et complexe pour être résumé à ce genre de pensée manichéenne.
Interview Gérard Delorme

 

 

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