Speed : la critique signée Jean-Jacques Bernard en 1994 dans Première

Speed

Ne jamais rouler en-dessous de 80 km/h, sinon boum !

Le 12 novembre 2015, au festival de Sarlat, le journaliste Jean-Jacques Bernard, plume historique de Première auquel il avait collaboré pendant une vingtaine d'années, nous quittait à l'âge de 70 ans des suites d'un arrêt cardiaque.
A l'occasion de la diffusion dimanche soir à 20h55 sur 6ter de Speed, réalisé par Jan de Bont, avec Keanu Reeves, Dennis Hopper et Sandra Bullock, nous vous proposons de découvrir ou de relire la critique du journaliste parue dans le numéro de septembre 1994 du magazine Première, qui en avait fait à l'époque son "film du mois".
Ou l'occasion de se replonger dans un film marquant, au moment de sa sortie, le 24 août 1994.

Un flic de l'antigang de L.A. (Keanu Reeves) affronte un ex de la brigade devenu fou (Dennis Hopper) qui menace de tout faire péter contre une rançon de plusieurs centaines de milliers de dollars. Le cinglé est un parfait connaisseur des techniques explosives. Il a donc, entre autres, placé une bombe dans un bus de banlieue, obligé d'accélérer sans cesse.

La promesse du titre est plus que tenue. Dès la première minute, c'est une descente (d'ascenseur) aux enfers de l'hyperaction. Hacher menu le temps, surmutiplier les dangers dans une mega-urgence qui laisse comme deux ronds de flan toute tentative d'analyse directe, c'est la justification même du genre. Un genre qui, dans cette livraison contre-la-montre, se veut plus frénétique que jamais. Il faut être rentré chez soi (à pied, parce qu'après le film, bonjour la pétoche des transports en commun) pour repérer quelques constantes.

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L'option vidéogame
Payne (Dennis Hopper) joue à tuer pour se venger. Omniprésent, il dispose d'une technique infaillible pour agir à distance. Il lance des défis ultra mortels réduits à des équations presse-bouton. Et il en contemple le résultat chez lui, depuis un screen-desk d'où il voit cavaler partout le pauvre petit héros-pion Traven (Keanu Reeves). Dingue de l'explosif, il semble répugner à tout contact physique avec ses victimes, et ses violences obéissent à un menu-jeu qui insiste plus sur l'accumulation des périls et la destruction des objectifs que sur les ruines humaines qui s'ensuivent. Du coup, il y a peu de sanguinolences, peu de miasmes de chair à dénombrer. De toute façon, on n'a pas le temps, un nouveau danger survient, plus horrible dans son attente que le précédent. A noter que toutes les actions meurtrières concernent des lieux publics et mobiles - ascenceur, autobus, ou métro - dans une phobie anti-urbaine assez jouissive. Ainsi, comme dans un videogame, la notion d'espace-temps est comprimée en des cases et des contraintes successives dont la violence est graduée.

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La mise en doute de l'image
Les plans de Speed vont très vite. Ainsi, Jan de Bont, le réalisateur, va à l'encontre de la tendance classique des directeurs de la photo passés à la mise en scène : il cherche moins à fasciner par la composition des plans que par leur multiplication fébrile dans l'action, parfois à la limite de l'image lisible. De même, dans la séquence vedette de l'autobus (plus d'une heure du film), pour contrer Payne qui utilise autant ses propres caméras de télésurveillance que les hélicoptères des news diffuseurs de ses méfaits en direct, les flics vont envoyer un leurre : une fausse image de la réalité. Belle idée. Il y a ainsi dans le film à la fois un credo hystérique et un doute radical concernant l'image : propos des plus modernes aujourd'hui.

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L'idée du héros césarien
Keanu Reeves intervient chaque fois comme un accoucheur d'urgence. Qu'il ouvre une brèche dans une cage d'ascenceur et en extirpe l'un après l'autre les passagers, qu'il transborde tous les passagers d'un bus vers un camion plate-forme, ou qu'il s'échappe lui-même (avec Sandra Bullock) par une trappe du bolide devenu fou, chaque fois Keanu trouve un salut par césarienne. Le plus souvent, il est suspendu ou tracté par un câble : c'est la dimension ombilicale de ce film qui prend plus aux tripes qu'à l'esprit.
Au final, Speed, c'est près de deux heures d'un stress délicieux.

La bande-annonce de Speed, diffusé demain soir à 20h55 sur 6ter :


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