Dallas Buyers Club
UCG Distribution

Les téléspectateurs de Canal+Décalé vont pouvoir se plonger ce soir à 20h50 dans le Dallas Buyers Club de Jean-Marc Vallée, sorti l'année dernière en salles et qui valut à son duo d'acteurs Matthew McConaughey/Jared Leto un double Oscar du meilleur acteur et du meilleur acteur dans un second rôle, performance inédite depuis Sean Penn et Tim Robbins pour Mystic River dix ans plus tôt. Récit poignant du combat de Ron Woodroof, Texan homophobe contaminé par le virus du SIDA qui décide de distribuer des soins expérimentaux à tous les malades du VIH, le film connut dès sa présentation au festival de Toronto un vif succès critique, doublé d'un vrai succès populaire, du moins pour un film à petit budget (55 millions de dollars de recettes pour seulement 5 de budget, 400.000 entrées en France), et ce avant la consécration des multiples récompenses récoltées par le film.Et pourtant, la genèse du film n'a rien du conte de fées auquel on peut s'attendre. Dallas Buyers Club est même resté pendant près de deux décennies dans les cartons de Hollywood, voyageant de studio en studio après plusieurs tentatives avortées. Depuis la naissance du projet d'adaptation de l'histoire vraie de Woodroof en 1992 (quelques semaines avant sa disparition), de grands réalisateurs et de grands acteurs se sont succédé en vain avant que le film ne connaisse la trajectoire qu'on lui connaît sous la houlette de Jean-Marc Vallée.Retour sur ces quelques vingt années pendant lesquelles Dallas Buyers Club, coincé dans le circuit de développement, a bien plus d'une fois ne pas devenir le triomphe qu'il est devenu.

Un premier projet en 1996
L'histoire du Dallas Buyers Club n'est pas née d'hier, puisqu'elle est apparue du vivant de Ron Woodroof. En 1992, le journaliste du Dallas Morning News Bill Minutaglio écrit un long article sur un groupe de patients atteints du SIDA qui suivent illégalement un traitement expérimental avec l'aide de leur fournisseur, Woodroof, lui-même atteint par la maladie. L'histoire remonte jusqu'aux oreilles du scénariste Craig Borten qui décide de l'adapter pour le cinéma. Il rencontre Woodroof au mois d'août, un mois avant la mort de ce dernier des suites d'une pneumonie fulgurante, pour une série de plusieurs entretiens.Après sa mort, Borten démarche plusieurs studios avec la première ébauche de son scénario, qui convainc la Columbia de mettre le projet en chantier en 1996. Le film trouve même rapidement son réalisateur, Dennis Hopper, ainsi que son acteur principal, un certain Woody Harrelson (dont on sait l'amitié personnelle et professionnelle qui le lie à Matthew McConaughey, qui reprendra son rôle plus de quinze ans plus tard). Malheureusement à l'époque, le studio ne donne pas les fonds suffisants au film, la compagnie qui a acheté le script de Borten fait faillite, et le projet finit par tomber à l'eau, Dennis Hopper et Woody Harrelson décidant de quitter le navire.

