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À l'occasion de sa rediffusion, retour sur cinq petites anecdotes qui, à l'image des cinq lettres qui composent l'indice O.D.I.L.E, donnent leur sens à la "comédie familiale" culte de l'esprit Canal.

Alors que le 70e Festival de Cannes se termine, France 4 nous offre l'occasion de nous replonger dans les délires d'Alain Chabat, Chantal Lauby et Dominique Farrugia avec la rediffusion de La cité de la peur, sorti en salles en 1994 et dont le souvenir reste intimement associé au Festival, pendant lequel le film se déroule et pendant lequel le tueur fou à la faucille et au marteau massacre un à un les projectionnistes cannois.

Monument de la comédie populaire française, "le film de Les Nuls" s'est imposé à sa sortie comme un vif succès avec plus de 2,2 millions d'entrées (rappelons que Les Nuls sévissaient à l'époque en crypté sur Canal+). Souvent considéré comme le point final de l'aventure des Nuls, qui se réuniront tout de même ponctuellement par la suite, La cité de la peur est un final en apothéose pour le trio orphelin de Bruno Carette, qui n'a rien perdu de son sens tout anglo-saxon de la parodie.

Aujourd'hui encore, tout le monde se souvient des innombrables références du film (Evil Dead, Pretty Woman, Basic Instinct...) ainsi que de ses répliques les plus cultes ("Vous voulez pas un whisky d'abord ?", "Prenez un chewing-gum, Emile", "Non, je suis le pape et j'attends ma sœur"...). Peu de choses ont avec le temps échappé à l'oeil affûté des fans, à l'image des nombreux gags dissimulés jusque dans le générique de fin. La cité de la peur conserve encore, plus de vingt ans après sa sortie en salles, quelques secrets connus seulement des plus puristes.

Un projet refusé par Claude Berri

Au générique de La Cité de la peur, à côté de celui des Nuls, on retrouve le nom d'Alain Berbérian, qui réalisait là son premier long-métrage. Berbérian n'était cependant pas du tout un inconnu du quatuor (devenu trio suite au décès tragique de Bruno Carette) puisqu'il collaborait avec eux depuis de nombreuses années, réalisant notamment des parodies de films et des publicités pour ABCD Nuls, Histoire(s) de la télévision ou Les Nuls, l'émission.

Malgré l'amitié qui le liait avec Alain Chabat, Chantal Lauby et Dominique Farrugia, Berbérian n'était pas le premier choix des Nuls pour mettre en scène leur Cité de la peur. Dans une interview de L'Express en 2003, Chabat confiait en effet avoir approché Claude Berri au début des années 90, lorsque celui-ci fut l'invité de Les Nuls, l'émission. Celui-ci avait alors refusé la proposition, expliquant qu'il trouvait le scénario "un peu débile". Personne ne lui reprochera la remarque, certes, mais ne serait-ce pas au final une des raisons pour lesquelles le film devint aussi culte ?

Un tournage en décalé

Pour des raisons d'organisation plus qu'évidentes, le tournage de La Cité de la peur n'eut pas lieu en plein boum du Festival comme peut le laisser penser le film. Le tournage se déroula en réalité pendant l'été 1993 (les scènes de l'"aréoport" de Nice ont notamment été tournées au mois de septembre). Plus de huit cent figurants furent appelés, principalement pour la séquence de la montée des marches

Une doublure incognito

Tout le monde se souvient de la scène où la veuve éplorée du premier projectionniste, Monsieur Jacques (Tchky Karyo) incarnée par Valérie Lemercier, noie son désespoir dans une tasse de café avec seize sucres. Sauf que l'actrice que l'on voit apparaître à l'écran... n'est pas Valérie Lemercier. Cette dernière a en effet confié au site Allociné en 2013 que des petits soucis de santé l'avaient empêché au dernier moment de tourner dans le film et qu'elle avait été remplacée par sa propre sœur, Aude, qui officiait comme stagiaire sur le plateau.

"J'ai eu un petit coup de mou pendant le tournage, j'ai avalé un tube entier de médicaments. J'ai oublié pour la première fois de ma carrière d'aller tourner ! Ma petite soeur était stagiaire script sur le film et du coup elle m'a remplacée. Pierre Lescure est passé sur le tournage et disait : "Mais, quoi ? Vous avez Valérie Lemercier dans le film et vous ne faites pas de gros plan ?" Alors ils ont lui expliqué que ce n'était pas moi. Donc il y a juste un plan où c'est ma soeur."

L'origine de la Carioca

Tout a été fait, refait et redit à propos de la scène culte de "La Carioca" que partagent Serge Karamazov et le commissaire Bialès sur la scène du Palais des Festivals. Il faut rappeler tout de même que cette danse dont la musique reste encore dans les têtes de tous les spectateurs (faute de conjugaison incluse) est également un hommage cinéphile de la part de la bande des Nuls.

"La Carioca" est en effet une danse à part entière dans l'histoire du cinéma, apparue dans le film du même nom de Thornton Freeland en 1933 et dansée à l'époque par Fred Astaire et Ginger Rogers. Mais la Carioca version Chabat/Darmon est avant tout un hommage au générique de Hamburger Film Sandwich de John Landis, scénarisé par le trio Zucker – Abrahams – Zucker. Le générique d'ouverture de ce film à sketch culte outre-Atlantique s'ouvre en effet sur une chanson qui parle d'une Carioca, "qui n'est pas un fox-trot ou une polka"...

"On peut tromper une fois mille personnes" : une légende urbaine

"On peut tromper une personne mille fois. On peut tromper mille personne une fois. Mais on ne peut pas tromper mille personnes, mille fois". Une fois bien mémorisée, la citation fétiche d'Émile (Sam Karmann) prend tout son sens. Un sens si limpide qu'elle lui donne une valeur de maxime philosophique. L'expression vient en réalité de l'autre côté de l'Atlantique, où sa paternité est souvent attribuée à un certain Abraham Lincoln.

Sauf que si la véracité de la citation n'est plus à remettre en cause, aucune source n'indique directement que l'ancien président américain est l'auteur de ce trait d'esprit. Les seules traces qui l'indiquent viennent en réalité de sources tierces qui ont fréquenté Lincoln et rapporté ses "soi-disants" propos. Ce que l'on sait en revanche, c'est que la citation était utilisée comme slogan sur des tracts publicitaires (nom de Lincoln en prime) dès le début du XIXe siècle.

L'histoire de La cité de la peur : Odile Deray, attachée de presse, vient au Festival de Cannes pour présenter le film "Red is Dead". Malheureusement, celui-ci est d'une telle faiblesse que personne ne souhaite en faire l'écho. Mais lorsque les projectionnistes du long-métrage en question meurent chacun leur tour dans d'étranges circonstances, "Red is dead" bénéficie d'une incroyable publicité. Serge Karamazov est alors chargé de protéger le nouveau projectionniste du film...

La cité de la peur est diffusé ce soir à 20h55 sur France 4.