Adam West : « Notre Batmobile était fun et funky ! »

Batman Adam West

Nous avions rencontré le vétéran Adam West, 86 ans, pour la sortie d'un sublime coffret regroupant les 120 épisodes de la série télé. Il évoquait pour nous le bon vieux temps et l’éternel pouvoir de fascination du « Caped Crusader ».

Êtes-vous toujours partant pour parler de Batman, après toutes ces années ?
Je ne parle que de choses hautement personnelles, voire intimes. Non, je plaisante… Je vous connais, je sais ce qui vous intéresse, vous, les journalistes. Mais vous n’aurez rien sur moi, je ne lâcherai rien ! Je suis Batman !

En 1966, votre Batman était une série pour enfants. Cinquante ans plus tard, un public adulte, friand de son extravagance « camp », se l’est réapproprié… N’est-ce pas un peu bizarre ?
A l’époque, on avait consciemment construit la série comme une satire, une comédie, pour qu’elle plaise également aux adultes. C’était une série d’aventures qui ne se prenait pas au sérieux, c’était absurde ! Vous savez, Batman n’est pas réel… Mais aujourd’hui, tout doit être sérieux. Et Batman, comme tout le reste, a été contaminé par cet esprit de sérieux.

J’ai grandi avec votre série, que j’adorais. Mais je me sentais toujours un peu floué au moment des scènes de baston avec les onomatopées géantes… 
Ce n’était pas une question de budget. Au contraire, c’était parfaitement délibéré : on ne voulait pas de sang, pas d’armes et pas d’explosions dévastatrices. On laissait ça à d’autres incarnations de Batman… Les leçons d’éthique et de morale prodiguées par Batman et Robin étaient destinées aux enfants, mais étaient perçues avec beaucoup d’ironie par les parents.

Vous aviez la plus belle et la plus stylée des Batmobiles…
Je croise des milliers de gens chaque année qui, comme vous, adorent notre vieille Batmobile et la préfèrent aux versions plus récentes. Elle est fun et funky ! Elle vous renvoie facilement l’amour que vous lui portez. Si vous la caressez, elle miaule ! 

Vous avez conservé beaucoup d’accessoires et de souvenirs du tournage ? 
Vous voulez acheter une vieille cape ?

Si vous la portiez dans la série, pourquoi pas ?
C’est une mauvaise idée, croyez-moi. Vous ne pourriez la porter que dans l’intimité, j’en ai peur. Et il vous faudrait des tonnes de désodorisant ! J’ai conservé quelques souvenirs, oui. J’ai tous les scripts originaux, les 120 épisodes, avec mes notes d’époque, et une petite collection d’accessoires que j’ai entreposé chez moi, dans mon bureau. Je parle de ça dans la nouvelle édition blu-ray de la série. Ce coffret est une hallucination. Il est sublime ! Peut-être que la Chine arrêtera maintenant de faire circuler des versions HD pirates du show !

Beaucoup d’acteurs sont victimes de leur succès, de ce rôle auquel ils ne parviennent pas à échapper. C’est un peu l’histoire de votre vie. Vous en parlez dans votre autobio, vous faites des apparitions fréquentes en tant qu’Adam West, acteur « has been »… C’est un destin que vous avez embrassé ?
(Silence). Après avoir arrêté Batman, en 1968, j’ai passé cinq ans à essayer de décrocher un autre rôle, en vain. J’ai fait beaucoup de théâtre amateur et d’animations, tout ce que je pouvais pour rester présent dans l’industrie et nourrir ma famille. C’est une terrible malédiction… Et nous, acteurs, nous devons vivre avec. Quand vous créez un rôle aussi indélébile que Batman, un rôle si bien reçu par des publics aussi différents, il devient très difficile d’en sortir. Ces dernières années, j’ai appris à l’accepter et à embrasser mon destin d’« acteur has been », comme vous dites. Et vous savez pourquoi ? Parce que les gens m’aiment comme ça. Ils aiment Batman, alors j’aime Batman… PARCE QUE ÇA REND LES GENS HEU-REUX !

Votre statut culte est aussi une garantie de travail. Vous êtes encore très présents, notamment à travers des apparitions « vocales » dans des séries (Family Guy) ou des jeux vidéo (GTA 5)…       
A mon âge, vous savez, tout est bon à prendre. Je travaille beaucoup, oui. Appelez-moi et je viendrai ! J’adore faire ces petites apparitions parce qu’ils me payent généreusement. Surtout, j’aime le théâtre de l’absurde. Tout ça n’a pas beaucoup de sens. Et si ça peut faire rire les gens…

Il y a cette idée, notamment au cinéma, que Bruce Wayne prend la « grosse voix » lorsqu’il assume l’identité de Batman. Votre Batman n’avait pas la voix grave mais parlait par à-coups, avec un certain sens du grandiose…
Tous les personnages que vous jouez développent un langage spécifique, une façon de parler bien à eux. Batman était fou ! Il était obsédé par son combat contre les criminels, 24 sur 24 ! Il fallait lui conférer une forme de vulnérabilité. Il était toujours en train de rêvasser ou de réfléchir intensément à un problème, et donc son phrasé était (il prend la voix de Batman)… un peu plus… différent. Un peu lent, un peu… soooongeur, si vous préférez.

Wow. Qu’avez-vous pensé de l’hommage que vous a rendu Nicolas Cage dans Kick-Ass ?
Hilarant ! Parce qu’il n’a pas tout à fait réussi à choper le truc ! Il ne l’a pas bien fait, ah ah ! Mais c’est toujours flatteur quand on vous imite. Ça veut dire que vous êtes encore dans la course.

Vous avez une préférence parmi les autres interprètes du « Caped Crusader » ?
Parce que j’ai surtout vu les films avec Christian Bale, ce serait probablement lui que je choisirais. Mais ils sont tous très talentueux, et ils donnent tous leur propre interprétation du mythe. C’est comme vouloir comparer des pommes et des oranges… Mais n’est-ce pas un peu dingue que le monde entier, en 2014, continue de vénérer Batman ? Comme un divertissement adulte ? Que s’est-il passé ? 

Ben Affleck en Batman. Une opinion ?
Non, je ne l’ai pas encore vu en action, je n’ai pas vu « son » Batman. Mais c’est un bon acteur, je suis sûr qu’il trouvera une approche qui lui convient. Le défi d’incarner Batman se corse peu à peu, à mesure que le temps passe. Comment re-présenter le même personnage tout en restant original ? 

Le débat fait toujours rage dans la communauté des fans au sujet de la teneur exacte des relations entre Batman et Robin…
Et bien, en ce qui nous concerne, leur relation était purement comique. C’était dit de façon directe, sans équivoque : voilà un jeune garçon qui vit avec un homme plus vieux, et cet homme plus vieux enseigne au jeune garçon le B-a.ba de l’autodéfense et de la lutte anti-crime (Rires). Si des gens y voyaient une quelconque allusion homosexuelle – et la série a été analysée par plusieurs psychiatriques renommés à l’époque, - on était ravis ! Peu importe ! Ça ne faisait qu’augmenter les chiffres d’audience ! 

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