Peter Jackson : "Les Deux Tours est un peu mon Western à moi"

Le Seigneur des Anneaux

Des trois volets du Seigneur des Anneaux, les Deux Tours a été le plus difficile à raconter. En témoigne cette interview de Peter Jackson que des hobbits facétieux ont retrouvée dans nos archives. 

Alors que Le Seigneur des Anneaux : les Deux Tours est rediffusé ce soir sur France 2, vous vous demandez peut-être dans quel état de stress était Peter Jackson lorsqu'il mettait en boîte le volet le plus difficile de la saga. Cette interview publiée en 2002 pour la sortie du film devrait vous donner quelques éléments de réponses. Vous rappelez-vous du goût des fraises... Mr Jackson ?

On peut être le maître d’œuvre d’une trilogie unique dans l’histoire du cinéma et avoir ses petits problèmes: devoir, par exemple, racheter le sabre laser du comte Dooku à son fils, fan de “Star Wars”, ou encore passer treize mois à fignoler “Le Retour du roi”, dernier épisode de la saga du “Seigneur des anneaux”. Mais en juin dernier, à Wellington, sur le plateau des scènes de rattrapage des “Deux Tours”, Peter Jackson se montrait plus zen qu’un elfe et plus joyeux qu’un Hobbit...

PREMIÈRE / Tourner trois films de cette envergure en même temps est une expérience exceptionnelle. Comment l’avez-vous vécue?

PETER JACKSON / Aujourd’hui, je connais enfin la raison pour laquelle personne ne l’avait jamais fait avant moi : la même sans doute pour laquelle je ne recommencerai pas ! Il y a deux ans, j’étais triste mais soulagé d’avoir achevé le tournage initial. Nous étions encore sur le script et, en même temps, nous supervisions le tournage simultané de cinq équipes différentes. C’était aussi usant que faire le siège d’une forteresse ! Notre seule ambition, à ce moment-là, était de nous en sortir vivants sans perdre la tête : les décors, des batailles titanesques, des dérushages de vingt heures pour une seule séquence, des montages qui n’en finissent plus... Le point positif est que chaque film est une école. Après ça, plus rien ne me semblera impossible à réaliser...

Pourquoi tourner des séquences supplémentaires? Vous n’êtes pas content de vous?

Je me laisse simplement aller à mon caprice absolu, mon préféré, celui de la correction des erreurs repérées au montage. L’an dernier, nous avions déjà tourné quelques scènes de ce genre après un premier montage de La Communauté de l’Anneau, mais nous subissions une pression énorme: est-ce que les gens allaient se déplacer pour voir le film? Est-ce que New Line, le producteur, allait survivre? Ces problèmes ne sont plus d’actualité. Cette année, avec le retour des acteurs, le plateau ressemble à une réunion d’anciens élèves. On s’amuse car chaque scène tournée ne peut qu’améliorer le film. Dans le pire des cas, ce bonus finira sur le DVD. Alors...

En quoi consiste le travail sur ces séquences ajoutées?

C’est essentiellement de la réécriture consistant à clarifier l’intrigue ou à souligner un détail. Par exemple, il y a deux ans, nous avions tourné une scène où Gandalf, Theoden et Aragorn discutaient avant la bataille du gouffre d’Helm. Là, on a simplement voulu rajouter une ligne de dialogue en plein milieu de la discussion. La scène originale était diffusée sur le plateau, sur un écran de contrôle. On a tourné la nouvelle en Steadicam pour être raccord et l’intégrer immédiatement au montage final par ordinateur. C’est un vrai puzzle: on rajoute un bout de dialogue, une nouvelle information... Parfois même, on tourne carrément une nouvelle scène. J’adore cette façon artisanale de triturer le film dans tous les sens. Mais je sais également que c’est un luxe unique.


Quel est votre épisode préféré?

Depuis le début, et sans hésiter, Le Retour du roi, parce que chaque scène contient une intensité dramatique maximale. J’en ai déjà vu un premier montage et j’ai vraiment hâte de le peaufiner ! L’épisode le plus dur
 à écrire et à réaliser a été sans conteste Les Deux Tours : alors que le livre se concentre sur l’action, j’ai dû batailler pour approfondir les personnages et leur psychologie. J’ai notamment insisté sur la relation névrotique qui unit Gollum et Frodon. Il fallait montrer en quoi Frodon change et mûrit dans ce deuxième volet. J’ai également développé l’histoire d’amour entre Aragorn
 et Arwen. Autres challenges: Silvebarbe et Gollum, qui sont des personnages animés et parlants, de "vrais" acteurs, à l’inverse des monstres comme le Troll ou Balrog. Plus drôle et plus sombre à la fois que le premier épisode, Les Deux Tours est mon western à moi. Entre John Ford et Akira Kurosawa... 

Propos recueillis par Christelle Laffin

 

 

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