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Beetlejuice fut non seulement le rôle de la révélation pour Michael Keaton mais aussi le début d'une amitié fructueuse avec Tim Burton. Un rôle pour lequel il n'était pas favori mais qu'il a su faire tout autant le sien que celui de Burton.

Alors que sa suite est officiellement en chantier depuis quelques mois, Beetlejuice revient ce soir hanter les antennes de Paris Première, qui rediffuse ce classique de Tim Burton sorti en 1988. Initialement conçu après le succès de Pee-Wee's Big Adventure en 1985 comme un projet parallèle prévu pour sortir après le premier Batman, il finit par prendre les devants grâce à un premier script signé Michael McDowell. Trop sombre pour Burton, il fut retravaillé par Warren Skarren pour devenir la trépidante comédie horrifique que tout le monde garde en mémoire.

Transcendé par un jeune acteur encore assez méconnu, venu du milieu du stand-up, Michael Keaton, Beetlejuice devient rapidement par sa folie l'un des personnages les plus populaires de Tim Burton. À sa sortie, Beetlejuice est à nouveau un succès public, récoltant des recettes cinq fois supérieures à son budget initial de quinze millions de dollars. La France, elle, découvre peu à peu Burton avec 650.000 entrées au compteur. Le succès de Beetlejuice marque l'ascension de Burton parmi les auteurs en vogue à Hollywood, mais aussi celle de Keaton et d'une jeune adolescente qui marquera tout autant les années à venir : Winona Ryder.

Pas le premier choix de Burton

Aussi surprenant que cela puisse paraître, le rôle de Beetlejuice ne s'est pas tout de suite imposé aux yeux du réalisateur, qui ne le connaît d'ailleurs à l'époque quasiment et n'a presque rien vu de lui. Fan du Rat Pack depuis son enfance, Burton a un autre nom en tête pour incarner son Beetlejuice : Sammy Davis Jr. Mais le profil de l'acteur divise au sein de la Warner, qui distribue le film. C'est finalement le producteur David Geffen qui souffle à Burton le nom de Michael Keaton pour incarner le personnage principal.

Dans le livre d'entretiens avec Tim Burton que lui consacre Mark Salisbury, Burton se souvient de leur rencontre, et de la raison qui l'a poussé à l'époque, à engager Michael Keaton sur le projet : "Michael est complètement cintré, c'est un maniaque, une pile électrique et il a des yeux incroyables. J'adore les yeux chez les gens et il a une paire d'yeux proprement hallucinants".

Une empreinte sur le personnage

Si Beetlejuice épouse le canon des personnages burtoniens (des personnages en noir et blanc aux yeux énormes, une chevelure en pagaille, un teint pâle...), le personnage ne porte pourtant pas totalement la marque de Tim Burton. Grandement impliqué dans le projet, Michael Keaton invente notamment une partie des répliques de Beetlejuice, comme l'expliquait à l'époque Tim Burton : "La plupart des gags qu'on voit à l'écran ont été imaginés pendant mes journées passées à plaisanter chez Michael Keaton. Il était irrésistible. Il lançait des trucs comme : "Et si je me créais de fausses dents, maintenant ?", et sa voix muait instantanément. Je créais Bételgeuse avec Michael, ce qui n'avait pas été le cas avec Pee-Wee, où le personnage existait déjà".

Une implication dans l'écriture du personnage qui va de pair avec son implication dans la création de l'apparence du personnage. Dans un entretien accordé au journaliste Charlie Rose en décembre 2014, Michael Keaton revenait en ces termes sur le processus de création de '"son" Beetlejuice, et sur les "trucs" d'acteur qui lui ont permis de se réapproprier un personnage à l'origine entièrement créé par Tim Burton, et auquel il a donné cette apparence à la fois barge et repoussante qui fait la saveur de Beetlejuice.

"On a beaucoup, beaucoup discuté avec Tim à l'époque. Et il m'avait dit deux ou trois choses sur le personnage qui me revenaient en mémoire constamment. Je lui de me laisser une nuit, un jour ou deux, et j'ai appelé l'équipe des costumiers parce que ce que m'avait dit Tim m'avait fait penser à quelque chose. Je leur ai demandé de me sortir des costumes de toutes les époques et de prendre tout ce qui leur tombait sous la main. Il m'avait dit qu'à ses yeux, le personnage vivait dans toutes les époques et tous les lieux possibles. J'ai réfléchi à l'idée de lui donner une dentition ou une démarche, mais je ne savais pas trop où aller. Tim n'a rien vu de tout cela. C'est alors que je leur ai demandé de me faire une coiffure comme si je m'étais coincé les doigts dans une prise électrique. Et la grande Ve Neill [une des chefs costumières de Beetlejuice] a pensé alors à me mettre de la moisissure sur le visage car Tim disait qu'il imaginait le personnage vivre sous terre. Je lui ai dit d'accord et je me suis présenté sur scène comme ça, sans savoir du tout ce que Tim allait en penser. Et il a tout de suite compris là où on voulait en venir".

Véritable création à quatre mains, Beetlejuice reste certes un personnage burtonien dans l'âme, mais ne peut non plus se concevoir sans le grain de folie qu'a su y apporter Michael Keaton.

Le début d'une amitié

Le travail colossal entrepris par Keaton et les équipes du film portera ses fruits : pour avoir réussi à le rendre à ce point méconnaissable à l'écran, les maquilleurs Steve La Porte, Ve Neill and Robert Short décrochent l'Oscar des meilleurs maquillages. La performance de Keaton, quant à elle, transcende le personnage de Beetlejuice avec la loufoquerie qui caractérise ses jeunes années de comédien.

Contre vents et marées, aussi bien contre la Warner que contre les fans du comics qui ne l'imaginent absolument pas dans la peau du personnage, Tim Burton et le producteur Jon Peters parviendront deux ans plus tard à imposer Michael Keaton dans ce qui restera l'autre personnage culte de sa filmographie, Batman, qu'il incarne dans les deux volets de la franchise signés Tim Burton. Le point d'orgue d'une collaboration de courte durée (trois films entre 1988 et 1992), mais qui fut essentielle pour la carrière des deux hommes.

L'histoire de Beetlejuice : Pour avoir voulu sauver un chien, Adam et Barbara Maitland passent tout de go dans l'autre monde. Peu après, occupants invisibles de leur antique demeure ils la voient envahie par une riche et bruyante famille new-yorkaise. Rien à redire jusqu'au jour où cette honorable famille entreprend de donner un cachet plus urbain à la vieille demeure. Adam et Barbara, scandalisés, décident de déloger les intrus. Mais leurs classiques fantômes et autres sortilèges ne font aucun effet.

Beetlejuice est diffusé ce soir à 20h45 sur Paris Première.

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