DR

Témoin de la genèse mouvementée du classique de Michael Mann, L. A. Takedown fut un véritable brouillon de Heat, diffusé ce soir sur NRJ 12.

Du Heat de Michael Mann, on garde tous en tête les scènes les plus prodigieuses qui en ont fait l'un des piliers de la filmographie du cinéaste et l'un des grands classiques instantanés du genre. Resté dans les mémoires pour avoir marqué la première rencontre directe à l'écran entre Robert de Niro et Al Pacino, Heat fut un des grands succès en salles de l'année 1995, ayant engrangé au fil de ses ressorties en salles près de 300 millions de dollars de recettes après avoir notamment séduit près d'un million et demi de spectateurs en France.

Mais avant de devenir le classique du septième art que l'on connaît aujourd'hui, Heat a connu plusieurs vies pendant les quelques quinze années qu'ont duré sa gestation. De cette dernière, il reste aujourd'hui beaucoup de traces, la plus aboutie d'entre elles se nommant sans doute L. A. Takedown, téléfilm aujourd'hui relativement méconnu au-delà du cercle des fans hardcore du cinéaste, qui fut sur bien des points le brouillon qui annonça l'arrivée de Heat quelques années plus tard.

Al Pacino et Robert De Niro à nouveau réunis pour les 20 ans de Heat

Un projet de série abandonné

L'origine de Heat remonte à la fin des années 1970 et une première version du script écrite et peaufinée en marge de son premier film, Le solitaire. Inspiré d'une véritable affaire criminelle, Heat est le récit des souvenirs de Chuck Adamson, ex-officier de police de Chicago devenu scénariste et producteur de télévision, et de sa rencontre avec le braqueur Neil McCauley en 1963. Adamson inspirera directement le personnage de Vincent Hanna, incarné dans Heat par Al Pacino.

Dans le courant des années 1980, Michael Mann essaie de monter le projet Heat mais ne souhaite pas à l'époque le réaliser, occupé notamment par ses expériences télévisuelles : Deux flics à Miami bien évidemment, mais aussi Les incorruptibles de Chicago (Crime Story), qu'il co-crée pour la chaîne NBC avec un certain... Chuck Adamson. Pour le réaliser, Michael Mann pense fortement à l'un de ses contemporains et autre orfèvre du cinéma d'action, Walter Hill. Mais Hill refuse le projet qui mettra plusieurs avant de rebondir... à la télévision.

En 1989, Deux flics à Miami tire sa révérence après cinq saisons, mais NBC souhaite poursuivre sa collaboration avec Michael Mann. Le cinéaste veut poursuivre dans son registre fétiche de la série policière et reprend alors le script qu'il avait rédigé il y a près de dix ans. Celui-ci servirait de base à un téléfilm pilote qui ouvrirait la voie à une série centrée sur la vie d'une brigade de la division des braquages et des homicides de la police de Los Angeles. Le projet L. A. Takedown venait de naître.

Un embryon de Heat

Pour répondre aux contraintes exigées par ce type de production (une heure et demie, là où Heat frôle les trois heures), Michael Mann s'adapte à des conditions de tournage particulièrement inhabituelles pour lui. Le scénario original, d'environ 180 pages, est réduit de plus d'un tiers au détriment de nombreux personnages et intrigues secondaires (pas de Lauren, pas de Roger van Sant, pas de pour se recentrer sur le duel à distance entre Vincent Hanna ni d'Alan Marciano...), incarné par Scott Plank, et Patrick McLaren, avatar de celui qui deviendra Neil McCauley dans Heat, joué ici par Alex McArthur. Le tournage quant à lui s'étend sur à peine dix-neuf jours (bien loin des cent-sept nécessaires à celui de Heat).

Voir la scène du face à face

Constitué pour l'essentiel d'acteurs étant déjà apparus dans Deux flics à Miami et Crime Story comme Michael Rooker, Xander Berkeley (également présent au casting de Heat, mais dans un autre rôle) ou encore Laura Harrington, L. A. Takedown est un curieux objet néanmoins essentiel pour les fans de Heat puisque bon nombre des scènes du film sont quasiment retranscrites du téléfilm d'origine.

Si pour des raisons de temps et de moyens, L. A. Takedown flatte moins la rétine que ne le fait Heat, on y retrouve plusieurs scènes qui offrent de nombreuses similitudes d'une œuvre à l'autre. C'est notamment le cas de la séquence la plus célèbre du film, celle de la rencontre et du face-à-face, à la table d'un restaurant, entre Hanna et sa "proie". Construites quasiment de la même manière, notamment sur le fameux jeu de champ/contre-champ grâce auquel les deux hommes ne partagent jamais l'écran au même moment, les deux versions de la scène partagent de nombreux dialogues en commun (parfois au mot près) et montrent à quel point les deux versions se révèlent complémentaires.

Du petit au grand écran

Si L. A. Takedown contient déjà en lui les germes du grand film qu'est devenu Heat, le téléfilm ne convainc pas réellement NBC lors de sa présentation. Principal point de désaccord entre les deux parties : le choix de Mann de caster deux acteurs inconnus dans les rôles-titres, et dont la performance ne plaît que modérément à la production. La production exige alors le remplacement des acteurs principaux, ce que refuse Michael Mann. Le projet de série est donc tué dans l'oeuf, mais le pilote est tout de même diffusé en l'état sur NBC le 27 août 1989 sous le titre L. A. Takedown.

La critique spécialisée de l'époque apprécie dans l'ensemble le téléfilm mais fait le même reproche concernant les choix de casting des deux acteurs principaux. Inédit en France jusqu'à son édition DVD en 2009 en France, le téléfilm fut néanmoins distribué dans quelques pays européens en VHS quelques mois après sa diffusion (il fut notamment renommé Showdown in L. A. pour le marché allemand).

L'histoire de Heat aurait pu s'arrêter là. Mais frustré par cette aventure avortée, Michael Mann n'abandonne pas l'idée de porter son histoire sur le grand écran. Le succès mondial aussi bien public qui critique du Dernier des Mohicans en 1992 lui offrira cette possibilité. Retournant à une version originale de son scénario datée de 1986, il réintègre les éléments qu'il avait dû sacrifier pour l'adaptation télévisée et construit une version filmique en forme de véritable contre-point esthétique, aussi ample et musical dans sa structure que L. A. Takedown était brut et sec.

Abandonnant à l'époque son projet de biopic de James Dean, Michael Mann prend également un autre contre-pied en offrant les deux rôles-titres non plus à de parfaits inconnus, mais à deux des acteurs les plus emblématiques du cinéma hollywoodien, Robert de Niro et Al Pacino. La suite, tout le monde la connaît... Mais si aujourd'hui, Heat a logiquement pris le pas sur son modèle, L. A. Takedown reste encore le témoin de l'histoire d'un film culte en train de se faire.

L'histoire de Heat : À travers l'affrontement d'un chef de gang redoutable et d'un lieutenant de police opiniâtre, ce film explore l'univers policier de Los Angeles et entrecroise les destinées de trois couples en crise.

Heat est diffusé ce soir à 20h55 sur NRJ 12.

A lire aussi sur Première