Foxcatcher : la critique du film de Bennett Miller parue dans Première

Steve Carell Foxcatcher

A l'occasion de la diffusion ce soir à 20h50 sur Canal+ de Foxcatcher, voici ce que Première en avait pensé lors de sa présentation cannoise.

Chaque année, à Cannes, on s’amuse à trouver des correspondances entre les films, à cerner des thématiques, à dégager des tendances, bref à donner du sens à une sélection qui, parfois, n’en a pas. Risquons-nous néanmoins, à mi-Festival, à établir un jeu de miroirs entre les deux films les plus envoûtants de cette première semaine : Foxcatcher et Saint Laurent. Dans les deux cas, le héros est un créateur omniscient, persuadé de son génie, secret, drogué, sujet aux sautes d’humeur, jaloux de son pouvoir, doublé d’un petit enfant paumé dont le besoin d’amour est proportionnel à son égoïsme et à sa mégalomanie. Bennett Miller et Bertrand Bonello les enveloppent par leur mise en scène sensitive et atmosphérique d’une aura de mystère et de morbidité qui participe de la fascination qu’ils exercent sur le spectateur.

Pas de deux funèbre

La grosse différence réside dans la nature du héros : géniale, s’agissant de Saint Laurent ; médiocre, concernant John E. du Pont. Incarné jusqu’au malaise par Steve Carrell, méconnaissable derrière son nez d’aigle et ses dents jaunis, cet extravagant milliardaire se piqua dans les années 80 de coacher deux frères champions de lutte pour assouvir ses rêves de grandeur en vue des Jeux Olympiques de Séoul. À cet effet, il mit sur pied une structure unique en son genre où il s’improvisa entraîneur en chef, mentor et père de substitution pour certains de ses poulains, dont Mark Schultz (Channing Tatum, ténébreux), Champion Olympique en 1984 comme son frère aîné Dave (Mark Ruffalo, solaire). Souffrant d’un manque de reconnaissance et de blessures d’enfance jamais refermées, Schultz junior noua avec Dupont une relation filiale toxique dont Miller se garde d’expliciter les tenants et les aboutissants. Foxcatcher et Saint Laurent se retrouvent dans cette volonté de dédramatisation permanente, dans cette mise à nu des personnages passant moins par les dialogues que par les corps-à-corps aussi rugueux que sensuels et les silences évocateurs. Films à clés, drames métaphysiques, biopics éthérés, comme vidés de leur dimension iconique pour mieux toucher à l’essence des êtres, Foxcatcher et Saint Laurent entament à distance une danse macabre que les jurés cannois seraient bien inspirés d’applaudir.

La bande-annonce de Foxcatcher, diffusé ce soir à 20h50 sur Canal+ :

 

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