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Avec Entre les murs, diffusé ce soir sur France 2, pendant 128 minutes, le spectateur est enfermé dans un collège. Fiction ou documentaire ? On cesse vite de se poser la question pour ne plus voir qu’une chose : la réalité d’un collège au quotidien. Une grande leçon de cinéma.

Avec Entre les murs, diffusé ce soir sur France 2, pendant 128 minutes, le spectateur est enfermé dans un collège. Fiction ou documentaire ? On cesse vite de se poser la question pour ne plus voir qu’une chose : la réalité d’un collège au quotidien. Une grande leçon de cinéma. "C’est un film sans coutures. Tout est magique: interprétation, écriture, provocations, générosité… Entre les murs s’est imposé comme une évidence", déclarait Sean Penn, président du jury du 61e Festival de Cannes, après avoir remis la Palme d’or à Laurent Cantet.Sans têtes d’affiche ni acteurs professionnels, ce "petit" film français au budget riquiqui (3 millions d’euros), sélectionné in extremis à Cannes, raflait la récompense suprême au nez des favoris, première Palme d’or obtenue par la France depuis vingt-deux ans et Sous le soleil de Satan de Pialat !Adapté du livre à succès de François Bégaudeau, ex-prof de français, Entre les murs parle du travail d’un jeune enseignant dans une classe de quatrième d’un collège parisien difficile. L’écrivain joue son propre rôle. Face à lui, vingt-cinq garçons et filles de 14-15 ans, impulsifs. Cours chahutés, récres musclées, conseils de classe ou de discipline… Le réalisateur Laurent Cantet nous ouvre les portes d’un univers méconnu, qui fait caisse de résonance au monde extérieur, à ses enjeux politiques et sociaux.Des amateurs professionnelsDe même qu’il avait recruté à l’ANPE les ouvriers de Ressources humaines, Laurent Cantet est allé chercher ses élèves au collège Françoise Dolto dans le XXe arrondissement de Paris, un établissement qui, selon lui, fournissait une "diversité d’origines géographiques", de quoi appuyer son projet de montrer "la complexité d’une classe comme ça, mais aussi sa richesse".Tous les ados du film sont élèves à Dolto, tous les profs y enseignent, les parents sont ceux des élèves. Si Cantet aime se nourrir de l’expérience des vraies gens, il demande aussi aux non-professionnels d’accomplir un vrai travail d’acteur. Peu après la rentrée des classes, François Bégaudeau et lui ouvrent des ateliers théâtre le mercredi après-midi. Il s’agit de repérer les personnalités saillantes, les acteurs en puissance, de trouver des pistes de dialogues…Une cinquantaine d’élèves de quatrième et une dizaine d’enseignants se lancent dans l’aventure. Prof et acteur novice, François, provocateur et un brin narquois, comme dans son roman, attise la joute verbale, pousse les élèves dans leurs retranchements. Le casting s’est fait de lui-même, les ados se sont choisis, les plus assidus sont dans le film. Au fil de séances drôles et chaotiques, la classe s’est dessinée, les ados ont composé leurs personnages, le film s’est écrit, sur le vif. Jamais les ados n’ont eu connaissance d’une trame scénaristique.Filmé comme un match de tennisEn juillet 2007, le tournage commence. Cinq semaines durant, les vingt-cinq élèves se retrouvent entre les murs d’une vraie salle de classe. L’espace est confiné, les projecteurs brûlants. Les collégiens sont épiés par trois caméras, naviguant entre les rangs, attrapant à la volée les réflexions, les attitudes. "L’idée était de filmer les cours comme des matches de tennis, les gamins ne savaient jamais quand ils étaient filmés, du coup ils jouaient à fond, précise Cantet. La façon dont François menait chaque scène de l’intérieur, après que nous avions discuté ensemble de ses tenants et de ses aboutissants, exigeait une complicité que l’on atteint rarement entre un acteur et un réalisateur".Uriell Ceillier de Télé 7 Jours