De Brad Pitt à Ryan Gosling, un film bloqué dans le "development hell"
Il faudra presque cinq ans pour que Borten reparte de l'avant. Avec l'aide de la scénariste Melisa Wallack, il réécrit le scénario et parvient à convaincre le producteur Mike Brenner. Ce dernier envoie alors le script à un jeune cinéaste en pleine ascension : Marc Forster, tout juste auréolé du succès d'À l'ombre de la haine, pour lequel Halle Berry remporte l'Oscar de la meilleure actrice. Mieux encore, à l'époque, Forster espère faire tourner Brad Pitt dans son prochain projet et lui envoie une copie non seulement de son précédent film, mais aussi du script de Dallas Buyers Club. Emballé par les deux, Brad Pitt donne son accord. Avec ces deux noms prestigieux au casting, Brenner parvient facilement à vendre le projet à Universal cette fois-ci.Mais le hit annoncé ne viendra pas. Universal tergiverse, se plaint d'un script inabouti, engage des scénaristes (dont Guillermo Arriaga, scénariste des premiers films d'Alejandro Gonzalez Inarritu) qui se le passent à tour de rôle. Le film entre dès lors dans ce que l'on appelle le "development hell" hollywoodien, où l'on retrouve toutes ces Arlésiennes dont beaucoup ne verront probablement jamais le jour. Pendant plus de dix ans (une durée rarissime même pour les développements les plus longs), le projet patauge, patine. Forster et Pitt finissent pas lâcher prise, tout comme Borten, résigné à perdre son œuvre et qui plonge dans la dépression, l'alcoolisme et la drogue. Le film devient un sujet de plaisanterie dans les couloirs d'Universal, y compris lorsqu'une troisième ébauche de film tombe à son tour à l'eau en 2008 faute de financement. Cette fois-ci, on aurait dû y retrouver Craig Gillespie derrière la caméra, et Ryan Gosling devant, dans le rôle de Woodroof. Mais le sujet du film, trop polémique, trop sensible, est à chaque fois un frein.En 2009, Robbie Brenner reprend les choses en main à la demande de Craig Borten. Il tire un trait sur toutes les réécritures du script et revient à la première version coécrite avec Wallack en 2000. Il décide dès lors de l'envoyer à Matthew McConaughey, lui-même originaire de Dallas. Alors en pleine promotion de La défense Lincoln (le film par lequel sa carrière va renaître), McConaughey est emballé par la proposition et décide de s'impliquer personnellement dans le projet, avec la bénédiction de Sharon Woodroof, la sœur de Ron, qui avait auparavant exprimé ses doutes sur les castings successifs de Brad Pitt et Ryan Gosling, qu'elle considérait comme trop différents de son frère.

Un destin mouvementé jusqu'au bout
Et même encore à ce moment-là, malgré l'insistance de McConaughey et du réalisateur Jean-Marc Vallée, engagé sur le projet en 2011, Dallas Buyers Club continue à se heurter à une série d'obstacles. À l'été 2012, un groupe d'investisseurs canadiens se retire après avoir voulu financer le film. L'acteur tente alors un énorme coup de poker : il se met à perdre du poids pour préparer son rôle et à en parler dans les médias, et ce alors que le film n'est pas encore financé et assuré d'exister. Le salut de Dallas Buyers Club viendra finalement d'une entreprise de fertilisants de la région de Houston, où travaillait une des connaissances des agents de McConaughey, et dont les partenaires financiers voulaient se lancer dans le financement de longs métrages.Alors que Vallée espérait tourner en 40 jours pour 8 millions de dollars de budget, n'a finalement à sa disposition que 25 jours et 5 millions au début du tournage. Et les castings des acteurs secondaires sont aussi plus compliqués que prévu : Gael Garcia Bernal, qui devait tenir le rôle de Rayon, se désiste, et est finalement remplacé par Jared Leto. Quant à celui du docteur Eve Saks, il est dans un premier temps offert à Noomi Rapace avant qu'Hilary Swank ne s'engage... pour finalement se retirer quelques semaines plus tard. C'est finalement Jennifer Garner qui héritera du rôle. Au terme d'un tournage éprouvant et éclair, pour lequel Matthew McConaughey a perdu 21 kilos et Jared Leto 14, Dallas Buyers Club est enfin dans la boîte.La suite, ce sera une présentation acclamée au festival de Toronto, plus de 70 récompenses diverses, six nominations aux Oscars (dont une bien méritée pour Craig Borten et Melisa Wallack) et trois statuettes : une pour McConaughey et Leto bien entendu, mais aussi du meilleur maquillage pour les héroïques Adruitha Lee et Robin Mathews. Ce dernier avait dû en effet assurer sa tâche sur le tournage avec un budget dérisoire d'à peine... 250 dollars. Une belle histoire de plus pour un film qui n'en a pas manqué.Le résumé du film : 1986, Dallas, Texas, une histoire vraie. Ron Woodroof a 35 ans, des bottes, un Stetson, c’est un cow-boy, un vrai. Sa vie : sexe, drogue et rodéo. Tout bascule quand, diagnostiqué séropositif, il lui reste 30 jours à vivre. Révolté par l’impuissance du corps médical, il recourt à des traitements alternatifs non officiels. Au fil du temps, il rassemble d’autres malades en quête de guérison : le Dallas Buyers Club est né. Mais son succès gêne, Ron doit s’engager dans une bataille contre les laboratoires et les autorités fédérales. C’est son combat pour une nouvelle cause... et pour sa propre vie.